Lecture / Ecriture
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Au-dessous du calvaire de Hervé Jaouen

Hervé Jaouen
  Au-dessous du calvaire
  Ceux de Menglazeg
  Aux armes zécolos
  Toilette des morts
  Dans l’œil du schizo
  Gwaz-Ru

Hervé Jaouen est un écrivain français né en 1946 à Quimper.

Au-dessous du calvaire - Hervé Jaouen

Vengeance et histoire de famille
Note :

   "Aujourd'hui encore, au sommet des monts d'Arrée, un vieux calvaire de granit domine un paysage de malédiction. Pour quelques anciens, il invite au recueillement et au souvenir. Trop de destins se sont croisés là, pour le pire, dans le chaos du printemps 1944..." (Quatrième de couverture)
   
   Jaouen plante le décor d'une Bretagne occupée par le Reich où les indépendantistes jouent sur la méfiance voire la haine de certains envers la République Française, centralisatrice et castratrice de l'identité bretonne pour embarquer dans une aventure sanglante et désespérée de jeunes hommes, parfois incultes, sous la houlette de prêtres peu recommandables; et où les résistants, "pen du" (tête noire= têtu) peuvent prendre de catastrophiques initiatives.
   
   1969, un homme sort de la prison de Quimper pour recouvrer une liberté perdue depuis 25 ans. Il a ruminé un quart de siècle une vengeance aux senteurs d'ajonc et de bruyère, au parfum de prairie et de champs labourés.
   
   1944, la famille Kermarrec de Kermanac'h se déchire entre le frère aîné, Corentin, qui reste neutre, le cadet Blaise, qui rejoint les "Breiz atao" et le benjamin Mathias qui rallie la Résistance. Naïg, la seule fille de la famille, revenue, enceinte d'un soldat allemand, de Cahraix où elle servait un vieux couple juif, les Jacob, tailleurs de leur état, compte les points et essaie de se faire oublier en espérant le retour de son amoureux.
   
   Les personnages qui gravitent autour de la famille Kermarrec sont hauts en couleurs: l'abbé Castric, recteur collaborateur et ayant ses entrées à la Gestapo, "breiz atao" de la première heure et dépositaire de moult secrets de ses ouailles; le colonel SS, emphatique admirateur de la culture celte, frisant le ridicule parfois, esthète et tortionnaire; l'employée des Postes, oeil de la Résistance, Suzanne, la trop belle et trop jeune épouse d'un ancien combattant de 14/18, maîtresse de l'envié Corentin Kermarrec, le couple Jacob qui accepte, usé par le temps et l'Histoire, son triste sort et qui a aimé Naïg comme sa propre fille, le proxénète parisien, rusé et fin connaisseur de la bassesse humaine pour savoir en jouer à la perfection.
   
   Le lecteur est convié à la plongée au coeur de la mémoire d'un homme mais aussi d'une région: la vengeance est un plat qui se mange froid, certes, mais le Temps ne s'occupe-t-il pas, lui-même, de juger et punir pour les actes injustes et impardonnables? C'est la question à laquelle se retrouve confronté Corentin à sa sortie de prison, peu de temps avant 25ème anniversaire de la Libération et de la chute du IIIè Reich.
   
   Hervé Jaouen aborde le sujet douloureux des égarements idéologiques du mouvement indépendantiste breton avec beaucoup de pudeur et de recul, loin de toute polémique. L'histoire de cette famille déchirée prend une force romanesque encore plus importante tout en demeurant dans le domaine de l'intime et du privé: les soubresauts de l'Histoire ont mis à mal beaucoup de familles et l'Occupant a su déstabiliser par des promesses mirifiques les mouvements qui revendiquaient une reconnaissance culturelle et linguistique souvent refusée... les frustrations percent et répandent leurs humeurs putrides dans les moments extrêmes, au coeur de l'agitation, faisant leur miel des haines et rancoeurs personnelles qui n'attendent que l'anonymat du chaos pour s'exprimer.
   
   Hervé Jaouen situe l'action à Huelgoat et ses environs: le lecteur est emmené dans une belle histoire familiale, au souffle de la saga, où les jalousies, la rudesse émotionnelle (les Bretons sont plutôt du genre "taiseux" côté sentiments et marques de tendresse), la pénibilité du travail de la terre et les profits que l'on en tire sont entre les mains, justes et loyales, mais convoitées, de l'aîné, se disputent avec les petites et grandes bassesses d'un village où tout le monde s'épie, se jalouse et se connaît. Les rochers mystérieux et fascinants de la forêt de Huelgoat scandent merveilleusement bien le chaos intime et historique vécu par les personnages.
   
