Lecture / Ecriture
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La prisonnière des Sargasses de Jean Rhys

Jean Rhys
  L'Oiseau moqueur et autres nouvelles
  La prisonnière des Sargasses
  Quai des Grands-Augustins
  Les tigres sont plus beaux à voir

Ella Gwendolen Rees Williams, dite Jean Rhys, est un écrivain britannique née aux Antilles, en Dominique le 24 août 1890 et décédée le 14 mai 1979.
Fille d'un médecin écossais et d'une créole blanche, elle grandit dans les dernières grandes années du colonialisme britannique. Durant son enfance, elle fut entourée et influencée par la langue, les coutumes et les croyances religieuses de la communauté noire des Caraïbes, au sein de laquelle elle vivait. Elle émigre en Europe à l'âge de 17 ans: elle rejoint dans un premier temps Londres où elle travaille en tant que danseuse dans une revue musicale, puis voyage en Autriche et en France avant de s'installer à Paris. (Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La prisonnière des Sargasses - Jean Rhys

Sortilège caraïbe
Note :

   Jamaïque, XIXème siècle, nombreuses sont les familles de planteurs ruinées suite à l’abolition de l’esclavage, en butte au mépris des nouveaux venus européens, débarqués de métropole munis de capitaux frais, et à la haine tenace de leurs anciens serviteurs noirs et métis. Et la famille d’Antoinette Cosway compte parmi les plus pauvres, reléguée loin de tout dans une plantation à l’abandon où la jeune créole grandit en sauvageonne, courant les bois à longueur de journée, fuyant toutes traces de présence humaine.
   
   Avec ce roman qui lui valut enfin une reconnaissance tardive, après trente années d’oubli et de silence, Jean Rhys retrouve la terre natale qu’elle avait quittée à l’âge de seize ans pour rejoindre l’Europe. Et elle en dresse un tableau d’une beauté sensuelle, frémissante, ensorcelante, un tableau pourtant trop troublant, trop inquiétant, pour qu’on se contente d’y voir l’image d’un paradis perdu. L’oppression y est omniprésente, qu’il s’agisse de celle des noirs par les blancs, de celle que le dédain des métropolitains fait peser sur les vieilles familles créoles usées par le climat des caraïbes et des générations d’unions consanguines, ou encore de la menace diffuse des sortilèges de l’obeah, cette magie vaudou à laquelle les blancs ne croient pas, disent-ils, mais dont ils ne craignent pas moins les effets…
   
   Et à travers le destin de la jeune Antoinette Cosway, c’est aussi l’oppression que fait peser sur une femme trop fragile une société impitoyable envers celle qui refuse de se soumettre à ses conventions et au jeu des apparences, qui est au cœur de ce livre dont l’épilogue tragique est connu de tous les lecteurs de Jane Eyre. Car c’est bien l’histoire de la première Mrs Rochester que Jean Rhys a choisi de nous conter ici: Antoinette, dotée d’une coquette fortune et d’un nouveau nom suite au remariage de sa mère avec le riche Mr Mason, rebaptisée Bertha par son mari qui en est venu à lui vouer une haine viscérale, en même temps qu’il en est venu à haïr la beauté trop présente, trop troublante, des Caraïbes…
   
   Tout comme lors de ma découverte de “L’Oiseau-moqueur et autres nouvelles”, j’ai éprouvé un vrai bonheur à me replonger dans l’univers pourtant si noir et inquiétant de Jean Rhys. Et le bonheur comme le trouble instillés à la lecture de “Wide Sargasso Sea” sont de ceux, si rares, qui continuent longtemps à accompagner le lecteur… Cela vaut bien de prendre le risque de ne plus jamais pouvoir lire “Jane Eyre” (et regarder son Mr Rochester) du même œil!
   
   
   Titre original : Wide Sargasso Sea; traduit de l’Anglais par Yvonne Davet
   Ce livre a reçu récompensé par le Royal Society of Litterature Award et le W H Smith Award.
   
   Extraits :
   “Everything is too much, I felt as I rode wearily after her. Too much blue, too much purple, too much green. The flowers too red, the mountains too high, the hills too near.” (p. 59)
   
   “It is not for you and not for me. It has nothing to do with either of us. That is why you are afraid of it, because it is something else. I found that out long ago when I was a child. I loved it because I had nothing else to love, but it is as indifferent as this God you call on so often.” (p. 107)

critique par Fée Carabine




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