Lecture / Ecriture
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Eloge du mensonge de Patrícia Melo

Patrícia Melo
  Monde Perdu
  Eloge du mensonge
  O Matador

Patrícia Melo est une écrivaine brésilienne née en 1962.

Eloge du mensonge - Patrícia Melo

Le serpent et la tentation
Note :

   Je ne connais pas du tout cette dame (l'auteur) à part le quatrième de couverture, donc seule chose que je sais d’elle est qu’elle vit à Rio.
   
   Un écrivaillon, docteur es-plagiat, s’affuble d’un pseudonyme américain en espérant ainsi attirer le succès. Il signe ses mauvaises copies "José Guber" mais immanquablement ses manuscrits sont refusés. Alors lui vient une idée faire commettre le meurtre par un serpent. Il fait, dans le but de recherches pour ce futur chef-d’œuvre, la connaissance de Fúlvia. Celle-ci biologiste, nutritionniste pour serpents, vient bien vite se lover dans ses bras et dans ses draps. Et petit à petit elle distille son venin et lui fait part de son projet. Tuer son mari, entre l’idée de l’un et les connaissances de l’autre, le crime parfait est possible.
   
   José n’étant pas chaud, Fúlvia lui offre un serpent, lui fait croire que son mari Ronald la bat!. Mais comme en plus, notre narrateur a des problèmes avec son éditeur qui lui répond de la sorte :
   De : Wilmer da Silva. A : José Guber.
   Guber,
   "Même un enfant de 10 ans sait que cette histoire ne donnerait pas un roman. Ca manque de matière. Vous avez 10 jours pour me remettre un livre."

   
   L’argent manque, sa mère harangue les passants avec un mégaphone de la fenêtre de leur appartement, et sa maîtresse, qui arrive avec un bras bandé à leur rendez-vous ! Ils peaufinent leur plan : le lieu, une auberge perdue, 18 kilomètres de route en terre battue pour l’hôpital le plus proche où il n’y a plus de stock de sérum en réserve. Elle dérobe un crotale au laboratoire et le confie à José!.
   
   Mais pour déphaser encore un peu plus le pauvre José, Ingrid, la revissante secrétaire blonde de son patron, le trouve à son goût, téléphone chez lui pour l’inviter, alors qu’à l’aide de sa maîtresse et d’un poulet vivant, il essaye de sortir le crotale de sa léthargie ! Tout semble prêt, sans faille, mais évidemment rien ne marche!
   
   José semble être le paumé parfait, piètre écrivain, un peu naïf, débordé par une mère que l’on ne voudrait pas avoir à la maison. Fúlvia semble être un miracle sur sa route, mais entre l’Eden et l’Enfer, le chemin n’est parfois pas très long. Cette femme est une manipulatrice prête à tout pour arriver à ses fins et José un pigeon parfait.
   
   Ingrid, la ravissante blonde, est-elle si innocente et si désintéressée qu’elle en a l’air ?
   
   Très agréable et plein d’humour, c’est une sorte de parodie de roman policier, mais en plus psychologique.
   
   Un livre exotique et jubilatoire, mais également féroce et parfois cruel. Un conte moderne : rien ne manque Adam et Eve version brésilienne, le serpent et la pomme de discorde.
   Cela me rappelle une des phrases de Nick Carey, le shérif de 1275 âmes "C’est pas une raison parce que je mets la tentation à la portée des gens qu’ils doivent forcément se laisser tenter."
   
   Extraits :
   - Pour ce qui est de tuer, dit-elle, c’est la meilleure solution, quatre-vingt-dix pour cent des personnes mordues en meurent, même après avoir reçu le sérum.
   
   - Une femme perd soixante dix pour cent de son charme dès qu’elle commence à dire du mal de son mari.
   
   - Tu m’avais parlé d’une fracture, j’ai dit. Mais non, elle a répondu c’est une entorse, je me souviens parfaitement d’avoir dit : c’est une entorse.
   C’est drôle, je ne me souvenais pas.
   
   - Fúlvia m’a demandé de garder le crotale dans ma chambre. Ca ne m’a pas plu.
   
   - J’avais des doutes, et si à l’heure H, je disais, ce serpent en pleine déprime ne faisait pas correctement son travail.
   
