Lecture / Ecriture
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Le Chat qui venait du Ciel de Takashi Hiraide

Takashi Hiraide
  Le Chat qui venait du Ciel

Le Chat qui venait du Ciel - Takashi Hiraide

Petit conte philosophique
Note :

   Vous pourriez me dire que, pour une lectrice dont le petit compagnon idéal est un chien du genre poilu et affectueux, ce livre était un choix un peu curieux. En même temps, vous admettrez que «Le chien qui venait du ciel», ça fait tout de suite moins poétique. On imagine facilement un Murakami avec un chien bizarre et une histoire grotesque dans la lignée de La Course au Mouton Sauvage et autres oiseaux à ressort.
   
   Que nenni, chers amis ! Faisant fi de tout préjugé d’ordre canin, votre fidèle lectrice, séduite par le titre poétique, l’aura japonaise (et, il faut bien l’admettre, la ravissante couverture de ce livre), a donc décidé d’ajouter ce texte d’Hiraide à la montagne de titres souhaités à court ou moyen terme. Il ne manquait plus qu’un colis surprise pour que votre fidèle chroniqueuse découvre enfin l’objet de sa convoitise.
   
   L’histoire assez simple est celle d’un couple louant une petite maison à l’arrière d’une grande propriété. Bientôt, un chaton ravissant et malicieux fait son apparition. Adopté par leurs voisins, Chibi devient rapidement un compagnon de jeux pour le couple. Relatant de nombreux moments partagés avec l’animal, le mari fait part au lecteur des sentiments qui l’ont habité depuis son arrivée. Devenu le centre des préoccupations du jeune couple, le chat meurt brutalement. C’est une période de deuil qui commence pour le narrateur et son épouse : frustrés de la haine que leur vouent leurs voisins depuis qu’ils se sont aperçus de la relation spéciale qu’ils nouaient avec le petit chat, forcés de déménager suite au décès du propriétaire, les deux personnages tentent de revivre en l’absence de Chibi.
   
   Petit conte philosophique qui n’est pas sans rappeler les haïkus, ce texte est avant tout poétique. Une écriture agréable s’ajoute à un récit fait d’impressions, d’émotions et de non-dits. Bien que l’histoire soit principalement consacrée au chat, d’autres personnages gravitent autour du narrateur et de son épouse. S’ils apparaissent moins souvent, leur portrait n’en est pas moins réussi. Parmi les non-dits, l’absence d’enfant dans le couple, qui explique leur attachement au petit chat et la place à première vue disproportionnée qu’il occupe dans leur vie. Ajoutons à cela quelques références culturelles, notamment à Machiavel, plusieurs fois cité.
   
   Sans être totalement emportée par cette lecture que j’ai entrecoupée d’autres aventures littéraires, j’ai été séduite par le charme désuet de ce texte. Un peu monotone, peut-être, mais sans conteste un livre intéressant.
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critique par Lou




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Légèreté et singularité
Note :

   Le roman nous installe dans une atmosphère paisible, emplie d'un charme presque bucolique: une demeure japonaise qui abrite un merveilleux jardin, avec de somptueuses couleurs et un chat. Le couple qui y vit n'a ni enfants, ni animal de compagnie. Pourtant ils vivent heureux. Etrangement, doucement, au fil du temps qui coule et déroule son quotidien imperturbable; le chat qui appartient aux voisins du couple, défile et s'immisce dans leur intimité et leur confort conjugal. Une relation d'amitié et d'amour se crée alors entre Chibi, le nom du chat donné par le couple, et ces deux êtres qui d'une certaine manière refusent l'attachement.
   
   Douceur, légèreté et poésie se mêlent à merveille dans une écriture délicate et subtile. L'auteur déploie une finesse où l'étrange, l'insoupçonnable devient réel et prévisible. Ce couple qui n'a ni enfants ni animal, se prend d'affection pour ce chat qui véritablement vient du ciel car ce petit être si énigmatique, à l'attitude si changeante et bougonne, leur fait prendre conscience de ce sentiment indéfinissable qu'est l'affection, la réciprocité. "Le chat qui venait du ciel" est un roman original car dans la proximité des êtres et des choses naît une relation romanesque aussi quotidienne que déroutante. C'est un roman intimiste qui saisit les instants rares, des instants qui ont l'air sans importance mais qui dévoilent la richesse de la vie. Il y a aussi beaucoup de mélancolie et une tristesse palpable, mais "Le chat qui venait du ciel" fait partie de ces romans japonais où le présent devient onirique et les souvenirs précieux. Un bon roman où légèreté rime avec singularité.

critique par Laël




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