Lecture / Ecriture
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Tess d'Urberville de Thomas Hardy

Thomas Hardy
  Jude l’obscur
  Les petites ironies de la vie
  Tess d'Urberville
  Le retour au pays natal
  Les Forestiers
  Le Maire de Casterbridge
  Loin de la foule déchainée
  Cent poèmes
  Métamorphoses
  Une Femme d'Imagination et autres contes

Thomas Hardy est un écrivain anglais né en 1840 et décédé en 1928.

Christopher Nicholson a fait de Thomas Hardy le personnage principal de son roman "Hiver".

Tess d'Urberville - Thomas Hardy

Pessimisme
Note :

   # Résumé (Le Livre de Poche)#
   "Tess Durbeyfield était une jeune paysanne aux grands yeux innocents. Son teint éclatant fit son malheur. Placée chez les nobles d'Urberville, ses cousins d'après son père, elle est séduite et abandonnée. Aimée puis épousée, on la quitte une seconde fois parce qu'elle est trop honnête. Tess est la pureté même dans un monde perverti, la foi simple dans une société puritaine. La critique du XIXe siècle anglais est amère. Le destin des pauvres s'écoule, inexorable, celui des riches aussi. Sur l'au-delà même pèse le doute. Ici-bas seule est belle et heureuse la nature du sud de l'Angleterre..."
   
   
   # Mon Avis #
   
   Un roman bouleversant!
   
   Disons le tout de suite : ce récit est foncièrement pessimiste, presque dénué d'espoir. L'héroïne est accablée par le destin, maltraitée par les hommes et par la Vie. Courageuse, elle lutte cependant de toutes ses forces et reste digne dans ses épreuves. C'est un personnage très attachant, le seul à rester lumineux, à conserver son intégrité et sa bonté. Quasiment le seul à être un "bon" protagoniste, les autres étant au mieux aveuglés par les préjugés, quand ils ne sont pas lâches, menteurs, manipulateurs, orgueilleux, cupides...
   
   C'est un tableau de la vie paysanne dans l'Angleterre victorienne que nous dresse là Hardy. Loin des sphères aristocratiques et des grandes villes, au coeur même d'une société à la fois puritaine et superstitieuse, où règnent convenance et décadence, pauvreté et orgueil bourgeois... Une peinture sociale empreinte de fatalité, où le destin fauche les meilleurs...
   
   Malgré ce côté très sombre, j'ai beaucoup aimé ce roman. Il est porté par un style à la fois soutenu et fluide; les descriptions sont savamment dosées et donnent un cadre, une atmosphère au récit sans le rendre ennuyeux.
   
   Bref, une très belle lecture, qui me donne envie de découvrir d'autres oeuvre de cet auteur...à petites doses tout de même, faut pas abuser des romans dramatiques...
   
   
   PS: Pour les cinéphiles, il est à noter que ce livre à été adapté par Polanski avec Nastassia Kinski dans le rôle de Tess.
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critique par Morwenna




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Indispensable!
Note :

   J'ai lu ce livre il y a plus de vingt ans. J'avais alors été émerveillée et lu aussitôt après "Jude l'Obscur" et "A la lumière des étoiles". Quelques années après j'ai vu le film de Roman Polanski, à la télé certainement: deuxième émerveillement. J'ai gardé en tête bien des scènes et en relisant ce roman aujourd'hui, je les revoyais telles qu'alors, certaines avec une constance incroyable. Je n'ai pas pu m'empêcher de revoir le film aussitôt après et c'est toujours aussi beau, trente ans après sa réalisation.
   
