Lecture / Ecriture
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On s’y fera de Zoyâ Pirzâd

Zoyâ Pirzâd
  On s’y fera
  Un jour avant Pâques
  Comme tous les après-midi
  Le goût âpre des kakis

Zoyâ Pirzâd est une écrivaine iranienne, née en 1952.

On s’y fera - Zoyâ Pirzâd

Mangez-moi, mangez-moi…
Note :

   Avec ce titre peu évocateur, on peut s’attendre un peu à tout en ouvrant ce roman. Après lecture, on comprend mieux le choix de l’auteur (ou du traducteur) pour cette phrase vaguement philosophique, un brin défaitiste, un poil optimiste.
   
   L’histoire est celle d’Arezou, une femme iranienne dont la vie est loin d’être simple: responsable d’une agence immobilière, Arezou doit subvenir aux besoins de sa famille et gérer les sautes d’humeur d’une mère acariâtre et d’une fille insupportable. Rien n’est au goût de la mère qui joue les grandes dames, tandis que la fille négocie tout à coup d’ «achète-moi ci» et d’ «achète-moi ça». Entourée de quelques épaules fidèles, Arezou est dynamique et plutôt attachante, malgré une façon assez pessimiste d’aborder la vie, entre kilos en trop et manque de reconnaissance. Jusqu’au jour où elle rencontre Zardjou, un client agaçant qui devient en peu de temps un chevalier servant plutôt cocasse. Reste le poids des traditions. Sans parler de la réaction des proches d’Arezou qui, entre jalousie et réprobation, risquent de ne pas lui faciliter les choses.
   
   "On s’y fera" est à mes yeux un livre plaisant mais un peu léger. Beaucoup de personnages secondaires restent assez inconsistants comme Shirine, la meilleure amie, ou Nosrat, qui a toujours travaillé dans la famille d’Arezou.
   
   Les scènes se répètent, entre restaurants, goûters, trajets en voiture, visites de logements et papotage à l’agence. Pleine d’abnégation, Arezou est un personnage intéressant mais qui, malheureusement, tourne un peu en rond jusqu’à une fin laissant bien des questions en suspens. Tant et si bien qu’on a presque l’impression de ne pas avoir avancé d’un pouce malgré l’entrée en scène de Zardjou, l’élément perturbateur.
   
   Certaines scènes sont difficiles à transposer dans le contexte français auquel le lecteur lambda est habitué; ainsi, le tutoiement exprimant la hiérarchie entre deux personnes choque un peu et aurait peut-être pu être exprimé en français par le vouvoiement (par exemple dans un magasin, entre un client et un employé). Même l’héroïne, plutôt sympathique, m’a profondément agacée dans sa relation avec Naïm, vieux domestique de la famille chargé de toutes les corvées et peu respecté. Comme lorsqu’à la fin du livre, pour la première fois, Arezou demande à Naïm de faire cuire son déjeuner pour le partager avec elle, juste avant de changer d’avis et de déjeuner avec une employée, lançant à un Naïm interrogatif: «Tu peux tout manger!» (p 302)
   
   Au final, ce roman est une fenêtre ouverte sur l’Iran et offre à ses lecteurs un agréable voyage, assez rapide et malheureusement quelque peu superficiel. Une lecture facile et dépaysante, donc, qui tient cependant de Jane Austen et de ses héroïnes à peu près autant que "Mamma Mia!" rappelle "Pride and Prejudice" (cette pauvre Jane doit se demander ce qu’elle a bien pu faire pour figurer sur tant de quatrièmes de couverture et de synopses de films!

critique par Lou




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