Lecture / Ecriture
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Le théâtre des rêves de Bernard Foglino

Bernard Foglino
  Le théâtre des rêves
  La mécanique du monde

Bernard Foglino est un écrivain français né en 1958.

Le théâtre des rêves - Bernard Foglino

Envoûtant!
Note :

   Baptiste a été vendeur de cuisines, golden boy et le voilà enfin vendeur d’objets de collection. N’importe quelle collection. Si cela se collectionne, genre vignettes de footballeurs, cadeaux réclames, couvercles de camembert etc. Si vous les avez tous sauf quelques pièces rares, Baptiste vous les trouvera. Son petit commerce est parti de ses propres réserves de souvenirs. Il en a une pièce pleine où l’on trouve tout, à peu près bien classé. C’était dans le grenier de sa grand-mère qui l’a élevé.
   
   Bien sûr, ce genre de marchandise, par définition, attire une clientèle un peu spéciale, un peu… givrée parfois. Bof, tant qu’ils ne sont pas dangereux. Oui mais justement, était-ce bien prudent de vendre (fort cher) une touffe de poils d’Elvis Presley (oui, c’est bien ce que vous craignez) à un impressionnant mage africain, sachant que le trophée avait été gentiment fourni par le caniche de la concierge ?
   
   A partir de là, les choses, qui étaient déjà un peu bizarres mais s’équilibraient tout de même plus ou moins, vont se dérégler totalement et la vie va même devenir dangereuse.
   
   Le tout sur un mode extrêmement humoristique, on ne sait plus à quelle catégorie rattacher ce roman hautement improbable. Serait-ce un polar ? En tout cas, l’on cherche la solution de l’énigme. On ne la trouve pas, on trépigne, on est bien accroché et finalement on en aura deux pour le même prix. Et les personnages déjà hors norme au départ (bouchère sexy, auteur de polar méconnu gardien de morgue, milliardaire américain capricieux etc.) le deviendront bientôt plus encore, après un double saut périlleux et un total changement de rôle…
   
   Tout cela baigne en même temps dans une étrangeté loufoque qui fait rire : Une très agréable récréation que ce roman! Une récompense pour tous ceux qui ont envie de se déconnecter un moment.
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critique par Sibylline




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Pieds Nickelés déjantés!
Note :

   J'ai connu Bernard Foglino à la médiathèque de Lorient, il y a quelques jours.
   Il nous a très gentiment expliqué que malgré que l'on parle football, ce n'était pas un livre sur le football. Il y avait une enquête, mais ce n'était pas un roman policier, etc. Je me suis dit en moi-même, "tiens un petit-fils français de Flann O'Brien? "
   On parle de tout, puis de rien et tout cela fait un tout. Et surtout un bon livre.
   
   Un collectionneur, marabout à ses heures, cherche un poil pubien d'Elvis et Baptiste le lui procure pile poil à l'heure, mais tel est pris qui croyait prendre. Car en plus de quelques dégâts physiques, le voilà possédé par l'esprit d'un dieu des marais africain. En faisant les courses, notre narrateur assiste à un hold-up, dont le braqueur porte un masque de François Hollande, et vidant la caisse avec un aspirateur, c'est ce que l'on appelle le nettoyage par le vide.
   
   Un proverbe dit "Il faut de tout pour faire un monde". L'auteur, lui, semble penser qu'il faut du monde pour faire un livre! Et ce qui est remarquable, c'est qu'il le prouve, sans transformer le récit en galerie de portraits.
   
   Baptiste Flamini, chercheur en objets de collection, et emmerdements en tous genres, le naïf qui vous jure qu'une photo a été prise à Nashville, malgré que, dans un coin, figure la Tour Eiffel!
   Robert, écrivain maudit et manchot, qui, parce qu'il faut bien vivre, est gardien de nuit à la morgue.
   Arnold Layne, le troisième larron (surtout en foire) est consultant en violences verbales, juste pour apprendre à ne pas dépasser les limites, celles du politiquement correct qui vous évite de vous retrouver devant un tribunal!
   Thierry Fringant, ancien chauvin repenti, ex-commentateur de la télé, le seul qui réussissait la gageure d'être meilleur sans le son. Les quelques pages sur le football sont excellentes et j'ai beaucoup de souvenirs de la finale de la coupe de France Lyon/Nantes qui est la seule à laquelle j'ai assisté. Et Bamba, l'esprit des marais, qui laisse le pauvre Louis mariner dans l'incertitude: "Esprit es-tu là?"
   Avec tout cela, on se demande où l'on va et même si on y va, car obligatoirement on va quelque part, d'accord, mais où?
   
   Une belle écriture au service d'une histoire débridée, loufoque et jubilatoire.
   Par-ci, par-là, quelques références, à part le foot, à la télé avec "le fugitif", à la musique avec Jimmy Hendrick et surtout aux années 1970 où parait-il, tout était bien (la seule chose tangible, c'est que j'étais plus jeune!).
   Un humour décapant tournant beaucoup de choses en dérision. Et comme je suis un adepte de ce genre de littérature, ce livre ne pouvait que me plaire.
   
   
   Extraits :
   
   - Ivre et seule, la fille avait déballé à Jean-Pierre ses problèmes avec les porcs. Seul et ivre Jean-Pierre avait été ému par sa détresse.
   
   - Il y a une sacrée injustice à penser que Jimmy Hendrix n'est plus de la croisière alors que Vacquier est toujours sur le pont.
   
   - Au rythme où il redoublait, il serait bientôt plus vieux que les profs.
   
   - Elle est mieux à poil qu'en bouchère c'est sûr.
   
   - Old Strafford, soixante milles poitrines d'émigrés irlandais ivres qui chantent debout, tellement serrés que même les morts tiennent droit!
   
   - Bécassine et Tintin ne font qu'un. Et ça tient debout, le petit reporter asexué, on lui met une coiffe bretonne et c'est Bécassine, la bonniche.
   
   - Les jours suivants, j'ai repris une vie normale, si tant est que ma vie soit normale.
   
   - La réussite a souvent les dessous de bras un peu flasques.
   
   - Les choses inexpliquées permettent de rêver.

critique par Eireann Yvon




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