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Les aventures de Jean Conan de Collectif

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Les aventures de Jean Conan - Collectif

Heureux qui, comme Ulysse..."
Note :

   Guingamp, pour le commun des mortels, est une ville connue avant tout pour son équipe de football reléguée en ligue 2 depuis la saison 2004-2005, ses industries agro-alimentaires qui exploitent hardiment une main d'oeuvre sous-payée, ainsi que pour ses nuits fortement arrosées où une partie de la jeunesse locale s'adonne aux joies du binge-drinking.
   
   Mais Guingamp ce n'est pas que cela, la ville se place en seconde position après Dinan en ce qui concerne le patrimoine architectural du département des Côtes d'Armor.
   La ville a aussi donné naissance ou hébergé des personnalités historiques comme Joseph-Guy Ropartz (1864-1955), compositeur et directeur du conservatoire de Nancy, son père Sigismond (1824-1878), écrivain, avocat et historien, ou encore Théodule Ribot (1839-1916), considéré comme le fondateur de la psychologie française et fondateur de La Revue Philosophique.
   Le musicien Pierre Thielemans (1825-1898), compositeur belge s'installera à Guingamp en 1866. Cette tradition musicale se perpétue encore aujourd'hui avec la présence du compositeur Eric Voegelin, initiateur du festival « Le printemps de Lady Mond » chaque année à Belle-Isle-en-Terre.
   La ville est aussi connue pour son Festival de la St. Loup (danse bretonne) et aussi pour la promotion de la culture du camélia.
   
   Mais il est un autre personnage illustre, natif de Guingamp, qui reste cependant peu connu du grand public ainsi que de beaucoup de guingampais.
   M'étant établi depuis trois ans dans le quartier de Sainte-Croix, j'avais remarqué qu'une des rues portait le nom de Yann Conan.
   Qui était donc ce personnage ? C'est grâce à un ami que j'ai enfin pu apprendre qui était ce Jean Conan, natif de Sainte-Croix.
   
   Jean Conan (1765-1834) est donc né à Sainte-Croix, aujourd'hui quartier périphérique de Guingamp, mais autrefois bourg royal, quartier des tisserands établis le long des berges du Trieux. Les tisserands de Sainte-croix se sont spécialisés dans la confection de toiles de chanvre et de lin, mais surtout de « berlinge » tissu grossier à base de chanvre et de laine mêlé de poils de vache.
   Jean Conan, fils de Guillaume Conan, tisserand, et Marie Moalou naît le 3 septembre 1765 et est baptisé le même jour par le recteur prieur de l'abbaye de Sainte-Croix, abbaye dont on peut admirer encore aujourd'hui le manoir abbatial ainsi que les vestiges du bâtiment ecclésial.
   Des huit enfants de la famille, cinq moururent en bas âge et Jean Conan n'eut pour compagnie que ses deux frères : Jean-Louis, né en 1759 et Olivier en 1773. Jean-Louis mourra en 1802 à Haïti lors de l'expédition de St. Domingue contre les esclaves noirs révoltés sous la conduite de Toussaint Louverture.
   Olivier, lui, sera tué lors des affrontements Franco-autrichiens sur le Tagliamento en 1797.
   Jean Conan quitte Sainte-Croix à l'âge de douze ans pour devenir domestique à l'abbaye de Beauport, près de Paimpol. C'est ici qu'il va apprendre à lire et à écrire et contracter la passion des livres.
   Pendant les six années qu'il passera à Beauport, il passera ses nuits et ses jours de congés à la bibliothèque de l'abbaye où il pourra se repaître de lecture.
   
   Cette autobiographie rédigée en breton et en vers (7054 exactement) est non seulement un récit d'aventures comme le titre le laisse deviner mais aussi une confession que Jean Conan, sentant approcher la vieillesse et la mort, se doit de rédiger afin de se faire pardonner les errements de sa vie passée.
   
   Car notre homme, malgré sa ferveur chrétienne et sa dévotion à Notre-dame de Bon-Secours, n'en fut pas moins un grand pécheur et c'est sans dissimulation qu'il raconte avoir, lors des campagnes qu'il a menées, détroussé les morts et les vivants et avoir tué de sang-froid quelques-uns de ses semblables. La violence est omniprésente dans ce récit, violence des rapports humains, violence de l'époque, violence de la soldatesque livrée à elle-même sur des populations conquises. Jean Conan ne dissimule pas ses crimes lorsqu'il relate ses campagnes militaires, il les couche sur le papier pour les exorciser et s'en explique dès les premières lignes de son manuscrit :
   
   « [...]Je n'ai eu aucun plaisir à écrire mon histoire ;
   Et même, quelquefois, l'émotion me faisait reculer.
   Mon coeur se glaçait, mon esprit se troublait
   Quand je relatais les dangers, les peines et les horreurs.
   Plaise à dieu qu'il n'arrive à personne de faire
   Les rencontres désagréables que j'ai faites ! »

   
   Quant aux dernières phrases de son autobiographie, c'est au lecteur qu'il s'adresse :
   
   « Voici longtemps que je pensais résumer
   Et consigner sur le papier la suite de ma vie.
   Si j'avais été riche, instruit, et doué pour la parole,
   Même à grand prix d'argent, cette histoire serait recherchée.
   Mais le fait d'être un pauvre homme ne me tracasse pas.
   Après moi, mon nom me survivra sur le papier.
   Quelqu'un, peut-être un jour, après avoir lu ce cahier
   Dira : « Que Dieu pardonne à celui qui l'a écrit ! »
   Le salaire que je réclame, lecteur, n'est pas considérable.
   Une simple parole suffira à me payer.
   Dis un « pater » pour moi et si tu trouves que je demande trop,
   Demande au moins à Dieu de pardonner à l'âme
   Du pauvre Conan. Sa vie a été pleine de tribulations,
   Mais cela en valait la peine. »

   
   Le récit de Jean Conan, au delà des aventures qu'il relate, est surtout un témoignage extraordinaire sur une époque qui, pour une fois, ne met pas en scène les grandes figures qui ont fait l'Histoire. Bien sûr, apparaissent ici et là quelques personnages célèbres, mais ce qui fait avant tout la valeur de ce document, c'est qu'il a été écrit par un homme du peuple, un sans-grade, en une époque ou l'alphabétisation était marginale. Il est remarquable de constater, à la lecture de ce récit, que au delà des «aventures» qui nous paraissent aujourd'hui extraordinaires mais qui en cette époque auraient pu passer inaperçues car étant le lot de nombreux individus, les mémoires de Jean Conan, rédigées en vers, nous soient parvenues intactes alors que nombre de ses écrits ont été vendus à une débitante de tabac qui se servait de ceux-ci pour envelopper ses marchandises. Là réside l'extraordinaire qui fait qu'un heureux hasard les a préservés et a pu nous les transmettre.
   
   Loin d'être une lecture fastidieuse, «Les aventures de Jean Conan» est un récit qui se lit avec aisance, un témoignage précieux, parfois inexact sur les dates (il faut pardonner à l'auteur certaines approximations dues aux défaillances de sa mémoire), parfois teinté de vantardise (il raconte avoir tué huit cents hommes en quatre coups de canon) mais toutefois d'une profonde sincérité. Puisse le souvenir de jean Conan se perpétrer longtemps encore à Guingamp et dans ses environs.
   Kenavo Citoien Yann Conan a Voengamp!

critique par Le Bibliomane




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