Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Qu'est ce que vous voulez voir? de Raymond Carver

Raymond Carver
  La vitesse foudroyante du passé
  Qu'est ce que vous voulez voir?
  Les vitamines du bonheur
  Débutants
  Parlez-moi d'amour
  Neuf histoires et un poème
  Les trois roses jaunes
  Tais-toi je t’en prie

Raymond Carver est un écrivain américain né en 1938 et décédé d'un cancer du poumon en 1988.


Qu'est ce que vous voulez voir? - Raymond Carver

Entendre et voir ou être sourd et aveugle?
Note :

   Écrivain qui m'a été fortement recommandé par une amie qui est de très bon conseil.
   Raymond Carver, né en 1938 et décédé en 1988, est considéré comme l’un des plus grands nouvellistes des États-Unis. Il eu une vie très agitée avec un gros problème d'alcool. Ce livre posthume est une sélection de nouvelles établie par la poétesse Tess Gallaher qu'il épousa deux mois avant sa mort.
   
   Ce court recueil de cinq nouvelles commence par «Appelle si tu as besoin de moi»: il s’agit d’un couple, mari et femme ont chacun une aventure et ne s'en cachent pas. Ils tentent de recoller les morceaux, mais la méthode est-elle la bonne? Est-il raisonnable pour le mari d'aller visiter la future maison de vacances et de prendre pension pendant trois jours dans un hôtel des environs avec sa maîtresse? Le fils en vacances chez sa grand-mère s’inquiète, vous divorcez ou pas? Le voyage se passe bien, l'installation également, leurs promenades les amènent chez des pêcheurs. Ils se souviennent de vacances avant... Une nuit, des chevaux évadés d'un ranch voisin envahissent le jardin, la beauté est là, visible, mais que réserve le lendemain ?...
   
   Dans «Rêves», une famille d'Américains moyens dans une banlieue quelconque. Le mari est le narrateur de cette histoire. La voisine a été abandonnée par son mari avec ses deux enfants, elle travaille beaucoup, souvent de nuit, laissant la garde des enfants à une baby-sitter. Ces enfants sont gentils, les voisins les connaissent mais sans plus. La vie monotone de ce couple est seulement troublée le matin par les rêves nocturnes de Madame, désire-t-elle en prendre note? Mais un soir cette quiétude est troublée...
   
   «Vandales» est une nouvelle de grande qualité, l'action se déroule sur une demi-journée. Deux couples se retrouvent comme d'habitude, pour le même cérémonial. Tous sont des amis de longue date, sauf Nick qui a pris la place de Bill, le premier mari de Joanne, il sait qu'il passe pour responsable de cet état de fait! Avant, les deux couples partageaient tout, un bateau, des soirées sans fin etc. Maintenant de non-dits en mensonges, il est évident que quelque chose est fini, cette demi-journée ressemble à une obligation au nom du passé. Un très beau texte.
   
   «Du bois pour l'hiver»: un homme qui sort d'une cure de désintoxication trouve son épouse en ménage avec un de ses copains de boisson. Il décide de changer de vie et de s'installer sur la côte, il loue une chambre chez l'habitant. Il découvre un couple formé d'un estropié et d'une femme obèse. Il cherche à les voir le moins possible, tout à un projet qui semble l'accaparer, il coupera du bois et partira comme il est venu. Ai-je loupé quelque chose?
   
   «Qu'est ce que vous voulez voir?» est aussi l'histoire d'un couple qui se sépare pour une période de réflexion, elle vivra en Californie du Nord, lui dans une université de l'Est. Pour une fois il ne partent pas de nuit à la sauvette, mieux même, leurs propriétaires les invitent la veille de leur départ. Les deux couples s'estiment mutuellement, les maris sont tous deux des alcooliques repentis. Les souvenirs de chacun meublent les conversations, puis une projection de diapos comme dans une soirée ordinaire, mais cette soirée n'est pas ordinaire!
   Dans la postface signée de son épouse on apprend, entre autres choses, que c'est le romancier Haruki Murakami qui traduisait ses oeuvres en japonais!
   
   Impression globale: des personnages plutôt effacés, peu attachants, est-ce voulu par l'auteur? Un couple qui tente une dernière fois le voyage de la dernière chance, sorte de seconde lune de miel, mais est-il possible de bâtir du solide quand les fondations sont défaillantes ? Quelles peuvent être les relations entre voisins dans une banlieue de classe moyenne d'une ville américaine?
   
   Pour Nick l'alcool fut une mauvaise habitude, puis vint la lutte, puis l'abstinence. Enfin la délivrance. L'auteur, avec ce personnage, aborde un aspect et non des moindres de lui même.
   Une forme de narration surprenante au premier abord, Carver nous pose les personnages, la situation de l'histoire et semble dire: vous avez autant d'éléments que moi, finissez le récit, ou alors ce dernier se termine par un fait complètement anodin! C'est une chose dont je me suis rendu compte en cours de lecture, cela déroute puis on s'y fait.
   
   Dans plusieurs nouvelles, Carver emploie le feu pour terminer ses textes, manière radicale de tout oublier, de recommencer quelque chose de nouveau?
   
   Pour l'écriture, le moins que l'on puisse dire c’est que c'est épuré au maximum, sobre (il faut bien que quelque chose le soit!), pratiquement minimaliste. Mais on sent un travail de recherche du mot juste. Malgré cela, Carver parlait d'amputations pour les coupures que faisait son éditeur*. J'ai aimé ce livre mais il m'interroge sans que je puisse réellement expliquer pourquoi. Plus l'écriture je pense, que les histoires qui tournent souvent autour du même thème.
   
   Extraits :
   - La chance on va en avoir sacrément besoin, ajouta-t-elle. Tu ne trouves pas?
   - Je suis heureuse d'être ici avec toi.
   Moi aussi, dis-je.
   - Tu m'as tellement manqué que j'ai fini par te perdre.
   - Moi je ne rêve jamais. Cela fait des années que je n'ai pas rêvé.
   - Quand on a une mère qui chante, on n'a pas besoin de père.
   - ... à vrai dire Nick aurait préféré que leurs rencontres soient un plus espacées. Non qu'il ait de l'animosité envers eux. Au contraire il les aimait bien.
   - Nick les aimait bien, mais il se sentait toujours un peu mal à l'aise en leur compagnie.
   - Il entourait de son bras droit ce qu'il pouvait de la taille de Bonnie, la serrant étroitement.
   - Prenez bien soin de vous, dit-il. Votre bonhomme aussi prenez bien soin de lui.

   
   Titre original: Call If You Need Me.
   
   *Son épouse tente de faire publier un recueil de nouvelles dans la forme d'origine voulue par l'auteur lui même.

critique par Eireann Yvon




* * *