Lecture / Ecriture
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Chanson des mal-aimants de Sylvie Germain

Sylvie Germain
  Hors Champ
  Magnus
  Eclats de sel
  Tobie des Marais
  Chanson des mal-aimants
  Patience et songe de lumière
  L'inaperçu
  Le Monde sans vous
  Petites scènes capitales

Sylvie Germain est un écrivain français née en 1954.

Chanson des mal-aimants - Sylvie Germain

Entre montagnes et rues étroites
Note :

   Amis lecteurs,
   Une fois de plus votre fidèle chroniqueuse est partie vers d’autres horizons, cette fois-ci les doigts de pieds en éventail sur une plage de la côte atlantique. Espérons qu’il fasse beau, que miss Lou puisse enfin mettre à profit ses toutes nouvelles lunettes de soleil adaptées à sa vue (car cette année miss Lou pourra même se balader entre les dunes sans risquer de se prendre un roseau ! – allez, j’exagère un peu… m’enfin…).
   
   Fin 2007, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Sylvie Germain et "Tobie des Marais". J’ai donc lu "Chanson des mal-aimants" il y a des mois, en février ou mars il me semble. Et maintenant que je veux faire ma note, je dois bien admettre qu’il ne me reste pas grand-chose de cette lecture ; car j’ai bien du mal à me souvenir des différentes étapes de ce livre.
   
   Racontée à la première personne, l’histoire est celle d’une femme de soixante ans qui retrace les différentes périodes de sa vie. Enfant albinos, abandonnée à la naissance, la narratrice a passé son enfance dans les Pyrénées pendant la seconde guerre mondiale, auprès d’enfants et d’adolescents attendant (parfois en vain) le retour de leurs parents. Lorsque sa protectrice vient à mourir, elle est placée dans une auberge, qu’elle quitte ensuite après un drame. Travaillant dans un café près d’une gare, la narratrice vit son premier chagrin d’amour et part à Paris.
   
    Parmi ses rencontres parfois inquiétantes : un écrivain étrange dans une petite maison de banlieue, une femme amoureuse des livres décédant un jour de façon brutale, la patronne d’une maison menacée de démolition, des saltimbanques et des sans-abri. Enchaînant les métiers les plus différents dans sa vie, l’héroïne suivra toujours son instinct, avant de retourner dans les Pyrénées finir sa vie.
   «Mais personne ne vient, ni fantômes ni vivants. Ma solitude se joue à ciel ouvert comme lors de ma naissance, dans la même indifférence de mes congénères. A présent, elle se joue au ralenti, et le peu d’histoire qui a composé ma vie est en train de se dissoudre dans l’oubli ; le texte s’en efface à mesure où je me le remémore et l’évoque. Un texte écrit sur de la buée. Au moins, arbres et oiseaux magnifient le décor de cet acte final sans personnages, sans action apparente, sans dialogue. Juste un monologue de plus en plus ténu que le silence corrode en douceur. Mais il reste tellement à entendre dans le silence, tellement à voir alors que tout, pourtant, a disparu, et toujours à aimer quand tout le monde s’est retiré. Le rideau peut tomber sur la scène déserte, le spectacle continue, autrement.»
   
   Etrangement, mon premier Sylvie Germain avait pour cadre la région Poitou-Charentes, dont je suis originaire. Celui-ci, entre les Pyrénées et Paris, oscille entre le pays natal de ma mère et la ville où je viens de passer un certain nombre d’années. En somme, toujours des cadres aux saveurs particulières pour moi.
   
   J’ai une fois encore beaucoup aimé le style de Sylvie Germain, sa fluidité et le rythme inhérent à la narration. «La sève, l’encre – un même sang obscur coulant avec lenteur, roulant vers la lumière, et frémissant de la rumeur du monde.»
   
   L’histoire, originale, ne m’a cependant pas autant séduite que lors de mon premier contact avec cet auteur. Peut-être est-ce dû au personnage effacé, presque indifférent et d’une certaine façon retiré du monde qui l’entoure. Peut-être ai-je eu du mal à accorder quelque crédit à ces souvenirs, mais cela ne me gêne généralement pas donc ce n’est sans doute pas le cas. En somme, la lecture a été agréable, peut-être sans heurt, mais bien en deçà du choc provoqué par la découverte de "Tobie des Marais". Je me souviens avoir été comparativement déçue. Pourtant, en feuilletant à nouveau ce roman, je suis frappée par la richesse de l’univers de Sylvie Germain, par sa prose unique qui me séduit tant. Ce sera donc un avis en demi-teinte. Encore un très beau texte ; une belle histoire, réaliste et pragmatique malgré le destin inhabituel de l’héroïne. Mais un récit qui m’aura un peu moins touchée que celui de Tobie.
   
   Je garde un bon souvenir du passage où Laude-Marie, la narratrice, évoque l’époque à laquelle elle travaillait pour une famille aisée en déclin, entre une mère âgée et digne et un fils handicapé à vie par un coup de fusil «accidentel» dans le visage. L’héroïne finit par percer à jour les secrets des habitants du manoir. Un passage intéressant et mystérieux d’une certaine intensité dramatique. Un court extrait : «Les visiteurs étaient rares. Ne se rendaient au manoir que le docteur Larracq, trois ou quatre fois par semaine, pour surveiller l’état du naufragé, le pasteur Simon Erkal, de façon irrégulière mais pour de longues visites, et un neveu de la baronne, Fulbert Fontelauze d’Engrâce, deux fois par mois. Si la maîtresse des lieux raccompagnait le médecin et le pasteur jusqu’au perron après chacune de leurs visites, jamais elle ne faisait cet honneur à son neveu. Plus jeune que son fils, portant beau et sûr de lui, ce Fulbert n’était aux yeux de sa tante qu’une motte de boue fétide camouflée dans un sachet doré. Elle flairait en lui un petit charognard qui louchait sur le manoir, le parc et les bois. Il se savait excellemment placé dans la course à l’héritage, Agnès était morte sans enfant et Philippe, resté célibataire, n’était plus qu’un zombie qui, si jamais il survivait à sa mère, serait incapable de faire valoir ses droits. On devinait le fringant Fulbert tout prêt à propulser le fauteuil du vieil orphelin droit dans un asile pour handicapés.»

critique par Lou




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