   "Au-dessous du calvaire" est le premier roman d'Hervé Jaouen, auteur breton connu et reconnu pour son talent et son attachement à la terre bretonne, que je lis et je dois reconnaître que cette lecture m'a conquise. Le plaisir de lire fut le même de bout en bout: le passé et le présent se questionnent et se répondent au fil de la trame de l'enquête aux allures policières menée par Corentin, l'homme et le frère spolié de sa liberté en raison de la folie des hommes.
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critique par Chatperlipopette




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Gwenn ha Du
Note :

    En cette matinée du mois de mai 1969, les portes de la maison d'arrêt de Mesgloaguen, située à Quimper, s'ouvrent pour laisser sortir un détenu. Cet homme, Corentin Kermanac'h, vient de purger vingt-cinq ans de prison. Malgré son apparence placide et résignée, un feu couve encore dans le coeur de Corentin Kermanac'h.
   
   Après toutes ces années de détention, une seule chose lui importe : déterrer un vieux fusil qu'il avait enfoui près de la ferme familiale en 1940. Ce fusil, il compte bien s'en servir à nouveau pour assouvir sa vengeance.
   Que s'est-il passé pendant cette sombre période de l'Occupation, pour que cet homme, bien des années plus tard, éprouve le besoin irrépressible de retrouver cette arme et de l'utiliser afin de régler ses comptes? Qui est l'homme qu'il souhaite mettre en joue et abattre comme une bête malfaisante?
   
   C'est ainsi que commence le roman d'Hervé Jaouen et c'est en suivant ce récit que le lecteur découvrira progressivement les causes et les conséquences de cet acte qui puise ses racines dans les années noires de la seconde guerre mondiale.
   En un va-et-vient entre cette année 1969 et l'époque de l'Occupation, le récit se déroule comme une mosaïque où peu à peu les éléments du drame qui va se jouer se mettent en place. À la manière d'une tragédie, l'on suit petit à petit les actes et les événements qui vont de manière inexorable marquer le destin des principaux personnages de ce roman. C'est ainsi que l'on va faire connaissance avec la fratrie des Kermanac'h, paysans des monts d'Arrée, pris dans la tourmente de l'Histoire, une Histoire qui fera basculer leurs destins respectifs et les amènera jusqu'au déchirement et à la haine.
   
   Au travers de cette histoire familiale où s'entremêlent secrets et esprit de vengeance, Hervé Jaouen nous conte une page de l'Histoire récente de la Bretagne, celle de l'Occupation allemande, en nous offrant un récit dénué de tout manichéisme et où le Bien et le Mal ne sont pas nécessairement là où on s'attendrait à les trouver. Ici, pas de bons résistants confrontés à de méchants allemands, mais une vision beaucoup plus nuancée de la nature humaine, une nature humaine dont les circonstances historiques ne font qu'exacerber les jalousies, les rancunes et les haines.
   Mais ce récit est avant tout l'occasion de découvrir un aspect méconnu du passé de la Bretagne en revenant sur les prises de position idéologiques adoptées à cette époque par certains groupuscules nationalistes tels que le Parti National Breton, émanant du mouvement Breizh Atao ("Bretagne toujours"), mouvement séparatiste anti-français qui ne dissimulait pas ses sympathies pro-nazies et dont les brigades paramilitaires serviront d'auxiliaires aux forces d'occupation de la même manière que les miliciens du régime de Vichy.
   
   Pour en revenir au roman d'Hervé Jaouen, les personnages qu'il nous décrit dans son récit ne sont pas, contrairement aux couleurs du Gwenn ha Du, blancs ou noirs. Ils se déclinent plutôt en un camaïeu de gris plus ou moins foncés, s'éclaircissant ou s'assombrissant au fil des circonstances.
   
   Avec ce roman, Hervé Jaouen nous offre ici une tragédie à la mode de Bretagne, un récit situé entre roman-policier, roman régionaliste et roman historique.
   Passionnant et redoutablement efficace, «Au dessous du calvaire» est un livre qui se lit d'une traite, un récit de vengeance et de trahison qui captivera le lecteur jusqu'à la dernière page. Du grand art.

critique par Le Bibliomane




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