Lecture / Ecriture
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La mélopée de l'ail paradisiaque de Yan Mo   

Yan Mo
  La carte au trésor
  Beaux seins, belles fesses
  Le maître a de plus en plus d’humour
  Le radis de cristal
  La mélopée de l'ail paradisiaque
  La dure loi du karma
  Le chantier
  Grenouilles

Yann Mo est né en 1956 dans une famille de paysans pauvres. A l’époque, il s’appelait Guan Moye. De cette enfance lui sont restées la connaissance des conditions de vie dans les campagnes chinoises et une foule de récits et d’anecdotes, vus, vécus ou entendus.

Après être entré dans l’armée populaire de libération, Guan Moye a commencé à écrire en 81 et s’est choisi le pseudonyme de Yan Mo qui signifie «ne pas parler». Il dit qu’il l’a choisi pour ne pas oublier que la prudence veut qu’on n’en dise pas trop (surtout sous certains régimes).

Cette prudence, nécessaire d’ailleurs, n’a pas empêché Yan Mo de fort bien exprimer ce qu’il voulait exprimer. Il a produit environ quatre-vingts romans et nouvelles.

Actuellement retraité de l’armée, traduit en plusieurs langues, Yan Mo est internationalement reconnu.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La mélopée de l'ail paradisiaque - Yan Mo

Debout les damnés de la terre...
Note :

   Le district de Tiantang, dans la province de Shandong, en Chine du Nord, est apparemment un endroit paisible. Les paysans du cru s'y adonnent à la monoculture de l'ail, à tel point que l'air est saturé de son odeur puissante. Ici on vit par et pour l'ail, on le cultive, on le vend, on le mange à toutes les sauces. Mais en ce milieu des années 1980 , le district de Tiantang va être le théâtre d'évènements qui vont bouleverser l'apparente tranquillité de ses habitants.
   
   Tout commence par une histoire d'amour contrarié. Gao Ma, un jeune paysan s'est épris de Jinju, la fille de la famille Fang. Mais Jinju est promise à Liu Shengli, ce qui permettra en contrepartie au frère aîné de la jeune fille – infirme et par conséquent peu susceptible de fonder une famille – de se marier lui aussi.
   Mais Gao Ma ne l'entend pas de cette oreille et décide coûte que coûte d'épouser Jinju, sans tenir compte des résolutions de la famille Fang. Fermement résolu à faire valoir son bon droit – d' autant plus que Jinju semble partager ses sentiments – Gao Ma va se rendre chez les Fang afin de leur faire part de sa décision. Mais l'accueil que lui réservent ceux-ci va être cuisant. Pris à partie par le père, la mère et les deux frères de Jinju, Gao Ma va être insulté, roué de coups et jeté à la rue.
   Qu'à cela ne tienne! Gao Ma ne va pas renoncer pour autant et puisque l'on ne veut pas lui accorder Jinju, il l'enlèvera!
   
   Parallèlement à cette histoire, Mo Yan nous décrit l'arrestation de plusieurs villageois du district, dont, entre autres, Gao Ma, mais aussi Gao Yang, un planteur d'ail (fallait-il le préciser?) ainsi que la tante Fang, la mère de Jinju.
   Étourdis à coups de matraque électrique, menottés par la police, les paysans qui ignorent tout des motifs de leur arrestation vont être incarcérés dans les cellules insalubres du centre de détention provisoire de la sécurité du district. Là, affamés, malades, soumis à toutes les vexations que leur font subir gardiens et détenus, ils vont finir par apprendre les chefs d'inculpation qui leur sont reprochés : la mise à sac du siège de l'administration du district lors des émeutes consécutives à la mévente de l'ail.
   
   Les origines de cette révolte paysanne tiennent aux conséquences de la cupidité et de la corruption des cadres du parti local qui, après avoir submergé les cultivateurs de taxes toutes plus fantaisistes les unes que les autres, leur ont refusé l'accès aux silos de la coopérative, réservant ceux-ci à leur propre production, et laissant ainsi les planteurs d'ail avec le fruit de leur récolte sur les bras. La colère gronde puis c'est l'explosion. Les grilles du bâtiment de l'administration sont forcées, les bureaux saccagés et incendiés. Le procès qui va s'ouvrir rendra-t-il justice aux paysans et les cadres corrompus du part seront-ils réprimés pour leurs pratiques douteuses ?
   
   Mo Yan dresse avec ce roman un portrait de la Chine rurale, une société qui, bien qu'ayant été transformée par l'avènement du communisme, garde en vérité tous les aspects d'une société féodale avec ses serfs assommés de travail, empêtrés dans les rets des traditions séculaires, et ses mandarins qui ont troqué leurs robes de soie contre les uniformes du parti, plus préoccupés de leur propre enrichissement que de justice sociale. Écrit au milieu des années 1980, on se demande comment ce roman a pu échapper à la censure tant les critiques envers les pratiques des bureaucrates du parti y sont dénoncées de manière flagrante. Peut-être est-ce le ton tragi-comique de ce roman – sa construction en apparence anarchique, la truculence des dialogues et des personnages, les chapelets d'insultes que se lancent les protagonistes, les chansons de l'aveugle Zhang Kou et les bagarres homériques qui émaillent le récit – qui donne plus de cet ouvrage l'aspect d'une farce paysanne que d'un réquisitoire contre un régime totalitaire.
   
   Singes inconstants, chiens versatiles
   L'ingratitude a toujours existé
   Petit Wang Tai, tu viens à peine d'abandonner ta houe et ta faucille
   Que déjà, comme un crabe despote, tu marches de côté.

   (Quatre vers de la chanson interprétée dans la rue par Zhang Kou après la mévente de l'ail.
   Il y invective Wang Tai, le nouveau vice-responsable de la coopérative du district.)

critique par Le Bibliomane




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