Lecture / Ecriture
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Cavalier, passe ton chemin de Michel Déon

Michel Déon
  Cavalier, passe ton chemin

Cavalier, passe ton chemin - Michel Déon

Horseman, pass by!
Note :

   «L’émotion est à l’air libre dans ce cimetière modeste, avec peu de tombes dont plusieurs sont envahies par les mauvaises herbes ou le lierre qui a, dans toute l’Irlande, une voracité effrayante, étouffant les arbres, envahissant les maisons, recouvrant les dalles et même les forçant de ses griffes, les soulevant jusqu’à découvrir une sépulture vide où tout n’est plus que poussière. Il est là, lui, à gauche en entrant, sans autre signe qu’une stèle de grès noir dont tout Irlandais connaît l’épitaphe:
   «Cast a cold Eye
   On Life, on Death,
   Horseman, pass by!»
   et son nom avec les deux dates qui ouvrent et ferment son passage en ce monde_: 13 juin 1869 – 22 janvier 1939: «Regarde froidement – La vie, la mort, - Cavalier, passe ton chemin!» Ce sont les trois derniers vers du dernier poème écrit en France au Cap-Martin, à peine quatre mois avant qu’il s’éteigne.»

   
   Lui, c’est Yeats. Sa tombe, c’est près de Sligo, plein nord-nord-ouest. Cet essai – comment nommer un tel ouvrage? – a été écrit en 2005 par un Déon qui vit en Irlande et qui nous fait partager des moments, des émotions, des fragments de vie. Et voici justement ce qu’il dit, en 2005:
   «_La prospérité s’est abattue sur l’Irlande comme la pédophilie sur le bas clergé. Yeats reconnaîtrait-il son Sligo?»
   
   Tout à fait juste et étonnant. Un effet pervers de l’intégration européenne, susceptible de modifier en profondeur paysages et âme d’un pays.
   
   Douze petits chapitres, douze états d’âme, petites aventures, contacts noués qui déclenchent l’envie de nous raconter sa perception de l’Irlande chez Michel Déon. On comprend que tout n’est pas perdu, que les «leprechauns», voire les sorcières, ont encore droit de cité. Même si, comme il nous le glisse à un moment, on commence à noter une progression de l’obésité chez ce peuple aussi. L’Irlande s’ajuste, l’Irlande se «normalise» … Il n’y aura plus beaucoup de Derek et Pat T., de Lady H. …
   
   Tout n’est tout de même pas perdu. Et Michel Déon, dans une belle langue, qui fait passer de la poésie et un peu de la folie irlandaise dans ses écrits, nous fait sentir un peu de son amour pour l’île et ses îliens, pour son anachronisme et ses “possibles” inconcevables ailleurs.

critique par Tistou




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