Lecture / Ecriture
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Le retour imaginaire de Atiq Rahimi

Atiq Rahimi
  Syngué sabour (Pierre de patience)
  Les mille maisons du rêve et de la terreur
  Le retour imaginaire
  Terre et cendres
  La ballade du calame
  Les Porteurs d'eau

Atiq Rahimi est un écrivain franco-afghan né à Kaboul en 1962.

Le retour imaginaire - Atiq Rahimi

Livre de photos
Note :

   Voici de très, très jolis textes qui accompagnent des photos en noir et blanc de Kaboul après la chute des tâlibân.
   
   Atiq Rahimi retourne dans son pays quelques années après son exil, en 2002, le 81ème jour exactement après la chute des talibans. Sa ville, Kaboul, sa terre nourricière n’est plus à l’image qu’il en avait. Alors il va la prendre en photo pour mieux se souvenir. Les photos sont en noir et blanc avec un certain flou qui accentue le réel. Elles sont prises avec un très vieil appareil sur trépied qui, normalement sert à faire des portraits.
   
   Atiq Rahimi est en marche vers le souvenir; entre celui qui est resté et celui qui est parti. Il ne cherche pas à photographier le beau, mais à faire revivre le sentiment que l’homme éprouve en regardant une cicatrice. «Chaque fois que nous regardons une cicatrice, nous ne pouvons nous empêcher d’en repenser la douleur». Il a mal, très mal. Ici tout est ruine et poussière. Le réel appelle la nostalgie, et la nostalgie, elle, appelle l’espoir.Reste l’espoir «Tout finit par passer». «Il était une fois un roi. Un jour, il demanda à un artiste de sa cour de créer une œuvre qui saurait le rendre joyeux s’il était triste et triste s’il était joyeux. L’artiste créa une bague sur laquelle était gravé: TOUT FINIT PAR PASSER.»
   
   Mais ici un triste constat:«Ici les enfants apprennent la mort dès leur premier souffle». La terreur, la tristesse, l’angoisse se lit sur chaque visage. La liberté a disparu. Un vieil homme assit sur une chaise au milieu des décombres ne peut s'empêcher de regarder le soleil se coucher…pourquoi? Il répond: Je ne suis pas assis là pour admirer le spectacle. J’implore le soleil de rester. Voyez tous ces gens qui prient sur les décombres. Ce n’est pas pour gagner le ciel. Ils implorent Dieu de leur laisser le soleil. Vous rendez-vous compte que leurs enfants craignent la nuit? Cette nuit sans lumière, sans bougies, sans astres. L’insouciance a disparu.
   
   Ici tout n’est que ruine, même ce beau palais construit en 1919, et détruit en 1992. Faut-il reconstruire ces ruines? « non, il faut tout laisser tel quel pour témoigner de la grandeur de l’homme et de sa barbarie».
   
    Un album remarquable, qui a d’autant plus d’intérêt par la parole qu’il libère. Atiq Rahimi est un écrivain fabuleux, qui nous donne envie de découvrir la culture persane, riche en légendes. Il témoigne ici d’un certain passé que l’on a envie d’aimer et d’un présent qui déchire au plus profond de soi. C’est un formidable appel d’espoir qu’il nous envoie.
   "TOUT FINIT PAR PASSER"
   A lire, à relire, à aimer.

critique par Shéhérazade




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