   Par un jour qui n'aurait jamais dû être, Jack Durbeyfield rencontre un pasteur qui lui apprend qu'il est le dernier descendant d'une famille jadis illustre, les d'Urberville. Ce pauvre fermier et sa femme se mettent en tête de retrouver leur gloire passée en commençant par envoyer leur fille aînée, Tess, chez une riche Mrs d'Urberville habitant non loin de là. Ce qu'ils ignorent c'est que cette riche famille ne fait qu'usurper le nom de d'Urberville et que la vieille dame a un fils, Alec, connu pour sa débauche. La belle Tess sera victime de l'arrogant gentleman et rentrera chez elle après quatre mois, portant leur enfant illégitime. Le bébé ne vivra pas longtemps et pour oublier son infamie, Tess décidera de partir travailler ailleurs, dans une laiterie. Là, elle mènera une vie de bonheur paisible dans le simple travail et la bonne humeur. Elle y rencontre Angel Clare, fils de pasteur en rupture avec la religion, qui a décidé d'être fermier et d'étudier à travers le pays les méthodes les plus modernes de son futur métier. Angel et Tess tombent amoureux, il lui demande de l'épouser, mais sa faute passée l'empêche d'accepter.
   
   Je pourrais aller plus loin mais j'en ai déjà beaucoup dit, et il faut je crois découvrir cette histoire sans en savoir trop. C'est tout simplement le destin d'une paysanne, comme il a dû y en avoir des tas, qui s'est laissée abuser et dont la faute initiale a ruiné la vie. Le destin s'acharne contre elle, de même que les préjugés moraux d'une société fermée sur elle-même. Tess est victime de sa beauté et de la stupidité des hommes, de leurs préjugés et de leur domination.
   
   Il est étonnant qu'un homme écrive une telle histoire à la fin du XIXè siècle alors que la femme est assignée à une place, à un rôle avec lesquels elle ne peut transiger sous peine de déchoir. Pourtant Thomas Hardy comprend, explique et souligne l'injustice du sort de Tess. Celle qui pardonne n'est pas pardonnée parce que les préjugés sont plus forts que l'amour. C'est à pleurer bien sûr, mais c'est très beau, tragique du début à la fin. Car Tess ne se révolte pas, elle accepte, et sa résignation est sa seule dignité.
   
   C'est aussi une très belle description du monde agricole, des conditions de vie très dures et précaires de ces paysans qui n'ont que la force de leurs bras pour survivre et rester dignes.
   Certains trouveront des longueurs à ce roman qui est aussi très descriptif. Mais les descriptions s'intègrent parfaitement à l'action et mettent le lecteur sur des charbons ardents. Tess va-t-elle avouer son passé à Angel? Celui-ci va-t-il revenir la chercher? On s'inquiète, on s'exclame ("Ah non, pas lui !"), on attend la sentence du destin, bref, on vit avec Tess à chaque page.
   
   Dois-je ajouter que je vous recommande cette lecture magnifique?
   
   Près de cent ans plus tard, Polanski réussit une adaptation magistrale avec une Nastassia Tess d'Urberville.
   
   
   Titre original : Tess of the d'Urbervilles, parution en Grande Bretagne : 1891
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critique par Yspaddaden




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Une surprenante modernité
Note :

   Tess Durbeyfield est une jeune paysanne du Wessex, élevée dans une famille pauvre par des parents plus portés sur la boisson que sur les travaux des champs. Lorsque son père découvre qu'ils sont les descendants de l'antique famille des D'Urberville, tous croient que leur destin va changer: la mère de Tess l'envoie alors dans un village voisin où vivent de lointains cousins, les Stoke d'Urberville, afin de se faire reconnaître, espérant leur soutirer une aide. Tess refuse d'abord, mais suite à un accident qu'elle provoque malgré elle, leur cheval est tué, et il ne leur reste plus que cette solution pour échapper à une misère noire. Tess rencontre alors son cousin Alec, jeune débauché qui la séduit, abuse d'elle puis l'abandonne. La jeune fille rentre chez elle, plus abattue que jamais, et met au monde un enfant, bien justement nommé Chagrin, qui meurt peu après sa naissance. Dans la puritaine société de l'époque victorienne, Tess aura le tort impardonnable de ne pas vouloir dissimuler cette faute, et sa vie se transformera peu à peu en une lente descente aux enfers, méprisée par tous, jusqu'à son époux, Angel, qui la rejettera en apprenant la nouvelle, de la bouche même de Tess. Le destin de la jeune fille semble la conduire inéluctablement à la déchéance...
   
