Lecture / Ecriture
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L'homme qui apprenait lentement de Thomas Pynchon

Thomas Pynchon
  L'homme qui apprenait lentement
  Vente à la criée du lot 49

L'homme qui apprenait lentement - Thomas Pynchon

Mais sûrement!
Note :

   Ces nouvelles furent écrites entre 1958 et 1964, mais le livre fut publié en 1984. Dans son introduction qui date donc de cette époque, l'auteur se livre à une critique des ses propres écrits, qui donne presque envie de refermer le livre. L'art et la manière de juger ses oeuvres de jeunesse d'une manière pour le moins abrupte et sans concessions!
   
   Ce recueil se compose de 5 nouvelles. Celle qui commence le livre a pour titre «Petite pluie», alors que c'est en réalité un ouragan qui dévaste une partie de la Louisiane. Imaginez les désastres de «Katarina» mais en 1957. Un militaire dans un fort de Louisiane s'ennuie, mais il se laisse vivre. Il devait être en permission mais une catastrophe naturelle s'abat sur la région, ce n'est pas la guerre, mais c'est pire. La collecte des cadavres n'est pas une sinécure, pourtant le jour du retour au fort, il regrette de partir!
   
   «Basse-terre», où la triste histoire de deux, puis trois hommes dont les manières ne plaisent pas, mais alors pas du tout à la maîtresse de maison! Il faut reconnaître qu'elle n'a pas tous les torts et que certains souvenirs ont du mal à passer! Méfiez-vous madame, des marins qui débarquent!
   
   Dans «Entropie», un groupe de personnages très divers qui va du groupe d'étudiantes à des marins en goguettes sont réunis. Il est question de la température extérieure, il fait trois degrés. Par contre l'auteur ne nous renseigne pas sur le degré d'alcoolisation de tout ce beau monde. Et cela parle, refait le monde, les conversations sont philosophiques, scientifiques et musicales. Mais dehors, il fait toujours trois degrés. Je n'ai pas réellement compris la finalité de cette nouvelle!
   
   «Sous la rose» fait penser à une parodie de roman d'espionnage où les personnages se connaissent tous et ne savent plus réellement pour qui ils espionnent; d'ailleurs espionnent-ils encore? L'histoire commence au Caire au début des années 1900 et se termine à Sarajevo autour d'une dépouille de l'archiduc François-Ferdinand.
   
   Pour la nouvelle qui clôt ce livre «Intégration secrète»je m'en réfère aux paroles de l'auteur dans son introduction:
   "- J'allais faire encore pire avec «Intégration secrète» comme on le voit dans trop de scènes mal fichues et qui donnent une impression de «pagaïe»"
   Une nouvelle qui finit ce livre sur une impression très étrange.
   
   Des personnages pour le moins improbables, une jeune fille blonde surnommée Bouton d'Or, une autre Aubade, un psychiatre mexicain, alcoolique, qui pense être Paganini lui-même et prénommé Géronimo! Un bidasse un peu tire au flanc confronté à la puissance de la nature. Un éboueur, spécialiste de Vivaldi mais adepte de muscat, a pour copain un homme aisé, habitant une belle maison. Un marin surnommé «Pig», un espion impuissant, un jeune garçon qui est un génie soit, mais qui ne réussit jamais rien.
   
   Pynchon peut penser que ce sont des écrits de jeunesse et c'est parfaitement son droit. Mais pour moi, ce sont de bons écrits de jeunesse. Les références littéraires sont nombreuses, de Shakespeare à Graham Green en passant par Jack Kerouac, il dit d'ailleurs que «Sur la route» est un des plus grands romans américains. Certaines nouvelles prennent comme base des données scientifiques «Entropie» par exemple qu'il détourne par un goût de l'absurde qui semble se retrouver dans beaucoup de ses écrits. L'époque de ces écrits est une période charnière, l'alcool est partie prenante de toutes ces histoires, le sexe est évoqué et la drogue fait son apparition, mais dans certaines couches de la société uniquement.
   
   Homme très érudit, il passa sa vie à se cacher des médias et il eut cette réflexion :
   - « Je crois que reclus est un mot de code utilisé par les journalistes et qui signifie qui n'aime pas parler aux reporters ».
   
   Extraits de l'introduction :
   - Elles pourront également montrer aux jeunes écrivains ce qu'il convient d'éviter.
   
   - Mon erreur fut d'être fier de mon oreille avant d'en avoir une.
   
   - Cela dit, le narrateur n'en reste pas moins un petit trou du cul plutôt naïf. On voudra bien m'en excuser.
   
   - Les apprentis ont toujours envié la vie libre des compagnons.

   
   Extraits du recueil:
   - Peinardement il tournait à l'indigène; déjà son accent rocailleux du Bronx avait perdu de son agressivité.
   
   - Alors, il faudra faire avec des gros lards bon à rien dans votre genre.
   
   - Il flottait dans l'air une odeur de charogne, qui évoqua pour Levine celle du vermouth, quand on en a bu toute la nuit.
   
   - En somme vous vous dites qu'il vaut mieux que ce soit tombé sur eux que sur l'université?
   
   - ... il avait découvert que loin d'être un oiseau sur une branche, il ressemblait davantage à une taupe dans sa galerie...
   
   - Bref, il n'y avait plus que la folie de Geronimo pour lui faire tenir le coup.

