Lecture / Ecriture
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Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

Sawako Ariyoshi
  Les dames de Kimoto
  Le Miroir des Courtisanes

Sawako Ariyoshi1 (有吉佐和子) est une écrivaine japonaise née en 1931 et morte en 1984 (suicide).

Les dames de Kimoto - Sawako Ariyoshi

De la fin du 19e siècle à l'après Seconde guerre mondiale
Note :

   Quatre générations de femmes japonaises, quatre destins et l'évolution de la condition féminine au Japon de la fin du 19e siècle à l'après Seconde guerre mondiale. Toyono la grand-mère qui incarne la tradition, Hana sa petite-fille déchirée entre tradition et modernité, Fumio sa fille résolument tournée vers le monde moderne, et Hanako qui, enfin, parvient à conjuguer tradition et modernité dans une certaine sérénité.
   
    Sawako Ariyoshi, décédée en 1984 est très connue au Japon pour ses romans, ses nouvelles, des pièces de théâtre qui racontent la condition féminine au Japon. Elle a souvent été comparée à Simone de Beauvoir. Comme, je l'avoue sans fard, je ne connais l'oeuvre de Simone de Beauvoir que par ouï-dire, ne vous attendez pas à une comparaison circonstanciée entre ces deux auteurs! Tout ce que je vais pouvoir faire est vous parler de cette merveilleuse chronique familiale.
   
    Le monde que décrit Sawako Ariyoshi est un monde en mutation. Ce pourrait être celui des paysans, celui de la classe moyenne, c'est celui de familles riches, propriétaires de terres ou de commerces, descendants de samouraïs parfois. Un monde luxueux, régi par des codes précis, contraignants où, traditionnellement, les femmes quittent leur famille le jour de leur mariage avec un homme qu'elles n'ont souvent jamais rencontré. Un monde où leur statut dépendra de celui de leur époux, aîné ou cadet de la famille, de leur bonne éducation et de leur sens de l'honneur. Un monde qui commence à se déliter avec l'ouverture du Japon aux étrangers.
   
   Ce monde est celui de Toyono la grand-mère. Déjà, Hana, qu'elle a élevée et à qui elle a fait donner une éducation bien plus poussée que la normale, tout en respectant le code de conduite de l'épouse japonaise traditionnelle, se confronte au féminisme naissant. C'est un personnage ambigu Hana. Tout comme Toyono d'ailleurs. Loin de l'image de la femme et de l'épouse soumise, silencieuse, elles sont toutes deux des femmes de tête, dirigeant leur petit monde d'une main d'autant plus ferme qu'elle est enveloppée de soie et subtile. Elles ne sont pas esclaves, mais se sont mises au service d'un idéal, de leur idéal, celui de l'Epouse. Cela, Hana le proclame jusque dans les pages d'une revue féministe: "Le texte lui-même, dans une prose fleurie, relatait la vie d'une femme qui, ayant la conviction de porter en elle l'esprit de la famille traditionnelle, estimait de son devoir de consacrer son existence à devenir l'esclave, en même temps que l'élément indispensable de la famille dans laquelle elle entrait par le mariage." Et son existence prend fin quand se termine celle de son mari:"Elle n'avait jamais juré que par Keisaku et elle ne voulait pas lui survivre dans le monde qu'il s'était forgé. Elle ne pouvait pas accepter de devenir une de ces femmes des temps nouveaux qui prétendaient s'affirmer. Accomplir quelque chose par elle-même au lieu de tenir son pouvoir du fait qu'elle était dans l'ombre de son mari lui paraissait aller contre toutes les vertus féminines auxquelles elle croyait si fermement. [...] D'après elle une femme, même forte et intelligente, qui n'avait pas d'homme au côté duquel se tenir était inévitablement condamnée."
   
