Lecture / Ecriture
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C'est très bien comme ça de Annie Proulx

Annie Proulx
  Brokeback Mountain
  C'est très bien comme ça
  Nouvelles histoires du Wyoming
  Un as dans la manche

Edna Annie Proulx est une écrivaine américaine née en 1935 dans le Connecticut.

C'est très bien comme ça - Annie Proulx

Où est le bien dans tout cela?
Note :

   Troisième recueil de neuf nouvelles du Wyoming, terre d'élection littéraire d'Annie Proulx.
   
   «J'ai toujours adoré cet endroit» dit le maître de maison en nous faisant faire avec lui le tour du propriétaire. Nous partageons donc sa journée qu'il passe avec Duane, son secrétaire, et disons franchement son âme damnée. Notre hôte nous fait part de ses projets, des changements qu'il compte apporter concernant le confort des ses pensionnaires, certains problèmes de chauffage, par exemple. Bref un être charmant. Une des nouvelles les plus étranges du recueil dans laquelle est citée le nom de notre président et démontre de grandes connaissances sur le cyclisme et le tour de France. Elle semble également vouer une haine tenace au fisc canadien !!
   
   «Les vieilles chansons de cow-boys» ne sont pas forcément des chansons gaies. Nous sommes en 1885. Archie et Rose sont mariés et vivent seuls sur un lopin de terre qu'ils ont acheté. Il a 16 ans et elle 14! Archie qui a toujours vécu dans des ranchs et avec des cow-boys chante bien. Mais pour le couple, un jour l'argent vient à manquer; il part laissant Rose seule. Il trouve un travail chez un propriétaire terrien peu regardant sur la provenance de son cheptel. Comme celui-ci refuse d'engager des hommes mariés, Archie se fait passer pour célibataire et ne peut pas recevoir de nouvelles de sa femme! Le bébé est-il né? Une grave maladie le fera renvoyer de son travail, et la route de l'hôpital est longue et parsemée d'embûches. Un texte très dur pour une vie, une époque et une région qui l'étaient également.
   
   «Le témoignage de l'âne» parle des dangers de la neige et de la montagne, et aussi de la randonnée et plus surprenant de la salade! «Dans le fossé les sabots en l'air» n'est pas la suite «Des pieds dans la boue», mais la dernière nouvelle du recueil. Elle raconte le destin de deux hommes et de deux familles aux vies différentes, les riches Wyatt et les pauvres Lister. Les drames chez les riches, ce sont les divorces, chez les pauvres ce sont les mariages ratés, les naissances non désirées, et surtout, la guerre en Irak.
   
   Dans «Le sens de la famille», un homme Ray, qui finit ses jours dans une maison de retraite, raconte sa vie à sa petite fille. Fan de rodéo, les grands espaces lui manquent, les chevaux furent sa grande joie. Son père fut pour lui un objet d'amour et d'adoration, jusqu'au jour de son enterrement où une partie de sa vie surgit de l'ombre.
   
   «L'enfant Armoise» pose la question, une plante est-elle responsable de la disparition d'hommes ou de femmes ou n'est-elle que le témoin d'un certain genre de vie des humains? La plante, elle, est toujours là, dressée fièrement.
   
   Dans «La grande coupe grasse pleine de sang», l'auteur imagine une gigantesque partie de chasse aux bisons dans des temps très reculés. Il y a du sang, mais de la nourriture pour une partie de l'hiver.
   
   Dans «La farce du marais», nous retrouvons le personnage principal de «J'ai toujours adoré cet endroit». Et comme les marais ne le font pas marrer, il décide de faire une farce, mais ce n'est pas quelqu'un de très bon goût, hélas. Vouloir faire renaître des ptérodactyles avec des dents acérés, c'est un peu diabolique comme idée!
   
   C'est toujours bien écrit et j'ai trouvé les histoires plus profondes que dans «Nouvelles histoires du Wyoming», certaines semblent avoir un fond de fantastique, comme dans «J'ai toujours adoré cet endroit» ou «L'enfant Armoise». Comme d'habitude on trouve quelques phrases pas trop politiquement correctes:
   - il décida qu'il se soûlerait ce soir et qu'il l'enterrerait le lendemain. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour elle.
   Ou alors:
   -Rose se montrait une amante pleine d'ardeur quand Archie lui criait «Lève donc le cul comme un engoulevent».
   Dans ces contrées sauvages, où la vie est dure, la mort et la misère sont présentes dans chacune de ces nouvelles.
   Et la mort est comme les paysages, rarement douce et apaisée.
   
   Extraits :
   - Les hommes, eux, avaient l'embarras du choix entre d'informes robes d'intérieur et des squelettes aux robes fleuries.
   
   - « Il y a des détails qui ne sont pas bien jolis. Toute famille a son linge sale; nous aussi avons le nôtre».
   
   - Déroute et Massacre, vu le nom, est une compagnie qui devrait nous convenir.
   
   - Mme Pack partit pour un pays où l'on ne prend plus jamais de petits déjeuners.
   
   - ... ils sortaient de la période des étreintes éperdues et entraient dans le long périple de la vie conjugale.
   
   - Il avait secoué la tête, le geste qu'il faisait toujours quand il se décidait.
   
   - Marc avait l'air légèrement vicieux d'un vieil artiste dont le regard ne tolère pas les croûtes contemporaines.
   
   - Elle ne pouvait pas deviner qu'elle ressemblait à sa mère.
   
   - L'harmonie qui régnait entre eux était telle qu'ils ne s'étaient jamais disputés- jusqu'au jour de la querelle à propos de la salade.
   
   - Le soulagement de ne plus l'avoir sur les bras le rendait jovial.
   
   - Ce n'est pas bien pour eux de ne pas savoir.
   
   - Dakotah détestait fouiller les femmes irakiennes, et n'ignorait pas que celles-ci détestaient être fouillées.

critique par Eireann Yvon




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