Lecture / Ecriture
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Les crapauds-brousse de Tierno Monénembo

Tierno Monénembo
  Les crapauds-brousse
  Un attiéké pour Elgass
  Le roi de Kahel

Tierno Monénembo est le nom de plume de Thierno Saïdou Diallo, écrivain guinéen francophone, né en 1947. Il publie depuis 1979. Le Prix Renaudot lui a été attribué en 2008 pour "Le Roi de Kahel".

Les crapauds-brousse - Tierno Monénembo

Lendemains qui déchantent
Note :

   Aujourd'hui célèbre pour un grand et gros livre sur les "Peuls", Tierno Monénembo a entamé sa carrière de romancier un quart de siècle auparavant avec "Les crapauds-brousse". Si selon une légende peuhl le crapaud est un être parfait, il n'en est pas de même de bien des personnages de cette histoire qui se situe dans un pays d'Afrique après l'indépendance, pays que gouverne en despote le nommé Sâ Matraq — tout un programme. Les espoirs de développement et de démocratie ont cédé la place à un régime policier et approvisionné par des contrebandiers.
   
   Les élites nouvelles, qui peuplent les ministères après avoir fait des études en Europe — Diouldé, lui, a obtenu ses diplômes en Hongrie — mènent une joyeuse vie mondaine. Mais il leur arrive aussi de parler politique et de tenir imprudemment des propos séditieux. Or, le romancier a introduit des personnages moins recommandables dans l'entourage de Diouldé : Gnawoulata l'ancien camarade de classe devenu riche trafiquant et son inquiétant ami Daouda que l'on devine haut placé dans la police politique d'un pays qui fait penser à la Guinée de Sékou Touré. Voilà des relations bien dangereuses d'abord pour Diouldé et ensuite pour son épouse Râhi.
   
   Au bord de la mer, en périphérie de la capitale, une sinistre prison surnommée "le Tombeau" se remplit d'opposants réels et supposés car les dénonciations vont bon train. On évoque aussi l'existence d'un camp de concentration. Chercher à s'exiler peut vous y conduire et c'est l'histoire de Kandia. Comment Râhi se sortira-t-elle d'une situation que compliquent encore la maladie de sa belle-mère, l'arrivée d'un sorcier sale et lubrique, et les promesses hypocrites de Daouda ?
   
   Avec une écriture très classique, juste un peu épicée de termes africains, ce roman se lit très facilement comme un roman social où traditions et monde moderne se heurtent assez tragiquement. C'est aussi un roman qui s'aventure dans le grave contexte de la décolonisation mais il reste cocasse à plus d'un titre dans la description des personnages (Karamoko Lamine le sorcier, Gnawoulata alias "Pas-de-crédit"), voire des lieux (le Paradis est un sordide "boui-boui"). Il m'est ainsi arrivé de penser à "Verre Cassé" d'Alain Mabanckou. Je ne crois pas que cette comparaison lui déplairait.

critique par Mapero




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