   Sorte de personnage de transition entre deux mondes, elle est déchirée entre une indépendance possible mais qui heurte toutes ses convictions et un univers rassurant dont elle maîtrise les ressorts. Le changement arrive par sa première fille, Fumio la rebelle qui affirme ses opinions politiques, part faire ses études seule à Tokyo, épouse l'homme de son choix, refuse les vêtements traditionnels. Sa force de caractère, elle la tient de sa mère et de sa grand-mère, mais l'utilise différemment. Le propos du roman est finalement de montrer comment deux femmes si semblables peuvent ne pas se comprendre: chacune s'enferme dans une forme d'extrémisme, incapable de voir ce que l'autre peut lui apporter. C'est toute la confrontation entre tradition et modernité qui se révèle à travers les relations de la mère et de la fille. Avec la possibilité, à la quatrième génération de parvenir à concilier deux mondes, héritage et avenir.
   
   C'est donc cette évolution de mère en fille que décrit Sawako Ariyoshi, l'inéluctable changement du monde, à l'image de ce fleuve que descend Hana le jour de son mariage. Ce fleuve que les mariées ne doivent pas remonter sous peine de mourir. C'est, quand on y pense une belle métaphore. Le fleuve comme image de l'évolution, d'une force contre laquelle on ne peut aller sous peine de tout y perdre. Ni Toyono, ni Hana, ni Fumio n'ont finalement le choix de ce qu'elles sont. Elles vivent avec les armes que leur ont donné leur éducation et leurs convictions. Et tout le roman est à l'image de cette métaphore; poétique, évocateur, profond. Profond parce que ses personnages le sont, parce qu'au delà de la condition féminine, il y est question de politique, de société, de guerre, de diplomatie. On peut s'y perdre, s'ennuyer parfois, mais on ne peut abandonner tant il y a à prendre et apprendre au fil des pages sur un Japon complexe et sur les être humains.
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critique par Chiffonnette




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Saga Japonaise
Note :

   A la toute fin du XIXè siècle, Hana, une jeune fille de vingt ans, est élevée par sa grand-mère Toyono, dans le respect des traditions et des superstitions. Toyono cherche à marier sa petite fille avec un bon parti de la région et, heureusement, les demandes en mariage affluent car la jeune fille est riche, belle, et a reçu la meilleure éducation que peut recevoir une jeune fille de bonne famille. Le choix de Toyono s’arrête bientôt sur Matani Keisaku, un jeune homme intelligent et énergique, qui semble promis à un brillant avenir, d’autant plus qu’il est le fils aîné des Matani, c’est-à-dire qu’il héritera de tous les biens de ses parents. Hana, qui n’a pas son mot à dire sur le choix de son futur époux, mais qui est obéissante et respectueuse de sa grand-mère, accepte le sort qui lui est réservé.
   
   Cette chronique familiale, qui va de l’extrême fin du XIXè siècle jusque vers les années soixante, permet de suivre l’évolution des mentalités japonaises – et particulièrement celle de la condition féminine – qui oscille entre respect des traditions et modernité. Dans ce cadre, le personnage de Fumio, la fille aînée de Hana, est très intéressant : adolescente révoltée et éprise de libertés, elle est la seule fille de sa région à faire des études à l’université de Tokyo, elle collabore à une revue féministe et développe des idées nettement socialistes, mais, arrivée à sa troisième année d’université, elle rencontre un jeune homme qui partage ses idées, fait un mariage d’amour, et mène à partir de là une vie de femme au foyer tout à fait banale. Hana, qui a au contraire des idées très conventionnelles, est finalement une femme forte et joue un rôle de chef de famille à égalité avec son mari, dont la vie est plutôt tournée vers la politique.
   
   J’ai eu un grand plaisir à lire ce roman qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie quotidienne et l’Histoire japonaises. La partie du roman qui se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale est particulièrement intéressante car elle décrit bien le sentiment très nationaliste qui animait alors les japonais. Par ailleurs, les personnages sont tous très bien campés, très vivants, et leur histoire est riche en péripéties et rebondissements : il parait difficile de ne pas s’intéresser à cette histoire!

critique par Etcetera




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