Lecture / Ecriture
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Le cap de Charles D'Ambrosio

Charles D'Ambrosio
  Le cap

Le cap - Charles D'Ambrosio

Maintenir le cap... et le reste!
Note :

   Recueil de 7 nouvelles de cet auteur américain que je découvre pour l'occasion. Il est né à Seattle en 1960.
   
   Dans la nouvelle qui donne son nom à l'ouvrage, on découvre la tonalité générale de l'oeuvre. Nous sommes dans une station balnéaire américaine. Le narrateur raconte un épisode ordinaire de sa jeune vie. Le mal de vivre, sa mère veuve, les soirées très arrosées, lui Kurt, le fils de famille ramène les plus imbibés chez eux, et a le droit au récit de la vie de chacun. D'actions en bourses en divorces, de marques de voitures en conquêtes masculines ou féminines, les divagations d'adultes paumés sous un air de respectabilité. Mais certains retours sont plus périlleux que d'autres! Un texte très fort, le plus beau du recueil.
   
   «Sans nom» et sans aucune grâce, une fille quelconque dans un coin perdu de l'Illinois. Elle travaille dans une station-service, vit dans une famille de chrétiens évangélistes et n'a jamais vu la mer. Elle part avec un ancien marin, comme cela pour changer d'horizon, au moins une fois, vivre un peu avant...
   
   «En voiture» pour un jeu stupide, prendre son véhicule avec un pack de six bières, rouler le plus loin possible en buvant les cinq premières, faire le retour avec la dernière. A part qu'une fois ce fut la dernière virée!
   
   Dans la nouvelle «L'ouaouaron d'Amérique»,un autre adolescent veut quitter ses parents qui ne le comprennent pas. Car escalader l'érable qui est dans le jardin pour rentrer chez soi par la fenêtre du premier étage, c'est pour des parents normaux peu ordinaire. C'est aussi l'époque où débute pour la jeunesse le mélange alcool et drogue. C'est le temps des drogues douces et des illusions mais plus pour longtemps.
   
   «La nostalgie», c'est la promenade d'un homme seul dans les rues désertes d'une ville sous la neige, peu après les fêtes de fin d'année.
   
   «Père & fils», il est dommage que pour certains l'esprit ne soit pas sain (ni saint non plus).
   Des Américains moyens, la petite bourgeoisie, cible favorite d'auteurs de nouvelles américains comme John Cheever par exemple. Mais aussi des gens modestes victimes de la société américaine, ceux qu'elle laisse sur le bas-côté.
   
   Un adolescent gagnant un peu d'argent en raccompagnant les invités ivres morts des soirées qu'organise sa mère. C'est pratiquement devenu un travail, lucide, cynique et désabusé il regarde le monde des adultes, séparé en deux groupes, ceux qui sont en état de naviguer et les autres ceux qui chavirent facilement au propre comme au figuré, ceux-là sont les amis de sa mère.
   
   Une jeune fille qui brise les chaînes de sa vie, un médecin alcoolique radié mais ce ne sont pas des ouvriers clandestins qui vont le dénoncer. Un couple déjà pas trop bien assorti se désagrège après la noyade de leur fille d'un an.
   
   Un humour décapant, des êtres paumés, riches ou misérables, mais pas à leur place dans cette Amérique prétentieuse et névrosée. L'auteur ne prend pas de gants avec ses personnages :
    « -C'était une fille très maigre, avec des cheveux rouges ternes et raides, des ongles rongés, cassés et des yeux verts sans éclats. »
   
   Une découverte qui ne restera pas sans suite car depuis, deux autres recueils de nouvelles «Le musée des poissons morts» et «Orphelins» ont été traduits et édités en France.
   
   Extraits:
    - Du vivant de mon père, elle buvait rarement, mais depuis qu'il s'était tiré une balle dans la tête on pouvait dire qu'elle se laissait vraiment aller.
   - Son état est pire que le mien. Elle est vraiment ivre morte. Bourrée? Beurrée?
   - Certaines choses dans la vie sont irréparables (prenez le cas de mon père), et c'est toujours triste.
   - Ses seins, affaissés comme des sacs de sable mouillé, pendaient de part et d'autre de sa personne.
   - Son visage était informe. Pâle et mou comme du mastic tiède.
   - Il est là-bas. Je le sens en fermant les yeux. Il sait où nous sommes, dit la fille.
   - Quand on se rapprochait de l'Ouest, les noms changeaient, devenus les dépositaires d'une utopie : Hope, Endwell, Wisdom, Independence, Loveland.
   -Le tout en écoutant volume à fond, Neil Young chanter « See the lonely boy, out of the week-end »-planant cet album.
   - Sous l'influence de Neil Young, je me sentais perdu, solitaire, comme si ma vie n'avait pas de fond, triste aussi, désespéré, plein de nostalgie d'un temps meilleur- à treize ans.....
   - La mère de Regimbla était sexy, avec un léger parfum de ruine.
   - Planter des palmiers tropicaux à Seattle! On ne voyait jamais un corbeau dedans.
   - Les jeunes y semblaient vieux et les vieux à deux doigts du cercueil.
   - Sa foi lui octroyait la faculté de s'abstenir de juger quoi que ce soit, même les films. »

   
    Titre original: The point (1995)

critique par Eireann Yvon




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