Lecture / Ecriture
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Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier

Dominique Fortier
  Du bon usage des étoiles

Du bon usage des étoiles - Dominique Fortier

Croix du Sud et Vents du Nord
Note :

    En mai 1845, l'Angleterre arme deux bateaux, le Terror et l'Erebus : sous le commandement de Sir John Franklin, avec à leur bord 133 hommes et des provisions pour trois ans, ils partent à la recherche du mythique passage du Nord-Ouest, qui relierait le Pacifique à l'Atlantique. L'expédition devrait prouver la puissance de la marine anglaise, et par extension celle de la reine Victoria, mais les navires se retrouvent rapidement englacés. Et l'hiver polaire s'abat sur eux...
   
   Ceux parmi vous qui suivent les élucubrations de ce modeste salon depuis longtemps, chers happy few, savent l'amour que je porte aux récits de voyage et d'exploration. Inutile de dire donc que ce roman, qui a pour trame de fond la tristement célèbre expédition Franklin qui s'est soldée par la disparition pure et simple de tout l'équipage, les bateaux s'étant retrouvés englacés, lors du deuxième hiver, dans une banquise qui ne dégela jamais, avait tout pour me plaire, et il me plut sans réserve.
   
   La narration est très habile et très variée, mêlant le récit de ce qui se passe au pôle et de ce qui se déroule pendant ce temps en Angleterre, les extraits des journaux de Francis Crozier (capitaine du Terror, second de Franklin et finalement le personnage principal de l'histoire) et de Franklin qui n'écrit que pour la postérité, des extraits de traités scientifiques, des explications sur le magnétisme des pôles ou encore la recette du plum-pudding. Le lecteur suit à la fois les avancées de l'expédition et les bals et autres réjouissances frivoles auxquels se livre Lady Jane, la femme de Franklin, personnage hors du commun, brillante, cultivée et déterminée comme un homme. On voit en arrière-plan vivre la société victorienne, puritaine et compassée, et on assiste impuissants à la débauche d'énergie inutile que déploie Lady Jane pour monter une expédition de secours, l'Amirauté anglaise ne pouvant concevoir qu'une expédition si moderne échoue de quelque manière que ce soit. Un très bon roman qui se lit d'une traite.
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critique par Fashion Victim




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Les explorateurs de Sa Majesté
Note :

    Qu'ouïs-je? Qu'entends-je, ami lecteur? Ne connaîtrais-tu pas encore "Du bon usage des étoiles" ? Voilà qui est vraiment très mal et qui me mortifie au plus haut point (ce qui ne fait jamais que moins d'1m60 mais on fait comme on peut).
   
   Si tu passes par ici, jeune lecteur fou et téméraire, intrépide aventurier, voilà quelques bonnes raisons de lire ce merveilleux premier roman de Dominique Fortier qui évoque l'expédition polaire désastreuse de John Franklin, ou le pourquoi du comment d'un livre incontournable (si si) :
   
   L'histoire est passionnante, tout simplement. Vous qui comme moi n'avez pas le pied marin et pâlissez à la vue d'une bataille navale, d'un "Typhon" ou d'un "Kidnapped" (j'aurais peut-être dû dire “verdissez” mais je ne voudrais pas offenser inutilement de valeureux lecteurs), n'ayez crainte! De même si, comme moi, vous préférez les climats tropicaux aux glaciers et trouvez les pôles Nord et Sud affreusement barbants passée l'extase d'une hypothétique première page de description. Grâce aux allers-retours entre l'expédition et la famille du capitaine Franklin restée à terre, le récit savamment construit ne souffre d'aucun temps mort et se dévore avec un plaisir considérable. Ajoutons à cela quelques éléments inédits comme une partition, la recette (décourageante) du plum-pudding ou l'insertion d'un menu de Noël victorien et nous voilà en présence d'un objet hybride, livre flottant non identifié dont les bizarreries ont fait la joie de votre fidèle et dévouée.
   
   Outre un cadre riche et des situations variées, ce double récit favorise la redoutable prolifération de personnages très différents et, ce qui ne gâche en rien le bonheur du lecteur, tous plus intéressants les uns que les autres. En plus de quelques marins parfois mis en avant et d'un Sir Franklin finalement peu présent, trois figures charismatiques occupent ici une place de choix: Crozier, dont le journal permet de suivre petit à petit le parcours des navires, le tout agrémenté de réflexions et de touches personnelles pleines de finesse rendant le personnage très concret et particulièrement attachant; Lady Jane, épouse de Sir Franklin, femme de caractère résolument en avance sur son temps et tout aussi aventurière que son illustre époux, dans une société victorienne où la haute bourgeoisie est généralement représentée sous des traits bien plus conservateurs; enfin Sophia, nièce de Lady Jane et de Sir Franklin, jeune héroïne romantique qui aurait tout pour être surfaite et stéréotypée mais qui s'avère en réalité très sympathique et plus complexe que l'oie blanche que je me préfigurais.
   
   Formidable roman d'aventures, palpitant à souhait, "Du bon usage des étoiles" est aussi un livre dense et foisonnant qui allie le fond à la forme avec beaucoup de talent. On se régale avec l'histoire, on aime à la folie certains personnages, on aurait presque mal au coeur à force de sentir The Terror et l'Erebus tanguer sous nos pieds tandis que l'on se délecte de l'écriture soignée, vive et pleine de charme de Dominique Fortier. Mais ce n'est pas tout: l'une des plus belles réussites de ce livre tient aux nombreuses influences qui enrichissent la narration sans l'alourdir, l'auteur s'étant parfaitement approprié les références historiques, littéraires et scientifiques qui émaillent le récit. Le cadre victorien avait d'ailleurs tout pour me plaire, de même que les passages consacrés au thé, les clins d'oeil austeniens à travers les fougueux aboiements des gourmands Mr Darcy et Mr Bingley ou l'allusion aux progrès rapides qui caractérisent le XIXe (rigueur scientifique des explorateurs, daguerréotypes...). Sans parler de l'histoire principale qui s'inspire de la dernière expédition de John Franklin. Que l'on apprenne ou que l'on reconnaisse simplement quelques références, celles-ci ne manquent pas et sont remarquablement insérées dans le texte, nous donnant par la même occasion matière à réflexion.
   
   Voilà un roman qui constitue une de mes plus belles lectures de l'année, un livre que j'ai déjà en partie relu et que je relirai très certainement. Je crois qu'hormis l'interlude classique de "Pride and Prejudice", je n'avais pas éprouvé un tel plaisir de lecture depuis la découverte des "Maîtres de Glenmarkie" il y a près d'un an. Consistant et érudit, plein d'humour et servi par un style alerte, "Du bon usage des étoiles" est un livre à découvrir absolument. J'adore, je me pâme, je pars m'évanouir loin de mon écran. Mes sels! Où sont mes sels?
   I love that statement :
   “Ne restez pas trop longtemps sous la pluie, vous commencez à ressembler à Mr Darcy quand il se met en tête de plonger dans l'étang aux canards...”,
première allusion austenienne ce me semble (p 55).
   
   Au passage, ce livre me donne envie de découvrir enfin "Le Vicaire de Wakefield"et Ellis Bell.

critique par Lou




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