Lecture / Ecriture
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Vie et mort d’un étang & La cave de Marie Gevers

Marie Gevers
  La comtesse des digues
  Vie et mort d’un étang & La cave

Vie et mort d’un étang & La cave - Marie Gevers

Histoire d’eaux
Note :

   Second roman de Marie Gevers que je lis en peu de temps. Un ouvrage bucolique après les violences irlandaises de Bolger et McCabe.
   
   Dans "Vie et mort d’un étang", nous suivons une femme et les plaisirs simples que lui procurent les souvenirs de son enfance dans une famille avec de nombreux enfants. L’étang en forme de huit avec deux îles, qui paraissait inaltérable. Les peines et les joies, la mort d’un enfant, le sauvetage d’un chien, le retour pas forcement souhaité d’un mari.
   
   L’ambiance et la sérénité des veillées familiales. Les problèmes de pollution de l’étang, avec "La peste des eaux" et ses ravages. L’histoire attendrissante du canard solitaire, seul rescapé des repas de famille, qui se doutant de son sort se cache, mais une enfant attendrira son père et le canard mourra… de vieillesse.
   
   Les parfums des saisons, les noms des arbres et des oiseaux, les poissons et la nature sont les vrais personnages de cette histoire qui trouvera son triste épilogue dans la construction d’une voix ferrée.
   
   Dans le second récit "La cave", qui débute le 3 décembre 1944, la nature est réduite à la portion congrue mais elle est là malgré tout. L’étang est mort depuis dix ans, mais il est vivace dans les mémoires.
   
   Une vie au jour le jour, dans cet abri de fortune pendant la guerre, une femme pleure son fils mort pendant un bombardement. Mais malgré tout les tracas quotidiens brisent la monotonie de la vie. Les espoirs de voir rapidement la fin de la guerre aident aussi à tenir le coup, malgré la pénurie générale. Noël passe, la vie continue. Mais la mort aussi est là.
   
   J’aime beaucoup ces histoires qui parlent de vies ordinaires, dont nous pourrions faire partie, il semble ne rien se passer ou alors doucement, aux rythmes des saisons. L’écriture est simple mais belle, j’ai toujours l’impression d’être un témoin proche de la vie de la famille.
   
   A noter en fin d’ouvrage: La vie, l’œuvre, l’époque: Marie Gevers 1883/1975.
   Extraits :
   - Car, en ce temps là, un des huit eut treize ans à jamais.
   
   - Pour cueillir les noisettes, on se glissait en barque sous les buissons, flottant ainsi entre la réalité et le mirage; et pour une seule que l’on dérobait il y en avait deux de moins, celle de l’arbre et celle de l’eau.
   
   - Ma mère aimait à voir les couvées de poussins, couleur de blé mûr, entourer les canes mères; elle aimait aussi à les mettre à la casserole en automne.
   
   - Martha, abondante de corsage et violente de nature inquiétait ma mère.
   
   - "Une chose au moins nous restera, l’étang, ils ne pourront pas supprimer l’étang".
   
   - Maintenant, on comprend fort bien comment toute une civilisation peut sombrer.
   
   -13 janvier 1945.
   O mon cher compagnon de toujours. Toi, arrêt du cœur.
   -9 septembre 1959
   J’ai rêvé de l’étang. Il vivait. Il balançait de nouveau les reflets de ma maison.

critique par Eireann Yvon




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