Lecture / Ecriture
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Ça ne peut plus durer de Marie Le Drian

Marie Le Drian
  Attention éclaircie
  La cabane d'Hippolyte
  Ça ne peut plus durer
  Poche avant droite
  Hôtel maternel
  Le corps perdu de Suzanne Thover

Ça ne peut plus durer - Marie Le Drian

La bande à Madeau
Note :

   Roman de 2003, désolé pour ce non respect des dates d'écritures, mais je lis au fur et à mesure de mes découvertes.
   
   Léontine Madeau vit seule, mais au bord de la mer. D'accord par moment, elle perd légèrement la tête et a des comportements bizarres. Elle met la table pour quatorze invités, mais ne prépare rien à manger! Tant mieux car personne n'est venu. Aller se promener sur la plage un jour de pluie sans imperméable et en pantoufles, ce n'est pas raisonnable, même si elle a gardé son tablier de cuisine! Essayer de téléphoner à l'oncle Joseph qui est décédé, ce n'est pas très logique. Mettre les nouilles, le sucre, la farine et l'encaustique au réfrigérateur, c'est un signe qu'elle n'a plus toute sa tête? Et le gaz, vous pensez au gaz, au fer à repasser pas débranché, enfin toutes ces causes d'accident!
   Elle serait mieux en maison, voilà la conclusion de la bande à Madeau. "Au Doux Refuge", par exemple.
   
   Commence alors ce qui pourrait s'intituler, comme le titre d'un livre ancien "Les aventures de Léontine au Doux Refuge".Elle ne pense qu'à partir, mais fait tout pour persuader les gens qu'elle veut rester! Elle pense qu'elle fait partie de l'équipe, non pas médicale, mais de l'équipe des malades, qu'elles ont une tâche à accomplir! Une tentative de retour à la vie extérieure pour rechercher un dentier se soldera par un fiasco.
   
   Encore un personnage féminin hors-norme. Après Joséphine, voilà Léontine, attendrissante parfois, agaçante souvent, de mauvaise foi la plupart du temps, mais pleine de répartie et finaude comme tout. Mais se montrant caustique et méprisante pour sa famille. Le portrait qu'elle dresse de ses belles-filles et petits-enfants est phénoménal. Le repas du dimanche midi chez son fils, Paul, est un exemple de mesquinerie. Léontine s'est recréée son propre monde, se moquant des conventions et des obligations de la vie.
   
   La bande à Madeau, ce sont ses enfants, qu'elle tient en haute estime:
   -Paul Madeau, un vrai plat de nouilles. Jules et Jean, les jumeaux, un peu agités. Victor Madeau, une graine d'artiste. Gabriel Madeau, le voyageur de commerce.
   
   Dernier détail, Léontine ne s'appelle pas Léontine, c'est son deuxième prénom. Je ne vous dirai pas le premier. Car si vous la rencontriez, et que vous vous trompiez, vous vous rendrez compte qu'elle déteste son vrai prénom, remarquez, elle n'aime pas vraiment que l'on l'appelle par son prénom usuel. C'est qu'elle se complique parfois la vie, cette charmante personne! Et puis elle a du caractère aussi!
   Une sorte de longue conversation avec une "ancienne personne" (appellation que je trouve pleine de tendresse) qui nous explique que sa famille veut se débarrasser d'elle, pas physiquement non, mais l'éloigner.
   
   Il y a dans l'oeuvre de Marie Le Drian un mot qui revient dans tous ses livres que j'ai lus pour l'instant, c'est le mot "intérieur". C'est l'intérieur des terres, l'Argoat, le Centre-Bretagne, ne plus voir la mer, ne plus la sentir? C'est dans ce livre ressenti comme une punition par Léontine.
   Cette phrase résume bien la situation :
   ".... c'est le Doux-Refuge aujourd'hui ou les pensions de l'intérieur demain."
   
   Un récit débridé, un peu ardu au départ , mais que les choses de la vie sont bien observées. Là aussi, l'âge peut-être, j'ai eu du mal à m'imprégner de l'ambiance de ce livre, mais une fois que c'est fait, c'est jubilatoire!
   
   Un compliment pour finir (non un énorme compliment), par moment j'ai eu l'impression de lire du Flann O'Brien!
   Ce roman a obtenu le prix du Festival de Carhaix (Souvenirs, souvenirs!) en 2003.
   
   Extraits:
   - La première fois, les visites apportent une plante, une plante d'intérieur évidement puisque nous n'avons pas de balcon.
   - Les vieilles filles sont acrimonieuses.
   - Cela m'étonnerait beaucoup que la bande à Madeau ait des enfants modèles. Des mal élevés tout autant qu'ils sont.
   - De mon fauteuil je suis trop loin pour lui donner un coup de canne. Ce n'est pas l'envie qui m'en manque de frapper cette nunuche.
   - Nous ne sommes pas à l'hôtel.
   - Mais nous voulons te faire plaisir! Le pire! Eux décident seuls de ce qui me fait plaisir.
   - C'est mieux pour moi, le rance et la margarine, mieux que le beurre et la crème fraîche, ils doivent le penser Paul et son andouille d'épouse.
   - Ma mère m'a appris à me méfier des lubriques, déjà à me méfier des garçons, ensuite des hommes.

critique par Eireann Yvon




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