Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

De pierre et de cendre de Linda Newbery

Linda Newbery
  De pierre et de cendre
  Graveney Hall

De pierre et de cendre - Linda Newbery

Un très beau roman victorien
Note :

   Samuel Goldwin est embauché comme précepteur par monsieur Farrow. Jeune artiste, il se retrouve chargé d'enseigner à la fille ainée Juliana la dessin et la peinture. Le père et les deux filles vivent relativement isolés dans une propriété, loin de toute habitation. Leur mère vient de mourir et c'est Charlotte Agnew, une gouvernante fraîchement recrutée, qui s'occupe d'elles et leur tient lieu de dame de compagnie.
   
   Dès son arrivée, il est fasciné par Marianne, la fille cadette, d'une grande beauté mais en proie à de fréquentes crises d'angoisse. Juliana, plus calme, semble néanmoins aussi perturbée. Tout cela le laisse perplexe d'autant qu'il apprend également que Gidéon, l'artiste qui a réalisé les sculptures qui décorent la maison, a été congédié suite à une violente altercation avec le propriétaire des lieux et que l'ancienne gouvernante est aussi partie. De bien lourds mystères semblent donc peser sur la vie de cette famille.
   
   Voici une lecture très agréable. Dans la plus pure tradition du roman gothique - secrets du passé qui pèsent sur le présent, ambiance à la fois macabre et sentimentale-, on se retrouve plongé dans le 19ème siècle, dans une propriété bourgeoise et au cœur d'un drame familial. L'histoire est racontée de façon magistrale grâce aux récits de Samuel Goldwin, le précepteur et de Charlotte Agnew, la gouvernante, qui alternent.
   
   Un très beau roman victorien, un roman hors du temps, que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire et que je vous recommande chaudement.
    ↓

critique par Clochette




* * *



Une maison, un mystère… what else?
Note :

   Repéré il y a quelques mois, "Set in Stone" de Linda Newbery* me semblait particulièrement indiqué dans le cadre du Victorian Christmas Swap.
   
   En saisissant tout à l’heure "La Dame en Blanc" de Wilkie Collins, lecture à venir, j’ai découvert avec surprise que le sujet était sensiblement le même. Difficile de faire le lien entre les deux textes mais, côté forme, "Set in Stone" a tout du page turner contemporain et, à vrai dire, pas grand-chose de victorien. Le style est simple, direct, à mon avis ni remarquable ni désagréable; l’histoire très bien ficelée mais nettement moins tortueuse que dans les romans du XIXe. Pourtant les influences sont là et ce roman a de quoi tenter beaucoup de lecteurs!
   
   1898. Etudiant aspirant à devenir peintre, Samuel Godwin se voit obligé de subvenir aux besoins de sa famille à la mort de son père. Il est engagé par Mr Farrow pour enseigner le dessin aux deux filles de la maison, Marianne et Juliana. Arrivé dans la propriété de Fourwinds, il découvre une demeure superbe mais étrange, coupée du monde, ainsi que deux élèves déstabilisantes. Jolie, Juliana est effacée et mélancolique, ne semblant pas se remettre d’une maladie de nerfs qui a suivi le décès brutal de sa mère. Marianne est quant à elle un personnage fantasque, une adolescente sublime mais visiblement perturbée, peut-être folle. Dès son arrivée, Samuel est subjugué par cette jeune femme fascinante qu’il rencontre alors qu’elle est à la recherche du West Wind (du Vent de l’Ouest). Ses propos incohérents font référence à un mystère particulier lié à la maison.
   
   Difficile de ne pas trop en dévoiler car les événements s’enchaînent très rapidement. Je me contenterai donc d’évoquer quelques thèmes et éléments centraux de ce roman pour ne pas gâcher votre plaisir.
   
   Parmi les personnages principaux, celui de la gouvernante Charlotte est particulièrement intéressant. Image même de l’employée modèle, celle-ci s’efface et ne laisse paraître aucune émotion, faisant du bien-être de ses protégées une priorité. Son caractère s’affirme pourtant peu à peu au fil du récit, les chapitres alternant les points de vue de Charlotte et de Samuel. Femme intelligente au profil bien plus complexe qu’il n’y parait, elle séduit par sa force de caractère et sa détermination sans faille. Elle rappelle ainsi Jane Eyre par certains aspects – également par l’intérêt qu’elle pourrait porter à son employeur. Tout aussi sympathique, Samuel se présente d’abord comme le stéréotype du jeune héros au cœur pur. Quelques aspects plus sombres de son caractère en font finalement un personnage attachant, mais authentique. Quant aux Farrow, tous trois énigmatiques, ils fascinent le lecteur qui a bien du mal à deviner tous les secrets que leur maison semble abriter.
   
   Ajoutons à cela de nombreux ingrédients à mon avis exquis: l’art, à travers les leçons de Samuel, les enseignements qu’il tirera plus tard de son succès mais aussi grâce à l’architecture de la fabuleuse maison et aux statues qui lui ont donné son nom, Fourwinds. L’ambiance gothique: un lac aux profondeurs angoissantes, l’isolement de la maison où Mrs Farrow est décédée, la folie de Marianne ou encore de nombreuses scènes nocturnes.
   
   Un petit regret cependant: la notice nécrologique du Times, à mon avis peu crédible puisqu’elle évoque en détail la vie des proches de la personne concernée. Le chapitre sur le mode «Vingt ans après» satisfait notre curiosité mais reste un peu maladroit.
   
