Lecture / Ecriture
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Un bonheur de rencontre de Ian McEwan

Ian McEwan
  Samedi
  Les chiens noirs
  Le jardin de ciment
  Délire d'amour
  Un bonheur de rencontre
  Sur la plage de Chesil
  Expiation
  Solaire
  L'enfant volé
  Opération Sweet tooth
  Amsterdam
  L'intérêt de l'enfant
  Dans une coque de noix

Ian McEwan est un romancier et scénariste britannique né en 1948.

Un bonheur de rencontre - Ian McEwan

Hum, hum... comment vous dire cela?...
Note :

    Ayant bien apprécié "Délire d’amour" et "Expiation" de Ian McEwan, j’ai décidé de «remonter» son œuvre. "Le jardin de ciment" que j’ai commenté il y a peu, m’avait déjà laissé une drôle d’impression. Qui se confirme avec ce "Bonheur de rencontre", titre ô combien ironique.
   
   Ma première impression a été l’ennui. Mary et Colin n’en finissent pas de se perdre dans Venise (jamais nommée d’ailleurs, pourquoi?) où ils passent trois semaines de vacances désenchantées. Ils se connaissent trop, le couple s’ennuie et moi aussi. «Cela avait cessé d’être une grande passion. Ses plaisirs résidaient dans une amitié dépourvue d’urgence, dans la familiarité de ses rites et de ses processus, dans la sûreté et la précision avec lesquelles les membres et les corps s’adaptaient les uns aux autres, confortablement, comme un moulage retournant au moule»: la routine. Ils ne font rien de leurs journées, c’est tout juste s’ils apprécient la ville («On se croirait en prison ici»). Jusqu’au soir où ils se perdent au point de ne plus pouvoir rentrer. Ils rencontrent alors Robert qui les entraîne dans un bar dont il est propriétaire et leur inflige le récit de son enfance et de la façon dont il a rencontré sa femme, Caroline. Rien de bien passionnant. Il finit par les inviter chez lui pour la nuit. Ils rencontrent alors Caroline, femme étrange qui semble beaucoup souffrir en se déplaçant et s’intéresser aux relations entre Mary et Colin.
   
   Après une soirée tout sauf décontractée, Mary et Colin s’en retournent à leur hôtel et, surprise, éprouvent un regain d’attirance l’un envers l’autre. «Cette idée les émoustilla. Sans perdre de temps à s’essuyer ni même à fermer le robinet, ils coururent jusqu’au lit pour l’examiner en détail. Ils se prirent à chuchoter à l’oreille l’un de l’autre en faisant l’amour, des histoires surgies de nulle part, jaillies de l’obscurité, qui suscitaient des gémissements et de petits rires d’abandon absolu, et dont l’auditeur subjugué, sous le charme, consentait à une vie entière de sujétion et d’humiliation. Mary murmura son intention d’acheter les services d’un chirurgien pour faire amputer Colin des bras et des jambes. Elle le garderait dans une pièce de son appartement et l’utiliserait uniquement comme objet sexuel, le prêtant parfois à des amies.» Je vous laisse découvrir ce qui vient à l’esprit de Colin en matière d’invention, c’est encore pire. Le plus étrange de tout cela c’est que le lecteur ne comprend pas pourquoi ce couple plutôt banal bascule soudain dans des fantasmes aussi trash. C’est après que tout se met en place, quand ils retournent chez Robert et Caroline malgré leur étrange comportement (Robert n’a cessé de prendre Colin en photo depuis son arrivée à Venise et donc bien avant leur rencontre).
   
   Je ne dévoilerai pas la fin qui nous plonge dans le macabre et la folie. Malheureusement, l’incroyable perversité du couple Robert-Caroline arrive bien trop tard. Les soixante dernières pages sont à ce sujet captivantes, mais il y en a eu cent cinquante avant qui n’en finissaient pas. Bien sûr, McEwan travaille l’ambiance et excelle à créer une atmosphère d’ennui, de sexe et d’étouffement. Mais à mon avis, le jeu pervers intervient trop tard pour sauver complètement le livre.
   
   Expérience encore une fois peu concluante sur les premiers écrits de McEwan: je crois que je vais finalement m’en tenir à ses romans les plus récents.
   
   Ce livre a donné lieu à une adaptation cinématographique en 1991: "Etrange séduction" de Paul Schrader avec Christopher Walken, Rupert Everett, Natasha Richardson et Helen Mirren.
    ↓

critique par Yspaddaden




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Venise au goût de cendres
Note :

   Un couple, Mary et Colin, se trouve en vacances dans une cité lacustre, jamais nommée, et les journées sont faites de langueur et d'ennui manifestes.
   
   La passion a déserté le couple et le quotidien finit de laminer cette relation, transformant la connaissance de l'autre, de son corps, en habitude silencieuse et morne.
   
   Il ne se passe rien et pourtant le lecteur est gagné par cette langueur, par ce manque, cet étouffement qui va crescendo.
   
   Au gré de leurs journées, chacun se parle, s'explique en pensées et rend les échanges troublants et malsains.
   
   La ville devient leur prison, un endroit où se perdre en y perdant son âme. La Sérénissime devient vite étouffement et fin de leur amour.
   
   Aucune magie n'opère dans leurs déambulations touristiques, les rues ressemblent à des gouffres et les ombres des menaces.
   
   C'est au cours d'une soirée à chercher un restaurant qu'ils ne trouveront jamais, qu'ils croisent la route de Robert.
   
   Personnage original au départ, il devient vite inquiétant et même très bizarre. Il raconte ses souvenirs familiaux, et dans des circonstances de plus en plus curieuses, leur présente sa femme, Caroline.
   
   Rien n'est anodin dans les descriptions de la ville, de la maison, des quelques paroles échangées.
   
   L'effroi gagne et la folie s'empare des dernières lignes pour laisser le lecteur au bord de tous les précipices.
   
   Sont abordés ici, les thèmes de l'amour-passion, l'amour-amitié mais aussi les rapports inter-sexes violents et consentis même souhaités. Mais c'est surtout la folie, ultime et irréversible, qui s'empare de la fin du récit et plonge le lecteur dans un mauvais rêve.
   
   C'est aussi la mauvaise rencontre, celle qui fait que jamais plus la vie ne sera comme avant.
   
   Un livre, sans beaucoup d'actions, de dialogues mais qui met mal à l'aise et laisse comme un goût de cendres.
   
   Ce qu'il y a d'impressionnant surtout cette ville, superbe dans tout ce que l'on peut voir et lire et qui est représentée ici comme le summum de l'ennui, de la mort et de la folie.

critique par Marie de La page déchirée




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