Lecture / Ecriture
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Un goût de rouille et d’os de Craig Davidson

Craig Davidson
  Un goût de rouille et d’os
  Cataract City

Craig Davidson est un écrivain canadien anglophone né à Toronto en 1976. Il a aussi publié sous le pseudonyme de Patrick Lestewka.

Un goût de rouille et d’os - Craig Davidson

Rust never sleep*
Note :

   Recueils de 8 nouvelles de ce jeune auteur canadien. Il semblerait que ce soit sa première œuvre traduite en français.
   
   Dans une main, on compte exactement 27 os ; pour un boxeur, un os de la main brisé, ce n’est pas l’idéal. Eddie Brown Junior a 37 ans ; un soir sur un ring minable pour un combat clandestin, il revoit sa déchéance. Venant d’une ville misérable à la frontière entre le Texas et le Mexique, il a vu des Mexicains traverser le Rio-Grande à la nage, faire des combats non officiels, toucher leur argent et repartir de la même façon. Sélectionné dans l’équipe olympique américaine, il travaille dur, mais un accident sur une rivière gelée l’obligera à casser la glace à mains nues. Quarante-cinq os sur les cinquante-quatre de ses deux mains seront brisés, mais également sa vie et sa carrière. Que cherche-t-il dans ces combats minables ?
   
   Après la boxe, le basket, dans "Un bon tireur", un père, Hank projette ses frustrations sur son fils Jason. Il vit seul ; sa femme l’a quitté à cause de son penchant pour la bouteille. Jason et son avenir dans le basket sont ses seules raisons de ne pas sombrer définitivement. Jason, après une enfance d’entraînement, est une denrée devenue rare, un tireur, sa carrière semble pour son père toute tracée !
   
   Vous imaginez-vous mettre au point une campagne publicitaire pour un suppositoire conçu pour arrêter de fumer ? En plus le laboratoire veut faire un tabac avec un produit pareil ! Au même moment vous devez subir un traitement pour avoir des enfants, plus soigner une morsure de rottweiller au mollet, qui vous a été faite pendant une soirée clandestine de combats de chien. Surtout que vous avez dû euthanasier votre chien, suite à un de ces combats, alors comprenez que Jay ne soit pas forcément de bon poil! Et qu’il tente d’assumer sa vengeance et sa paternité par chien interposé. C’est l’histoire de "Un usage Cruel"
   
   Un homme et un orque, dans un bassin, entourés de spectateurs, ce n’est naturel, ni pour l’un, ni pour l’autre. Un jour le dresseur perdra sa jambe dans la gueule du cétacé, reste t’il une vie ensuite ?
   
   Graham est un brave homme, malgré son métier d’agent de recouvrement qu’il exerce la nuit. Le jour, il s’occupe de sa femme atteinte de tremblements qui peuvent être très convulsifs par moments. Il en a vu, des choses, des pères offrant leurs filles pour garder leur camion, il a pris des coups de manches de pelles de bâton, un coup de fusil etc… Mais un jour en saisissant un mobil-home, il rencontre un vieillard qui tourne une suite à un feuilleton pour enfants avec des animaux. Le tournage fini, les animaux refusent la liberté, seul le canard s’envole. La souris, le hamster et la tortue regagnent leurs boites. Graham laisse la caravane au vieil homme, rentre chez lui et présente ses nouveaux pensionnaires à sa femme, mais où est passé le hamster ?
   
   Le sexe dans "Friction" où un acteur de film X suit une thérapie avec les Obsédés Sexuels Anonymes, qui se termine dans un club itinérant où tout est permis.
   
   La boxe encore avec un vieux boxeur exilé en Thaïlande, après avoir tué un adversaire sur le ring, entraîne un jeune boxeur, et lui fait administrer une correction pendant un combat par un spécialiste de la boxe Thaï.
   
   La dernière et la plus longue nouvelle de ce livre traite de magie, la vraie et la fausse. De la magie du pardon à celle des retrouvailles, un frère et sa sœur retrouvent leur père qui avait disparu 25 ans plus tôt, mais la magie de la vie ne dure pas.
   
   Des êtres pathétiques comme Eddie, ce boxeur aux mains brisées et au cœur en mille morceaux, Hank, ce père ivrogne, collant, pénible et toujours fauché, ils ont rêvé de gloire, mais ne la connaîtront jamais, une histoire de sang et de chiens de combats, pour compenser les enfants absents. Le spectacle ou le sport, le paraître et la mort, la vie d’exil et la recherche permanente d’une paix intérieure.
   Souvent tous ces gens semblent vivre par procuration, se projetant par êtres ou animaux interposés dans leurs rêves ou leurs faiblesses.
   
   Encore un écrivain canadien de talent découvert cette année, avec David Bergen entre autres. Un livre relativement facile de lecture, une imagination débridée, et des fins de nouvelles pas trop énigmatiques. Un régal un peu inattendu, même si la boxe et les combats de chiens ne font pas partie de mes passe-temps favoris.
   
   Extraits :
   - Il a découvert que la température intérieure de mon scrotum était celle d’une cocotte-minute.
   - Je suis étendu sur le lit avec un sac de petits pois surgelés qui décongèle dans mon caleçon.
   - Un colibri avec le visage de Tippi Hedren me vole sous le nez et s’agite derrière mes yeux.
   - J’ai pris l’habitude d’emmerder les gens en ligne sur les forums de soutien.
   - Je signe d’un faux nom pour préserver l’anonymat. En ligne, on n’est rien de plus qu’un pseudo, une maladie, une dépendance, une faiblesse répugnante, un ensemble de valeurs dérisoires.
   - C’était une fille prédestinée à une existence faite d’expériences amères, dont le caractère inéluctable l’enveloppait comme une vague aura de mélancolie.
   - Si l’on passe sur les jambes arquées et sur le goitre de dindon, il était assez éblouissant : Le James Steward du hard.
   - C’était l’homme qui valait trois milliards, mais dans le porno.
   - Un boxeur, c’est un monstre. Il passe peut-être dix ans à faire le métier le plus dur du monde. Il donne tout maintenant ou alors jamais !

   
   * On peut écouter cet excellent album de Neil Young en lisant ce livre!

critique par Eireann Yvon




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