   - Face à ce genre de proposition ou bien un homme met la femme dans son lit ou bien il la laisse tranquille.
   
   - Ce qui nous donna le plus de travail, c’est le crotale.
   
   - Un crime scientifique est toujours laborieux. Ce n’est pas un hasard si la plupart des assassins préfère résoudre le problème à coups de pistolet automatique.
   
   - "Recherche écrivain de contes érotiques. Bon salaire". J’ai pris le journal et je suis parti m’occuper de mon avenir.
   
   - L’homme que j’avais devant moi était un mari de spot publicitaire pour de la margarine.
   
   - Guber c’est un nom allemand. Ca serait parfait pour de la bière.
   
   - Tu sais quel est le problème des femmes de 40 ans ? C’est qu’elles n’en ont plus 30.

   
   Et enfin, De : Wilmer. A : José Gruber.
   - La longueur de vos histoires est inversement proportionnelle à votre talent.
   
   Titre original : Elogio da mentira. (Brésil)
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critique par Eireann Yvon




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C’est ça la vie !
Note :

   Que voilà un roman impertinent, original, drôle, inhabituel! Un de ceux qu’on adore. Un de ceux que les écrivains brésiliens, avec leur sens de la vie, de l’amour, du débridé sont parmi les rares à savoir produire. Quel régal!
   
   C’est en citant le dernier paragraphe de la page 94 que l’on cernera le contexte et le ton : "C’est ça la vie. Je me retrouvais sans emploi, amoureux fou d’une femme qui élève des serpents, attendant la mort d’un type, sans le sou, et avec une mère de plus en plus folle à la maison. Et orgueilleux, en plus."
   

   José Guber, celui qui nous fait part ci-dessus de ses réflexions, est un petit écrivain minable. Il commet, au long des premiers chapitres de ce roman jouissif, de courts synoptiques minables et maladroits sur d’invraisemblables romans policiers. La réponse est toujours la même : refusé par son éditeur qui a commis l’imprudence de lui faire une avance.
   
   José, en se rendant à l’Institut pour étudier d’un peu loin les serpents et leur venin, en quête d’une mort sensationnelle d’une victime encore non née, au plan littéraire s’entend, va faire la rencontre de la sommité nationale, Fulvia.
   
   Fulvia, c’est l’Eve brésilienne, attirante, lascive, qui glisse ces animaux phalliques autour de son cou, de ses cuisses pour mieux faire succomber José lors de discussions éthérées. Oui mais, Fulvia est mariée et se dit victime de son mari et de ses violences conjugales, apportant d’apparentes preuves médicales à un amant fou et aveugle.
   
   Quoi de mieux qu’un auteur de romans policiers, même minables, pour supprimer un mari qui devient encombrant?
   
   Patricia Melo nous entraîne alors dans une suite de délires, de scènes effarantes et d’un comique incompressible, aussi délurée que les scenarii improbables élaborés pour faire supprimer le mari par un serpent qui n’en a que faire.
   
   Les résultats seront partiels et la vie en deviendra plus compliquée. Plus compliquée, elle sera encore lorsque José Guber, enfin marié à Fulvia, décidera de changer de personnalité, de nom, de style, pour devenir un auteur à succès qui publie de géniaux livres censés modifier complètement votre vie psychologique et affective et vous faire rencontrer le bonheur et Dieu.
   
   Plus le succès viendra, ce qui permet au passage à l’auteur de se livrer à un démolissage ahurissant de ces prétendus sauveurs de l’humanité, plagiaires et imbus de leurs seuls intérêts, plus la vie de José Guber deviendra infernale.
   
   Cet univers coloré, débridé, féroce et tendre à la fois, où les comptes se règlent à coups de revolver et où la vie de ceux qui encombrent ne pèse jamais bien lourd permet à Patricia Melo de tisser une intrigue solide et qui tient fièrement la route.
   
   L’imaginaire et une dose de fantasque au service d’un neo-polar si j’ose cette formule. Un neo-polar au service d’une critique de l’argent facile et de ceux qui profitent des faibles. Le tout sans effets larmoyants et mis en musique sous une écriture charpentée, colorée, vive et immensément drôle. Un succès total.
   
   Vous ne pouvez plus ignorer Patricia Melo. Alors vous savez ce qui vous reste à faire!

critique par Cetalir




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