Lecture / Ecriture
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Chronique d’un château hanté de Pierre Magnan

Pierre Magnan
  Le sang des Atrides
  L'Arbre
  Le parme convient à Laviolette
  La maison assassinée
  Les charbonniers de la mort
  La naine
  Chronique d’un château hanté
  Les secrets de Laviolette
  Laure au bout du monde
  Elégie pour Laviolette
  Pour saluer Giono
  Ados: L'enfant qui tuait le temps

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Chronique d’un château hanté - Pierre Magnan

Au fil de 6 siècles
Note :

   Oeuvre monumentale, que Pierre Magnan craignait de ne pouvoir terminer en 2005 lorsque je l’avais rencontré pour une interview à Forcalquier. Il est certain que son écriture a dû nécessiter de longues recherches sur des périodes échelonnées du XIV ème siècle à nos jours.
   «Chronique d’un château hanté» est de facture fort différente de celle de la série «Laviolette» ou des autres épisodes provençaux aux histoires de famille terribles. Comme s’il avait voulu solder dans une oeuvre magistrale, et pour l’histoire, les liens qui l’attachent à cette terre de Provence.
   
   L’affaire commence en 1349, suite à une épidémie de peste noire à Manosque qui décime la population et qui incite le Commandeur de l’Ordre des Hospitaliers de Jerusalem à tranférer dans un couvent de nonnes, et aux bons soins de celles-ci, un chariot bâché porteur d’une lourde charge présentée comme «un trésor spirituel, rapporté jadis de Jérusalem par nos frères dont nous sommes les héritiers et qui constitue la preuve irréfutable de la vérité absolue des Saintes Ecritures.»
   Rien de moins !
   
   C’est le drame qui restera attaché à ce chargement lourd de symboles et Pierre Magnan va nous en dérouler la trame à travers toutes les époques: de la Renaissance à l’époque moderne en passant par la Révolution, l’époque napoléonienne. C’est astucieusement construit (et a probablement demandé un travail colossal) et seul le souci du détail et du mot juste, d’époque, qui nous oblige à trébucher à de nombreuses pages et à jeter un oeil sur un dictionnaire, rompt le fil de la lecture.
   
   L’ensemble m’a paru peut-être trop appliqué, comme pour être parfaitement respectueux des diverses vérités historiques. On y retrouve l’attachement et la tendresse de Pierre Magnan pour ses créatures dans un kaléidoscope qui déploie ses feux de la fin du Moyen-Age à nos jours. Et dans «ses créatures», j’entends aussi un arbre, un chêne qui sera le fil rouge de cette épopée, un arbre formidable comme Pierre Magnan aime à les magnifier. C’est qu’en Provence, il n’y a pas que des Provençaux, il y a aussi une nature magnifique que Magnan, à l’instar de Giono, vénère.
   Dans son avant-propos, il se défend d’être un historien :
   «Je ne suis pas non plus un historien. Je m’accote à l’Histoire parce qu’on ne peut pas faire autrement. J’avais décidé de mettre «histoire» sous le titre du livre … On trouvera dans cet ouvrage nombre d’anachronismes intempestifs et des erreurs chronologiques voulues ou pas. Je ne demande pas à être absous. »
   
   Et il nous fait part de son regret d’avoir été romancier plutôt que peintre. Intéressante analyse:
   «Si j’en avais eu le moindre talent, j’aurais voulu être peintre. Le peintre n’a pas besoin d’expliquer. Les limites de sa toile lui interdisent de s’étendre et devant son oeuvre, comprenne qui pourra et qui voudra. Je me contente de peindre, en écrivant, ce que tant d’artistes ont réussi à montrer de l’homme rien qu’en esquissant son aspect extérieur. Je songe à Breughel l’Ancien et aux bords de Seine des guinguettes de Renoir. Jamais l’écriture (même Proust) ne parviendra à figer ainsi un instant de vie sur la terre, à l’extérieur et à l’intérieur de l’être.»

critique par Tistou




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