   Oeuvre majeure de la littérature victorienne, ce roman présente aussi une critique virulente de la morale de l'époque: prenant le parti de Tess, le romancier nous la dépeint comme double victime, non seulement des assauts répétés de son cousin, mais aussi du regard que la société porte sur elle, puisque ce genre d'aventure était toléré pour les hommes (comme le montre la scène des aveux symétriques des deux époux) mais constituait un péché pour les femmes.
   
    Le symbolisme de la nature est omniprésent, faisant de Tess une véritable déesse païenne, envers et contre ceux qui prônent un protestantisme intolérant. Cette allégorie religieuse imprègne très fortement le roman, et transforme Tess en victime expiatoire, rôle qu'elle accepte inconsciemment à la fin du roman en s'allongeant sur l'autel de Stonehenge, dont Hardy fait un temple dédié au culte solaire.
   
   On l'aura compris, cette oeuvre offre une multitude d'interprétations qui s'entrecroisent et se renforcent mutuellement, et qui convergent tous vers la jeune fille, magnifiée par l'écriture de Hardy, qui fait d'elle une héroïne presque tragique. On pourrait reprocher à l'auteur d'avoir un peu trop forcé le trait mélodramatique, notamment dans les derniers chapitres, tant le destin semble s'acharner contre la pauvre jeune femme, et d'avoir donné à certains personnages un caractère qui frise parfois la caricature, mais ces défauts sont contrebalancés par une écriture splendide, des descriptions remarquables du Wessex, et une analyse psychologique somme toute assez fine en ce qui concerne les motivations des personnages. Tess est véritablement attachante, malgré sa naïveté exaspérante, et l'on se prend à espérer avec elle le pardon d'Angel le bien nommé.
   
   Un chef-d'oeuvre qui comporte toutefois quelques longueurs, notamment au début, avant que l'intrigue ne se mette réellement en place, mais qui se révèle d'une surprenante modernité en ce qui concerne certaines réflexions sur la place de la femme dans notre société.
   
   Pour les cinéphiles, ce roman a été porté à l'écran par Roman Polanski, cinéaste de renom et de génie, il y a une quarantaine d'années, sous le titre de "Tess".
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critique par Elizabeth Bennet




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L'héroïne la plus connue de Thomas Hardy
Note :

   Thomas Hardy est un auteur découvert au temps de ma jeunesse (eh oui )
   En français aucune biographie de l'auteur ! Alors messieurs les éditeurs à quoi pensez vous?
   Quelques mots donc pour cet auteur qui tout en atteignant son but, il devint célèbre et ses livres se vendirent bien, se sentait incompris, incompris du public, de ses pairs, de son épouse.
   
   Une enfance pauvre et campagnarde qui le marqua durablement puisque dans ces romans la pauvreté, la misère, sont des thèmes permanents. La dureté de la vie rurale, les travaux de la terre sont omniprésents mais la forêt, les bêtes, sont aussi décrites avec amour et poésie. Sa région natale le Dorset revient dans beaucoup de ses romans même s’il en change le nom.
   
   Thomas Hardy a curieusement exercé la profession d’architecte mais fut contraint de retourner dans son Dorset natal pour des raisons de santé. Il a écrit de la poésie tout au long de sa vie, mais à ses débuts, les éditeurs refusent ses poèmes; à la fin de sa vie, lorsque son dernier roman Jude l’obscur fit scandale, il retourna définitivement à la poésie.
   
   Entre ses débuts en écriture en 1847 et sa mort en 1928 il publia 14 romans. Romans populaires tous centrés sur la vie rurale, romans noirs pour la plupart, le sort s’acharne sur ses héros, ils courent après le bonheur mais ne l’atteignent que très rarement. Romans sombres et pessimistes qui reflètent le caractère de Hardy.
   
