Lecture / Ecriture
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Ivre du vin perdu de Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff
  Ivre du vin perdu

Ivre du vin perdu - Gabriel Matzneff

Matzneff, M comme Maudit?
Note :

   Ahlalalala... Ca va gueuler, je le sens.
   Un post sur Matzneff c'est déjà plonger ses mains dans de l'acide sulfurique, essuyer quelques crachats (longue vie aux écrans), supporter quelques injures (longue vie aux sourds).
   J'en veux à Matzneff d'être aussi peu fréquentable. L'opprobre, c'est le prix de sa liberté et celle-ci est chez lui, plus que vaste.
   
   Les chiens aboient moins forts depuis quelques temps. L'indifférence et le silence furent leur dernière carte abattue sur cet écrivain à part.
   
   Ne vous méprenez pas, les préférences amoureuses et/ou sexuelles de Matzneff ne sont pour moi pas défendables. L'idée même que de jeunes adolescents (voire enfants) soient volontaires dans leur désir de séduction et leur choix sexuel envers des adultes plus que mûrs n'est pas admissible. J'entends bien l'argument de Matzneff sur l'aveuglement de notre société quant à nos "chérubins" mais il n'entend pas à son tour, l'argument opposable qui dit que l'adulte voit ce qu'il a envie de voir et nomme attirance ce qui n'est que curiosité et questionnement.
   Je ne discuterai donc pas des orientations sexuelles de Matzneff car il ne fait que théoriser sur un supposé libre arbitre afin de normaliser (autant que faire se peut) ses désirs. J'ai une opinion radicalement différente de la sienne et nous pourrions en discuter des nuits entières (quoique j'aurais pas envie de passer des nuits là-dessus).
   
   Attachons-nous donc à l'écrivain et à la pureté de sa plume. Car dans tout ce fatras d'immondices déversés sur la tête glabre de Matzneff, il y a une vraie pureté dans l'écriture.
   Matzneff dit au sujet de son livre "Ivre du vin perdu" (sorti en 1981) "Avec Ivre du vin perdu, j’ai voulu écrire un roman sur le temps; sur la passion et la mémoire de la passion..."
   
   Surprenant qu'il ait dit cela parce que justement à la fin de son livre, j'ai fait une drôle d'association : "C'est Belle du Seigneur, version trash..." Et cette idée saugrenue ne m'a plus quittée. Difficile de comparer les deux, impensable même pour beaucoup. Mais pour moi c'est un peu une évidence. Evidence que je comprends mieux en lisant Matzneff écrire "roman sur le temps... sur la passion..." . Même intensité dans le lien amoureux, mortifère et aliénant, même absurdité dans cette rage d'aimer coûte que coûte.
   
   Un Cohen désenchanté et un Matzneff exalté par la vie. L'un choisit la mort pour stopper le temps, l'autre envoie ses héros dans son tourbillon, toiser ce temps qui leur échappe.
   
   "Certains se sont plains du caractère immoral de "Ivre du vin perdu". Cela m'a amusé, car j'ignorais que la moralité fût l'aune à laquelle se mesurent l'importance et la beauté d'un livre. N'importe! Quand on n'est, comme moi, qu'un pauvre pécheur, il est réconfortant d'apprendre que les jurys littéraires sont composés de parangons de vertu. Ce qui intéresse ces messieurs, c'est le salut de mon âme. Pour me rendre justice, pour me couronner enfin, ils attendent que je sois mort."
   Euh... excès d'optimisme manifeste car au risque de le décevoir, je ne crois pas que Gabriel Matzneff recevra une quelconque couronne, même mort. Mais je lui concède que les bien pensants ne sont pas des bien faisants et que certains auteurs érigés depuis longtemps en icône littéraire n'ont pas été plus vertueux.
   
   Connaissez vous Charles Lutwidge Dodgson? Cet illustre monsieur avait une passion bien étrange qui de nos jours porterait un nom commun et ferait de lui un excellent suspect assis sur une chaise d'un des bureaux de la Brigade des Mineurs. Il photographiait et collectionnait des photos de petites filles pour le moins équivoques. 700 photos de petites filles furent retrouvées dans ses malles, ainsi que de multiples déguisements dont la tenue de mendiante, avec chemise déchirée (sa préférée). Il tomba amoureux fou d'une d'entre elle, prénommée Alice. Elle avait 10 ans. Il en avait 30. Vous ne voyez pas ? Allons... De cet amour est né un des romans les plus lus dans le monde. Oui ? Vous hésitez ? Mais si, je parle de Lewis Carroll et d'Alice au pays des merveilles.
   Personnellement je ne trouve pas cela très reluisant mais il parait que les surréalistes ont adoré cette sublimation d'amour interdit.
   C. Lewis avait parfaitement appliqué cette remontrance parentale : "On touche avec les yeux". Ou pour faire plus chic, il avait mieux intériorisé son Surmoi.
   
   Néanmoins la plume de Matzneff reste défendable car ce livre est un hymne à la passion aussi dérangeante soit elle et son écriture, une vraie grâce. Un livre à lire donc, vraiment, avec en nota bene: âmes rigides s'abstenir.
   
   Il me paraît évident que la gloire posthume de Gabriel (ange déchu) Matzneff n'atteindra jamais celle d'un Verlaine (à 27 ans il s'éprend de Rimbaud, 17 ans).
   
   N'est pas maudit qui veut...

critique par Cogito Rebello




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