Lecture / Ecriture
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Le livre des aveux de John Banville

John Banville
  La mer
  Le livre des aveux
  Athéna
  Le monde d'or
  La lettre de Newton
  La lumière des étoiles mortes

John Banville est un journaliste et écrivain irlandais né en 1945 et qui vit actuellement à Dublin.
Il est lauréat d'un prix Booker pour "The Sea". "Le livre des aveux " a été finaliste de ce même prix en 1989 mais c’est alors Kazuo Ishiguro qui l’a obtenu.
Il a publié "Les disparus de Dublin" sous le pseudonyme de Benjamin Black.

Le livre des aveux - John Banville

Est-il surprenant que j’aie fini en prison?
Note :

   John Banville vient de recevoir le "Booker Price" pour son roman "The Sea". "Le livre des aveux " a été finaliste de ce même prix en 1989. Pour la petite histoire en 1989 et cette année, les 2 finalistes étaient les mêmes, Kazuo Ishiguro et John Banville.
   
   Un homme se raconte à la Cour, comment est-il devenu un criminel ? Frederick St John Vebderveld Montgomery, aristocrate dans le besoin a tué une femme, comment en est-il arrivé là ?
   
   Frederick, dans le Sud espagnol doit de l’argent à des gens louches, très louches, ils gardent sa femme et son fils en otage. De retour en Irlande, il sombre petit à petit dans la paranoïa, son côté immature, sa consommation d’alcool et son manque d’argent l’amènent au vol, mais celui-ci tournera mal.
   
   Frédercik paraît avoir oublié de grandir, il s’accroche aux basques de quiconque peut l’aider, mais sa mère n’a plus le sou, et le déshérite. Ses parents n’étaient pas les gens qu’il pensait, les tableaux ont disparu. La folie s’installe. On note une quasi-absence de scrupule chez ce personnage, un sens des valeurs d’une caste ex-dominante, comme si tout leur était dû, une théâtralisation permanente.
   -" Tout est vrai, rien ne l’est, sauf la honte. "
   
   Ce livre est un long monologue de Montgomery, sans dialogue, avec une écriture précise et un vocabulaire très recherché. Un livre dur et un homme malsain qui ne laisse pas indifférent.
   
   Premier volume d’une trilogie qui comprend "Athéna" (une nouvelle édition vient de sortir) et "Le Monde d’or". C’est un des romans les plus abordables de l’auteur, qui n’est pas spécialement un écrivain grand public.
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critique par Eireann Yvon




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Manipulateur!
Note :

   Les aveux sont ceux d’un jeune aristocrate irlandais Frederick St. John Vanderveld Montgomery inculpé et incarcéré pour l'enlèvement et le meurtre horrible, apparemment sans mobile, d'une jeune femme. Le roman n’est que le long monologue de l’assassin qui tente de justifier son crime devant ses juges. Il revient sur son passé, sur ses années d’errance et de débauche, sur tout ce qui pouvait laisser prévoir le crime jusqu’à ce qu’il comprenne enfin la nature de son mal et de sa folie: cette envie de mort dans un monde qui n’a pas de sens pour lui.
   
   Pas de dialogue dans cette confession, juste la parole et les réflexions du meurtrier.
   
   Je ne suis pas sûre d’avoir aimé cette longue confession d’un tueur cruel et prétentieux, trop bavard, trop égocentrique, trop froid trop, trop, trop, bref très antipathique. Pas un seul instant je ne me suis attachée à lui! Peu m’importait son sort. J’ai rarement aussi peu ressenti d’intérêt pour un personnage de roman mais en même temps je savais que j’obéissais ainsi au désir de l’auteur.
   C’est ce qui a transformé cette lecture en expérience étonnante: je me suis sentie dominée de bout en bout non par le narrateur mais par l’auteur lui –même, baladée par lui où il voulait. Tout du long j’ai admiré sa façon d’écrire, précise, sèche, très efficace et somptueuse!
   
   Place donc à l'écriture de Banville. Le moment du meurtre :
   
   Ce fut donc à partir de rêveries où se mêlaient confusément chevalerie errante, délivrance et récompense que naquit mon plan. Je vous assure, monsieur le juge, ma remarque n’a rien d’un artifice visant à me disculper; je ne cherche qu’à expliquer mes motivations, je veux dire les plus profondes, si une telle chose est possible.
   Les pensées se pressaient dans ma tête, le sang pétillait dans mes veines. Je savais maintenant ce que j’allais faire. J’étais surexcité et en même temps, j’éprouvais une terreur profonde. …C’était comme si le cœur même des choses avait, l’espace d’un instant, cessé de battre. Ce fut ainsi que cette journée commença, comme elle allait se poursuivre, dans l’horreur.
   J’ai la conviction, la conviction sincère, que si je ne m’étais pas retrouvé coincé dans ce trou à rat, sans rien pour meubler le temps que mes sombres pensées, rien de tout cela ne se serait produit.
   Je plaiderai coupable, bien sûr, mais il me déplaît qu’on ne me laisse pas faire ma déposition, oui, ça, ça me déplaît. Ce n’est pas juste. Même un saligaud de mon espèce a droit à son jour de gloire. Je me suis toujours vu dans le box des accusés, le regard fixé droit devant moi, très calme, en tenue sport – comme les journaux me décriront - , en train de raconter, de ma fameuse voix autoritaire, ma vision des choses, avec mes mots à moi. Maintenant, voilà qu’on va me refuser même ce moment théâtral, le dernier, sûrement, que je connaîtrai dans cette vie. Non, ce n’est pas juste."

critique par Mango




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