Lecture / Ecriture
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Côte ouest de Paula Fox

Paula Fox
  Côte ouest
  Le dieu des cauchemars
  Les enfants de la veuve

Paula Fox est une écrivaine américaine née en 1923 et morte en 2017.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Côte ouest - Paula Fox

"Comme des mouches collées au ruban de leurs opinions sur le monde"
Note :

   De New York à la côte ouest, et retour au bout de cinq années de séjour à Los Angeles, la ville du rêve américain s'il en est, miroitante des feux de tous les mirages hollywoodiens. Tel est le périple initiatique d'Annie Gianfala, l'héroïne de "Côte ouest". En 1939, Annie a dix-sept ans et son père, partant pour le Nouveau Mexique et un nouveau mariage, vient de la laisser seule dans leur appartement new yorkais. Mais seule, Annie ne le restera pas longtemps, car il ne manque pas de bonnes âmes et prosélytes de tout poil, plus ou moins bien intentionnés, et désireux de prendre sous leur aile la pauvre orpheline.
   
   A première vue, Annie donne l'impression d'un être à la dérive, se laissant porter par le courant: terriblement jeune, terriblement ignorante du monde comme il va, terriblement influençable. Pourtant, elle ne tarde pas à révéler une personnalité bien plus insaisissable, bien plus forte que ce que le premier abord laissait supposer. Elle absorbe tout, de tout son être. Elle observe tout, jusqu'à l'épuisement parfois, du regard acéré de celle qui ne s'en laisse pas conter. Si bien qu'à travers les yeux de cette toute jeune femme, Paula Fox nous offre un magnifique état des lieux de l'Amérique au tournant des années trente et quarante. Les Etats-Unis sortent alors tout juste des derniers remous de la grande crise de 1929, et leur entrée en guerre ne fera que confirmer la reprise économique. Les usines d'armement tourneront bientôt à plein régime, tout comme les usines à rêves des grands studios, et le parcours d'Annie Gianfala nous entraîne des unes aux autres, nous faisant côtoyer au passage une fabuleuse galerie de personnages: scénaristes, aspirants acteurs, ouvriers, petits commerçants, syndicalistes et dévots communistes enferrés dans les atermoiements de la politique stalinienne, beaucoup "comme des mouches collées au ruban de leurs opinions sur le monde" selon les mots mêmes d'Annie.
   
   Née en 1923, Paula Fox avait rencontré un certain succès à la parution de ses deux premiers romans dans les années 1960. En 1972, son troisième livre, "Côte ouest", a marqué pour elle le début d'une longue traversée du désert qui devait durer près de vingt ans. Il fallut pour y mettre un terme l'intercession de quelques uns de ses jeunes collègues: Jonathan Franzen, Andrea Barrett ou encore Frederick Busch qui offre à la traduction française de "Côte ouest" une préface dithyrambique et, disons-le, tout à fait justifiée. A leurs yeux, Paula Fox n'est rien de moins qu'un des plus importants écrivains du XXème siècle. Et au moment de refermer ce roman magnifique d'intelligence, de lucidité, de maîtrise et de justesse dans l'expression, je ne peux certes pas leur donner tort. Voilà bien une auteure à (re)découvrir de toute urgence!
   
   
   Extraits:
   "Allongée, inerte, elle se sentait épuisée. De la fatigue des observateurs, se dit-elle. Si seulement elle avait pu ne pas tant observer les gens! Le moindre changement d'expression, le moindre fil sur un vêtement, le moindre trou dans une chaussure, la moindre saleté sur les doigts, leurs regards dangereux et imprévisibles, la façon dont ils aspiraient l'air entre leurs dents ou se grattaient la joue provoquaient en elle une réaction d'angoisse macabre!" (p. 77)
   
   "Il lui semblait que, chaque fois qu'elle quittait un endroit, elle tirait derrière elle une traîne de débris: promesses brisées, attentes déçues qu'elle avait suscitées sans le vouloir. Qu'y avait-il en elle d'exceptionnel? Qui dépassât les circonstances particulières de son histoire personnelle, qu'elle détournait avec humour dans l'unique but d'attirer l'attention, celle de n'importe qui? Tout le problème était là! L'histoire n'annonçait que l'existence de celle qui la racontait, oui, tout le problème était là!" (p. 91)

critique par Fée Carabine




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