Lecture / Ecriture
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Modeste proposition de Jonathan Swift

Jonathan Swift
  Modeste proposition
  Les Voyages de Gulliver

Modeste proposition - Jonathan Swift

Jonathan Swift, un faux modeste
Note :

   Titre complet: "Modeste proposition: Pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public"
   
   Si vous avez un petit creux (littéraire, s'entend) ce post peut vous donner des idées...
   
   Cette "Modeste proposition: Pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public" écrite par Jonathan Swift en 1729 est certainement le summum de l'ironie en littérature.
   Sa proposition pour éradiquer la misère des campagnes irlandaises est simple: consommer, en guise de viande, les enfants des pauvres dès qu'ils atteignent l'âge d'un an (non sans les avoir amoureusement nourris au sein afin qu'ils soient bien dodus).
   
   Ils seraient vendus au même titre qu'un agneau de lait. L'accommodation serait alors au gré de la cuisinière, Swift généreusement propose quelques idées : "[...] un jeune enfant en bonne santé et bien nourri constitue à l'âge d'un an un met délicieux, nutritif et sain, qu'il soit cuit en daube, au pot, rôti à la broche ou au four, et j'ai tout lieu de croire qu'il s'accommode aussi bien en fricassée ou en ragoût."
   
   Un tabou extrême chez le genre humain vient d'être torpillé: non pas l'infanticide (je vous rappelle que la pilule et l'avortement n'existaient pas) mais l'anthropophagie.
   Montaigne avait déjà mis les pieds dans le plat (si je peux me permettre l'expression) dans "Les essais" en 1588 mais il s'agissait alors de temps de guerre et de soldats.
   Jonathan Swift lui, parle de se nourrir quotidiennement et ça change tout.
   
   Derrière le ton badin et l'extrême sérieux d’idées pour le moins aberrantes, cette proposition regorge de virulentes dénonciations. En effet sous une logique rigoureuse et un calme maîtrisé, Jonathan Swift dénonce tour à tour la pauvreté, la domination anglaise politique, économique et militaire sur l'Irlande.
   Il y eut scandale bien évidemment mais l'utilisation de l'ironie fut mille fois plus efficace pour inciter l'Irlande à se réveiller qu'un pamphlet ordinaire.
   
   Jonathan Swift était coutumier du fait. En 1726, parait un livre anonyme "Les voyages de Gulliver" où pour attaquer l'Angleterre en évitant la censure, est raconté l'histoire d'un héros qui effectuera 4 voyages et rencontrera 4 peuples. Swift signait là un conte philosophique hautement satirique, mais qui expurgé lors de ses diverses traductions françaises devint un conte pour enfants (!!!) mais c'est une autre histoire...
   
   Pour les gens fauchés (à qui pourrait s'adresser la modeste proposition et à condition qu'ils aient des enfants d'un an) le texte est mis gratuitement à disposition sur la toile.
   Pour les autres (ceux qui consommeraient les enfants des précédents) il peut vous en coûter 2,50 € aux Editions de minuit seulement vous aurez en prime, un autre pamphlet non moins succulent:
   "Proposition d’attribution d’insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin par le Doyen de Saint-Patrick"
   
   L'idée est simple "distribuer des insignes aux pauvres et confiner leurs errances dans une seule paroisse" en clair: éviter les déplacement des pauvres afin qu'ils ne mendient que là où ils sont originaires. L'intérêt étant bien sûr de ne pas avoir les pauvres d'une autre commune sur le dos car "chaque paroisse est tenue de faire vivre ses propres pauvres".
   
   De plus ces déplacement des pauvres de la campagne vers les villes est totalement stupide car "tout ce qui est nécessaire à la vie pousse dans la campagne et non dans les villes, et c'est moins cher là où ça pousse" et toc !
   
   La charge contre l'Angleterre est bel et bien là, caustique et d'une merveilleuse ironie: "Il appert que les Anglais sont devenus assez munificents pour nous envoyer continuellement des colonies de mendiants, en retour du million d'argent en espèces qu'ils reçoivent chaque année de notre pays"
   
   Succulent, vous dis-je!
   
   Allez, bon appétit!

critique par Cogito




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