Lecture / Ecriture
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Lettres à Lucilius de Sénèque

Sénèque
  Lettres à Lucilius

Lettres à Lucilius - Sénèque

Sénèque, who else ?
Note :

    Précisons en préambule qu'il s'agit de Sénèque le Jeune et non pas Sénèque le Vieux qui était son père. Je sais, en regardant la statue, la différence entre les deux ne nous saute pas aux yeux. Toutes les statues de Sénèque le Jeune le représente vieux (ça complique les choses).
   Pour faire plus simple, le Vieux n'était pas philosophe, le Jeune si.
   Ce Sénèque là (Lucius Annæus Seneca) devint le tuteur d'un charmant jeune homme: Néron, qui quelques années plus tard intimera à Sénèque l'ordre de se suicider.
   
   Sénèque est issu du sérail stoïcien et prône la vertu. De nos jours, nous dirions que Sénèque prêchait pour un homme intègre, dont le bon sens viserait le Bien.
   
   Il est difficile de vous "vendre" du Sénèque sans avoir l'air barbante et un chouïa surannée.
   
   Rétrécissons le champs des lecteurs dubitatifs: Vous avez aimé Gibran ? Quoi, vous n'avez pas lu Sénèque??? Ben, qu'attendez vous? C'est une suite logique pour qui veut aller plus loin (et ils ne boxent pas dans la même catégorie).
   
   Vous n'avez jamais lu Gibran? Tant mieux! Commencez par Sénèque. Un relent de d’jeunisme m'oblige à ajouter qu'il est pour moi THE boss.
   
   "Lettres à Lucilius" comme l'indique si précisément le titre, sont des lettres que Sénèque, alors sur le point de quitter la vie publique, se met à écrire à son ami Lucilius. Pour être plus précise (je sais que vous adorrrrez la précision de mes commentaires) il répond à Lucilius car c'est ce dernier qui débute cette correspondance épistolaire. Montaigne dans ses Essais, les citera 198 fois!
   La sincérité et la "fraîcheur" des lettres ne sont pas feintes. Cette correspondance fut bien réelle et ce n'est qu'à partir de la lettre 21 que les deux amis décideront de leur publication.
   
   Et pourquoi pas Epicure me direz-vous, hein ? Ah oui, pourquoi pas ? J'ai au moins deux raisons:
   1/ Je n'ai pas lu Epicure (c'est déjà une excellente raison... Epicurien ou stoïcien, il fallait bien commencer par quelqu'un).
   
   2/ Parce que la vie de Sénèque est en elle même une oeuvre éblouissante et sa mort un chef d'oeuvre de romantisme. Ayant reçu l'ordre de se suicider, Sénèque ne se défile pas. Accordé sur la note qu'il prône dans ses lettres, à savoir la sincérité, il n'omet aucune objection. Pauline, son épouse décide alors de "partir" avec lui. Tacite nous livre les dernières heures du couple dans ses "Annales" :
   
   
    «(Un centurion a apporté à Sénèque l'ordre de se tuer ; ses esclaves pleurent) :
   Sénèque leur parle d'abord simplement puis, d'un ton plus sévère, les gourmande et les rappelle à la fermeté. [...] "Car, enfin, qui donc ne connaissait pas la cruauté de Néron ? Il ne restait au meurtrier de sa mère et de son frère que d'ordonner aussi la mort de l'homme qui l'avait élevé et instruit." Après ces exhortations [...] il serre sa femme dans ses bras ; [...] il la prie instamment de modérer sa douleur et de ne point se charger d'un chagrin éternel, mais de chercher plutôt dans la contemplation d'une vie donnée tout entière à la vertu d'honorables consolations à la perte d'un mari. Mais Pauline assure qu'elle aussi est décidée à mourir. [...] Alors Sénèque ne s'opposa pas à sa gloire. [...] "Je t'avais montré", dit-il, "les charmes de la vie ; tu préfères l'honneur de la mort ; je ne serai pas jaloux d'un tel exemple. Si, dans un trépas à ce point courageux, nous allons montrer l'un et l'autre la même constance, c'est ta fin qui aura le plus d'éclat." Ensuite du même coup ils s'ouvrent avec le fer les veines du bras... »

   
   Voici 2 sublimes passages tirés des lettres. Chaque lettre est un bijou et si je devais encore resserrer le champ des catégories qualifiantes je dirais que Sénèque appartient à la Haute Joaillerie sans aucun doute.
   
   "Ce qui ne doit se confier qu’à l’amitié, certains hommes le content à tout venant ; toute oreille leur est bonne pour y décharger le secret qui les brûle ; D’autres en revanche redouteraient pour confidents jusqu’à ceux qu’ils chérissent le plus, et, s’il se pouvait, ne se fieraient pas à eux-mêmes : ils refoulent au plus profond de leur âme leurs moindres secrets. Fuyons ces deux excès ; car c’en est un de se livrer à tous, comme de ne se livrer à personne."
   
   "Dans la foule des choses que j’ai lues, je m’empare d’un trait unique. Voici mon butin d’aujourd’hui, c’est chez Épicure que je l’ai trouvé ; car j’ai coutume aussi de mettre le pied dans le camp ennemi, non comme transfuge, mais comme éclaireur : « La belle chose, s’écrie-t-il, que le contentement dans la pauvreté ! » Mais il n’y a plus pauvreté, s’il y a contentement. Ce n’est point d’avoir peu, c’est de désirer plus, qu’on est pauvre. Qu’importe combien cet homme a dans ses coffres, combien dans ses greniers, ce qu’il engraisse de troupeaux, ce qu’il touche d’intérêts, s’il dévore en espoir le bien d’autrui, s’il suppute non ce qu’il a acquis, mais ce qu’il voudrait acquérir !"

   
   
    Ces lettres sont réunies dans la très belle collection "Les belles lettres" en 5 tomes. Un peu chères, certes, mais mon grand coeur et mon altruisme notoirement reconnus m'incitent à vous refiler un tuyau : Les lettre de Lucilius sont également consultables gratuitement sur le net et on les trouve en format poche.

critique par Cogito




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