   Linda Newbery est un auteur de littérature jeunesse. Difficile de dire si ce roman s’adresse plutôt aux adolescents ou aux adultes. Si deux adolescentes jouent un rôle clef dans ce roman, leurs points de vue ne sont pas connus du lecteur, ce qui est pourtant habituellement le cas en littérature jeunesse. Ce livre reste cependant très abordable. Il est à mon avis moins complexe et peut-être moins abouti que "The Thirteenth Tale" de Diane Setterfield. Il reste un très bon roman, idéal pour une lecture compulsive. L’histoire est riche en rebondissements, le cadre délicieux, les personnages intéressants.
   
    A recommander aux amateurs de gothique, aux fervents victoriens et à tous ceux qui aiment savourer un récit palpitant!
   
   * traduit en français sous le titre "De Pierre et de Cendre".
    ↓

critique par Lou




* * *



Un souffle romanesque qui ne faiblit jamais
Note :

   A la toute fin du XIXe siècle, un jeune peintre tout juste sorti des bancs d'une prestigieuse école d'art, Samuel Godwin, se voit contraint de subvenir aux besoins de sa famille, suite à la mort de son père. Il parvient à se faire engager comme précepteur d'art dans une famille bourgeoise vivant à Fourwinds, une splendide maison perdue au cœur de la campagne anglaise. Samuel découvre donc le père, Mr Farrow, mécène généreux et grand connaisseur d'art et d'architecture, ses filles, Juliana, l'aînée, calme et discrète, Marianne, la cadette, sensuelle et troublante, ainsi que leur dame de compagnie, Charlotte, pragmatique et sensible. Toutefois, cette maison semble receler bien des mystères: qu'est-il arrivé à la mère des jeunes filles, tragiquement disparue dans un étrange accident? Pourquoi Marianne semble-t-elle obsédée, presque jusqu'à la folie, par la statue du Vent d'Ouest, qui aurait dû compléter la série de sculptures des Vents, qui donne son nom à la maison, mais qui n'a jamais été achevée? Pourquoi l'ancienne dame de compagnie des deux sœurs, Eliza Hardacre, a-t-elle dû quitter ses fonctions, précisément au moment même où Mr Farrow congédiait son sculpteur attitré, Gideon Waring? Toutes ces affaires ont-elles un lien entre elles? Pourquoi les habitants de cette maison sont-ils donc si peu enclins à parler de tout cela? Samuel mène discrètement l'enquête, aidé de temps à autre par Charlotte, et va rapidement comprendre que derrière le masque de la respectabilité, du luxe et du raffinement, se cache un passé scandaleux, dont le jeune peintre va devoir remuer les cendres pour mieux en faire éclater la vérité au grand jour.
   
   Malgré son titre, qui conviendrait davantage à un roman de gare, ce livre se révèle tout simplement envoûtant, à l'image de la demeure de Fourwinds, qui fascine tous les personnages par ses nombreux secrets et mystères. La perspective narrative, originale et brillamment menée, fondée sur une alternance de points de vue, d'un chapitre à l'autre, entre Samuel Godwin, le jeune peintre ambitieux, et Charlotte, la dame de compagnie pétillante, nous permet de nous initier à l'atmosphère de tension qui règne dans cette maison, où chacun semble avoir quelque chose à cacher...
   
    L'intrigue est véritablement haletante, avec de nombreux rebondissements, pour la plupart inattendus, et des personnages secondaires aussi bien campés que les héros, qui eux-mêmes sont étonnamment complexes et intrigants: Eliza Hardacre, de retour dans la région, intrigue autant qu'elle effraie, car le lecteur imagine bien qu'elle ne peut qu'être mêlée au scandale dont nul ne semble vouloir parler; le sculpteur, Gideon Waring, retrouvé par Samuel après de longues recherches, se présente comme un homme affable et sensé, bien loin de l'image de l'artiste pervers et pernicieux à laquelle le lecteur s'attendait; le père, Mr Farrow, sous ses airs sympathiques et courtois, dissimule bien des blessures intérieures, prêtes à se rouvrir à tout instant... En ce qui concerne les héros, leurs personnalités semblent se compléter de manière admirable en un quatuor varié et attachant: Juliana, effacée et très fortement ébranlée par la mort tragique de sa mère, Marianne, avec ses accès d'enthousiasme ou de folie, sa beauté sensuelle et sa candeur adorable, Samuel, encore jeune et naïf, mais qui pressent pourtant la vérité sur ce scandale étouffé, sans oublier Charlotte, qui évoque Jane Eyre, tendrement attachée aux deux sœurs, ainsi qu'à leur père...
   
   Un souffle romanesque qui ne faiblit jamais, un style et une intrigue qui ne sont pas sans rappeler Charlotte Brontë ou, dans une moindre mesure, Jane Austen, des effets de suspense parfaitement ménagés (la rencontre entre Samuel et G. Waring, perpétuellement repoussée durant plusieurs chapitres, est à ce titre fort révélatrice), des descriptions soignées, et des épisodes conçus comme autant de références au roman gothique (notamment, tout au début, la rencontre entre Samuel et Marianne, en pleine nuit, aux abords de Fourwinds, où la jeune fille se présente, égarée et terrifiée, au jeune peintre complètement abasourdi, et déjà sous le charme de cette "sauvageonne"...).
   
    Seul bémol, le chapitre final, façon "les mêmes, 20 ans après", auquel s'ajoute, si cela ne suffisait pas encore, une fausse chronique nécrologique tirée du Times, qui n'apportent rien à l'histoire et ne font qu'alourdir, de façon maladroite qui plus est, le dénouement du roman, qui aurait parfaitement pu s'en passer et laisser au lecteur le soin d'imaginer lui-même ces éléments. Toutefois, ce livre reste très intéressant, plutôt original, bien écrit, souvent passionnant, et je le conseillerais à tous, que l'on soit amateur de littérature victorienne ou non!

critique par Elizabeth Bennet




* * *