Lecture / Ecriture
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Hôtel maternel de Marie Le Drian

Marie Le Drian
  Attention éclaircie
  La cabane d'Hippolyte
  Ça ne peut plus durer
  Poche avant droite
  Hôtel maternel
  Le corps perdu de Suzanne Thover

Hôtel maternel - Marie Le Drian

Femme sans prénom
Note :

   Un jour Marie Le Drian m'a dit que ce livre était celui qu'elle préférait de tous ceux qu'elle a écrits. Datant de 1996, il est malheureusement relativement difficile à trouver.
   
   Ce livre se divise en trois parties, «L'incident de roulotte», «Le portail» et «La maison».
   «Ils se tiennent l'après-midi au delà du grillage.» voilà la première phrase de ce livre! Et ils n'ont pas le droit de s'approcher ni surtout de toucher à ce grillage! Qui sont-ils?
   Une femme nous fait vivre son quotidien dans cet hôtel maternel où elle séjourne depuis quatre ans avec ses deux enfants. Malgré qu'elle soit une femme au rabais, au cours de ses promenades, un homme a remarqué qu'elle et ses enfants semblent soudés par amour filial, pense-t-il! En réalité c'est un ingénieux système d'élastique qui empêche les enfants de s'éloigner! Donc elle doit quitter à regret sa vie bien ordonnée pour une maison au bord de la mer et au nord, elle déteste le nord et la mer! En plus elle doit faire une semaine de stage «d'adaptation» à la vie réelle! La direction lui fait clairement comprendre que c'est cela ou la rue! Après le stage, c'est le départ vers la mer, la plage, les dunes et la maison. Vers l'homme également!
   
   La narratrice nous explique petit à petit ces conditions de vie proche du monde carcéral. Un travail de finisseuse à la teinturerie, poste à responsabilité dont l'hôtel maternel perçoit le salaire. Il y a des assemblées générales où personne ne prend la parole, la manucure et le coiffeur obligatoire une fois la semaine et la promenade du dimanche après-midi, exhibées comme des bêtes dans un zoo. Les hommes et leurs remarques: «Ils achètent, vendent, inventent et revendent des remarques». Elle se rappelle cet incident de roulotte, sur un chantier avec un homme qui l'a quitté tout de suite après. En plus il s'avère que c'était un double incident, un garçon et une fille! Et voilà qu'un homme l'a remarquée et va lui faire quitter ses habitudes, son travail et sa compagne de chambrée depuis trois ans dont elle ne connaît pas le prénom!
   
   La narratrice, femme simple, même pas très futée, «limitée» disait Marie Le Drian dans «La cabane d'Hipollyte» Mais par une sorte d'intuition elle devine et analyse les défauts du système. De l'argent gaspillé par exemple et elle tente parfois une vaine révolte. Un personnage aussi énervant que touchant!
   
   J'ai l'habitude, avec Marie Le Drian, à un certain humour grinçant et aux situations insolites, là je suis gâté! Un long monologue qui déroute au début car le monde ainsi laisse perplexe. Qui est réellement derrière le grillage et qui est devant? Un univers très étrange genre maison des Magdelenes Sisters, avec la violence physique en moins, un monde très cloisonné où les mères et leurs «enfants de l'amour» vivent. Comme pour expier un péché qui n'est pas mortel! Une fois encore les personnages de Marie Le Drian vivent dans un monde clos moralement et physiquement. Entre le brouillard encore lui et un voyage en car au bout de l'absurde, la fin reste très mystérieuse.
   
   Extraits:
   - Eux -sont au-delà et nous regardent durant la promenade. Alors, ils nous désignent. Ils sont en droit de le faire.
   
   - On a beau dire que l'on marche dans l'herbe, une coiffure convenable et de vieilles savates ne vont pas ensemble.
   
   - Au rabais, ça va, j'ai compris. N'empêche qu'ils nous reluquent.....
   
   - Évidement un homme, j'ai cru voir qu'il n'y avait que des hommes au-delà du grillage.
   
   - Il faut que je comprenne. La direction me demande fermement de dire oui.
   
   - C'est un poste très délicat. On n'imagine pas à quel point ce poste peut être délicat.
   
   - Je ne pouvais pas savoir moi, que la jupe devait finir son parcours plissée.
   
   - « C'est le mot exact, tu es mise en demeure ».
   
   - Nous mangeons ensemble notre tartine à odeur de vapeur dans les vestiaires de la teinturerie.
   
   - Je n'ai eu aucune visite d'ange ou d'archange. Il y a eu un homme.
   
   - Il aurait dû me dire qu'il venait acheter une chemise pour son pot de départ.
   
   - J'obéis. J'éteins. Je suis fatiguée d'avoir pensé.
   
   - En tout cas nous avons pour vous un programme sans homme.
   
   - Aptes à l'ancrage. Aptes à la vie réelle.
   
   - « Allez en route, plus que deux carrefours....On sera rendu avant le brouillard »
   
   - « Parfois ils mettent du temps, mais la famille, ça finit toujours par arriver! »
   
   - Au terminus. C'est là.
   Mais y a rien.
   Dans les terminus, il y a pas grand chose! Je vous ai jamais dit qu'il y aurait quelque chose. D'ailleurs vous ne me l'avez pas demandé. C'est là, c'est tout vous êtes arrivés...

critique par Eireann Yvon




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