   Sur la vie, le mariage, la société prennent des couleurs sombres. Grand lecteur Thomas Hardy fut influencé par Schopenhauer et sa lecture de Darwin le détourna sans doute de l’église.
   
   La plupart des romans de T Hardy ont fait l'objet d'une adaptation au cinéma comme «Loin de la foule déchainée» avec Julie Christie et Terence Stamp.
   
   Reconnu par ses pairs il entretint des relations avec les poètes de son temps : Tennyson, Browning et avec Robert L Stevenson.
   Ses cendres reposent dans le coin des poètes à Westminster.
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critique par Dominique




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Vision de la société Victorienne
Note :

   Voici une autre lecture que je repoussais depuis des années, mais qui, fort heureusement, était au programme de ma deuxième année de licence. Plus d'excuses, donc...
   
   Si le but de Thomas Hardy était de rendre ses lecteurs mélancoliques, et désabusés, ma foi, il l'a atteint, pas de doute.
   
   Tess est l'aînée des filles de John et de Joan Durbeyfield, des paysans sans éducation et vivant chichement. Le jour où ce père de famille apprend qu'il est de sang noble ("Durbeyfield" étant une distorsion de "d'Urberville"), le destin de Tess s'en trouve modifié. Sa mère l'envoie en effet se faire connaître des d'Urbervilles à Trantridge, ce qu'accepte la jeune fille après l'épisode malheureux de la mort du cheval de sa famille. Tess fait connaissance avec Alec d'Urberville, un vil séducteur, qui finira par abuser d'elle.
   
   A partir de là, la vie de Tess est une succession de petits drames et de grands malheurs. Même lorsqu'elle rencontre et s'éprend d'Angel Clare, un jeune homme bon et tolérant, venu apprendre la gestion d'une laiterie, la fatalité s'acharne sur elle.
   
   Malgré des hésitations, des dilemmes et des occasions manquées, les deux jeunes gens se marient, sans qu'Angel connaisse le passé de Tess. Lorsque la jeune femme lui apprend enfin son infortune, Angel se sent trahi et ne peut pardonner cette "faute". Il choisit de s'éloigner de Tess et de partir au Brésil pour y commencer une nouvelle vie.
   
   Durant l'absence d'Angel, Tess entame une nouvelle période de son existence, triste, solitaire et au cours de laquelle elle doit effectuer de durs travaux (vous êtes prévenus, j'ai bien parlé de "successions"...).
   
   Rassurez-vous, les anciens amants finiront par se retrouver, à la toute fin du roman. Est-ce plus optimiste pour autant? Que nenni, Hardy ne nous épargne pas une fin dramatique.
   
   L'idée de l'écrivain étant de dénoncer les hypocrisies de la société, le poids de la religion et la différence de traitement entre hommes et femmes, vous n'auriez pas espéré un happy end quand même?
   
   J'ai aimé ce roman en raison du comportement de l'héroïne, son côté "païen" qui m'a bien plu. Tiraillée entre deux conceptions de la vie et de l'amour, sa nature et son éducation, le poids des conventions, Tess se débat dans ses contradictions et tente, sans succès, de trouver un peu de bonheur en dépit de tous ces obstacles.
   
   C'est encore une autre vision de la société Victorienne, peu agréable où je me dis que le destin d'une femme pauvre, sans beaucoup d'éducation, devait être bien peu enviable.
   
   J'ai également aimé la relation que Tess entretient avec la nature, même si, par moments, elle en a une image négative à cause de principes moraux qu'elle croit devoir adopter. Sans la société hypocrite des hommes, Tess aurait trouvé la paix et la joie dans son petit coin de campagne... Thomas Hardy portait un regard sans complaisance sur les hommes...
   
   Lisez également l'excellente préface qui nous livre de précieux renseignements sur l'état d'esprit de l'écrivain quand il entreprit d'écrire Tess.

critique par Folfaerie




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