   
    Titre original: Slow Learner (1984)
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critique par Eireann Yvon




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Beat generation
Note :

   Le titre de ce recueil de cinq nouvelles n’est pour une fois pas la reprise de l’une de ces histoires. Il serait plutôt le titre que l’auteur a donné à son introduction. Ces nouvelles sont en effet précédées d’une intro de Thomas Pynchon himself qui se retourne sur ces œuvres de jeune auteur, les commente et les critique, parfois férocement. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
   
   J’avais choisi de ne lire cette introduction qu’après avoir lu les nouvelles, ce qui m’a permis je pense d’en tirer le meilleur parti, quoique, comme toujours, ma conviction est que l’auteur n’est pas la personne la mieux placée pour parler de ce qu’il a produit. Il est pourtant toujours intéressant d’entendre un auteur parler de son projet d’écriture et de son estimation du résultat. De façon rare et que j’ai particulièrement appréciée, Pynchon n’évoque jamais l’avis de tiers à ce sujet. Il ne dit rien de l’accueil que lui a réservé la critique à ces occasions et c’est là, à mon avis, un signe tout à fait positif de sa conscience d’écrivain. Il n’est pas ce que les autres, voient, pensent ou disent, il n’en est pas davantage le contraire, il est. Point. Ce qu’il dit, c’est: "il serait honnête d’avertir le lecteur même le plus bienveillant qu’il va tomber sur des passages singulièrement rasoirs, bref sur des péchés de jeunesse. J’espère néanmoins que ces nouvelles, prétentieuses, ou un peu cruches ou mal fichues à l’occasion, pourront, avec leurs défauts intacts, servir d’exemple pour l’étude des ouvrages de fiction au niveau élémentaire."
   En fait, c’est surtout pour ce qui concerne la formation de Pynchon lui-même que cette introduction est intéressante
   
   Ces nouvelles sont rangées par ordre chronologique.
   La première "Petite pluie" accompagne une escouade de soldats (plutôt insouciants et intellos), envoyée dans un certain désordre ou plutôt un désordre certain, secourir une population victime d’un tsunami. J’ai trouvé un peu une ambiance à la Saki. Pynchon pour sa part évoque autre chose, il déclare:"C’est alors qu’on fait cette stupéfiante découverte: des hommes mûrs, et qui sont allés à l’université, vêtus de kaki, avec des insignes dorées, chargés d’importantes responsabilités, peuvent être de parfaits imbéciles. Alors que des prolétaires devenus hommes du rang, qui théoriquement pourraient se révéler tout à fait abrutis, manifestent beaucoup plus facilement de la compétence, du courage, de l’humanité, de la sagesse ainsi que pas mal d’autres vertus, que les classes ayant reçu de l’éducation ont l’habitude de s’attribuer." Sans discuter la thèse, je dois dire que je n’avais pas du tout reçu ce message à la lecture de "Petite pluie"…
   
   Suit "Basse terre" Une nouvelle sur l’immaturité masculine? Cette fois, gagné! C’est bien ce que l’auteur évoquait. "Tout le monde sait de nos jours, et particulièrement les dames, que de nombreux Américains, même ceux qui portent des costumes trois pièces et qui conservent leur emploi, sont restés, si incroyable que cela puisse paraître, de petits garçons à l’intérieur." Maintenant, de là à limiter le phénomène aux Américains…
   
   Number three: "Entropie". Alors là, un morceau de bravoure auquel je n’ai absolument rien compris. Mais c’est peut-être ma faute, j’ai dû être distraite à un moment crucial. Ca arrive… En tout cas, l’auteur pour sa part nous explique: "D’après the Oxford English Dictionnary, le mot fut inventé en 1865 par Rudolf Clausius, d’après «énergie», mot grec qu’il prit dans le sens de «force en action». L’entropie, ou «retour», devenait alors une façon d’étudier les changements survenus dans une machine thermique au cours d’un cycle complet avec transformation de chaleur en travail mécanique. Si Clausius s’en était tenu à son allemand et qu’il ait choisi «Verwandlungsindhalt», le retentissement eût été bien différent. Les choses étant ce qu’elles sont, après soixante-dix ou quatre-vingts ans d’une existence obscure, voilà que des théoriciens de la communication découvrirent le mot. Ils lui firent subir cette petite déviation dans le sens cosmique - et éthique"
   Explication passionnante s’il en est mais après laquelle je ne peux hélas pas me vanter de mieux comprendre la nouvelle.
   
   Vient alors "Sous la rose", une histoire d’espionnage, d’abord, il faut aimer les histoires d’espionnage et sans doute aussi, en avoir déjà lu un certain nombre pour en connaître les conventions et les codes parce que sinon, pourquoi est-ce que je n’aurais encore à peu près rien compris?
   
   Et pour finir, "Intégration secrète" qui m’a paru beaucoup plus intéressante et convaincante, du moins jusqu’à la chute, parce que là… hum, hum… elle est étonnante, oui, mais pas trop bonne à mon avis.
   
   En conclusion, je dirais que la partie la plus intéressante de cet ouvrage est sans aucun doute l’introduction et c’est très justement qu’elle en a fourni le titre.
   
   
   PS, tout autre chose: Pynchon s’interroge au sujet de la S.F : "Je me demande si le succès du fantastique et de la sciences fiction auprès des jeunes lecteurs n’est pas dû en partie à ce que, si l’espace et le temps sont transformés de façon à permettre aux personnages de se déplacer facilement dans l’infini en échappant aux dangers physiques et aux contraintes du temps, les risques de mort jouent rarement un rôle important." (page 9)
   Je livre cette réflexion possiblement intéressante aux fans de SF qui passeront par ici.

critique par Sibylline




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