Lecture / Ecriture
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Au-delà du silence de André Brink

André Brink
  Le mur de la peste
  Une saison blanche et sèche
  Les imaginations du sable
  Un turbulent silence
  Adamastor
  Tout au contraire
  Les droits du désir
  L'insecte missionnaire
  La porte bleue
  Au-delà du silence
  Un instant dans le vent
  Philida

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2008


André Brink est un Afrikaner né en Afrique du Sud en 1935 dans une famille bourgeoise (père magistrat). Il y poursuit ses études jusqu’en 1959, puis, de 1959 à 1961, est inscrit à la Sorbonne, à Paris. C’est là qu’il découvrira et adoptera la possible égalité entre blancs et noirs. Un second séjour d’un an quelques années plus tard renforcera ses convictions.

Il a écrit indifféremment en Afrikaans et en Anglais de nombreux romans, quelques essais et a traduit des classiques qui lui tenaient à cœur en afrikaans .

Ses œuvres traitent le plus souvent de la ségrégation et des diverses attitudes dans un tel environnement, mais, depuis la fin de l’apartheid, la situation actuelle n’est pas sans l’inspirer également. Qu'il se serve d’un contexte historique ou qu'il aborde de nouveaux sujets, ceux qui pensaient que son inspiration ne survivrait pas à ce nouvel environnement politico social se sont trompés.

Internationalement reconnue, son œuvre lui valut de nombreuses distinctions dont, en 1980, le Prix Médicis pour «Une saisons Blanche et sèche»

Il est décédé en 2015.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Au-delà du silence - André Brink

Au-delà de tout?
Note :

   André Brink. Afrique du Sud. Début du XXème siècle. Colonisation du pays.
   Les colons allemands sont esseulés, perdus au milieu du bush, plutôt hostile, en tout cas loin de tout ce qu’ils ont pu connaître. Les indigènes locaux sont au mieux considérés comme des bêtes. Des petites guerres incessantes, ou plutôt des actions de «pacification», menées avec autant de discernement et de doigté que le faisaient les colons européens blancs aux Etats-Unis vis à vis des «Natives» ; «un bon indien est un indien mort», sacré programme. Bref le pays nage dans la chaleur, la solitude, la douleur, …
   
   Dans ce contexte, et pour ancrer le colon, l’Empire allemand se met en tête de «fournir» des femmes aux colons. Des femmes blanches bien entendu ! Blanches et allemandes. S’ensuivent des convoyages de centaines de femmes allemandes, parmi les plus déshéritées, les plus faibles, … Hanna, Hanna X fait partie de celles-là.
   Au passage on pourra faire un autre parallèle avec les Etats-Unis d’Amérique puisque «Mille femmes de Jim Fergus raconte quelque chose de la même veine, d’une démarche semblable. Pour finir la compraison, Jim Fergus était plus dans l’histoire, la romance de l’histoire quand André Brink est bien planté sur l’étude psychologique du cas Hanna X dans le cadre d’une histoire, particulière et sordide.
   
   Hanna X, orpheline, ayant connu à ce titre le drame d’être livrée petite fille à un monde sans amour, sans compassion, d’avoir été broyée, exploitée, poursuit sa trajectoire de malheur en intégrant le quota de ces femmes au destin ahurissant. Et dire que cela va mal se passer, dès le départ, le voyage en bateau, est faible. Et André Brink ne nous épargne rien ; sévices, tortures morales, viols, mutilations, … tout ce qu’on peut imaginer en la matière (et l’imagination se révèle en-dessous de ce que peuvent réellement produire les hommes!) va se dérouler.
   
   Le silence, il lui sera imposé par l’officier qu’elle aura eu l’impudence de refuser puis de mutiler (notamment dans son orgueil), qui la fera défigurer et lui fera couper la langue. «Au-delà du silence» dans cette mesure est l’exact titre de ce qui va en découler puisque la narration, à coups de flash-backs nous donnera d’une part toutes les clef de l’histoire, et nous racontera comment cette femme niée dans son identité et réduite en théorie à rien, parviendra à regrouper un improbable agglomérat de spoliés divers ; femmes dans son cas, indigènes brimés, … afin de mener à bien une révolte, une révolte ou plutôt une vengeance. Hanna X et son «armée», mettront le cap à travers désert et nature hostile pour Windhoek où se trouve en théorie son tortionnaire.
   
   «A l’arrivée de la cargaison de femmes dans la baie de Swakopmund, après un voyage de trente jours le long de la côte ouest de l’Afrique, des centaines d’hommes, consommés par les feux de la concupiscence non étanchée par les autochtones ou les bêtes, vociféraient sur le quai. Certains avaient consigné leur requêtes et exigences des semaines ou des mois à l’avance ; beaucoup d’autres venaient tout bonnement tenter leur chance, voire se rincer l’oeil et lancer des hourras avant de s’enivrer dans les tavernes de la ville grouillante.»
   
   Tout ne sera pas tendre mais tout est justifié sous la plume d’André Brink par une cohérence psychologique sans faille. Dieu que l’homme peut être cruel !
   
   C’est magnifiquement écrit. Dur mais beau.

critique par Tistou




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