Lecture / Ecriture
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Entre toutes les femmes de John McGahern

John McGahern
  Les huîtres de Tchekhov
  Entre toutes les femmes
  Pour qu'ils soient face au soleil levant

Entre toutes les femmes - John McGahern

La fin d’un homme et de son époque
Note :

   Le meilleur roman de Mc Gahern, (à mon humble avis) ; il raconte les dernières années de la vie de Moran, militant de la guerre d’indépendance. Cet homme est revenu de tout et ayant conscience qu’on lui a volé sa victoire et il en ressent une certaine amertume.
   
   Une écriture brillante et simple, l’éternel rythme des saisons, des foins et de la vie de la ferme. Une histoire ordinaire, belle, mais la mort l’emporte toujours.
   
   Dans sa ferme de "Grande Prairie" Moran, veuf depuis plusieurs années, vieillit inexorablement, entouré de ses filles, il règne sans partage sur son domaine. Il s’est fâché avec son compagnon de lutte, le seul ami qui lui restait. Il se remarie. La présence de Rose amène une certaine sérénité dans la ferme, les filles sont plus joyeuses, la vie plus agréable, et le temps passe, les enfants partent et reviennent, mais l’incompréhension règne. Moran est rattrapé et dépassé par le monde moderne, ses sacrifices envers son pays furent loin de correspondre à sa vison idéaliste.
   
   Des personnages remarquablement étudiés. Moran, individualiste hautain, dur envers lui-même et les autres, ses positions sont très tranchées. Il représente les rebelles qui ont gagné la guerre, et qui ont été évincés de la paix et du pouvoir :
   - C’étaient les médecins et les prêtres, et non les vrais rebelles combattants, qui jouaient maintenant le rôle le plus important dans le pays. Les prêtres, eux au moins, devaient payer pour ce rôle par le célibat et la prière.
   
   Rose joue un très grand rôle dans ce livre, comme souvent les secondes épouses dans l’œuvre de Mac Gahern, peu à peu avec l’aide de ses belles-filles, elle humanisera le vieil homme, lui apportant douceur et bonté.
   
   Lucke, fils aîné, copie conforme de son père, a quitté le foyer définitivement, il sert d’exutoire et de prétexte à la violence du père. Son cadet Michael aussi partira en Angleterre.
   
   Les filles, sortes de fantômes, craignant ce père tyrannique, partiront pour trouver une vie normale, elles le chériront, malgré tout.
   
   Extraits :
   Tout au long de la grand-messe et de l’enterrement un drapeau tricolore aux couleurs passées recouvrit le cercueil; et au moment où le cercueil fut déposé au bord de la tombe un petit homme coiffé d’un chapeau de feutre brun, assez vieux et assez raide pour avoir combattu aux côtés de Finn et d’Ossian émergea de la foule. Avec un profond respect, il ôta son chapeau avant de plier le vieux drapeau usé et emportant celui-ci, il disparut de nouveau dans l’assistance. Il n’y eut pas de salve d’honneur.
   
   Ce sont ces femmes qui garderont la mémoire de Moran et seront l’avenir de l'Irlande

critique par Eireann Yvon




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