Lecture / Ecriture
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Profondeurs glacées de W. Wilkie Collins

W. Wilkie Collins
  Une belle canaille
  La dame en blanc
  La Pierre de lune
  Basil
  L'hôtel hanté
  Secret absolu
  Le secret
  Profondeurs glacées
  Sans Nom
  Voie sans issue
  Cache-Cache
  Iolani, ou les maléfices de Tahiti
  En quête du rien
  La robe noire
  Monkton le Fou
  Je dis non!
  Pauvre Miss Finch
  Seule contre la Loi

Wilkie Collins (1824-1889) était le beau-frère de Charles Dickens. Il est considéré comme le premier auteur de detective novel (roman policier).
On trouve une des nouvelles de W. Collins dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Profondeurs glacées - W. Wilkie Collins

Voilà de quoi nous réchauffer !
Note :

   Londres 1854. L'Angleterre est sous le choc. Une enquête vient de révéler quel avait été le sort de l'escadre de Sir John Frnaklin, dépêchée neuf ans plus tôt par-delà le Groenland, en direction du Pacifique, à la recherche du mythique Passage du Nord-Ouest. Après un terrible hivernage au milieu de l'océan gelé, l'équipage avait gagné la terre ferme, décimé bientôt par la faim et le froid. Avant de périr à leur tour, les derniers survivants, on venait d'en avoir la preuve, s'étaient dévorés entre eux!
   Des gentlemans anglais, civilisateurs du genre humain, dans le rôle de cannibales! Le thème avait de quoi tenter un romancier. Collins et son ami Dickens commencèrent par en tirer une pièce de théâtre (1857) - que Dickens, craignant le scandale, édulcora beaucoup. Tant et si bien qu'une quizaine d'années plus tard, Collins reprit l'histoire à sa façon : sous forme de roman cette fois ; et sans tricher avec les noirceurs de son sujet.
   
   Je vous vois déjà ouvrir de grands yeux à la lecture de cette quatrième de couverture, mais ne vous effrayez pas inutilement. L'éditeur a trouvé bon de nous rappeler les faits qui sont à l'origine de ce texte, mais d'os vous ne verrez que celui qui sert à la soupe! Libre à vous ensuite, connaissant les faits d'en conclure qu'il s'agit de ceux d'un être humain (ce que visiblement imaginèrent sans peine les spectateurs de cette nouvelle version théâtrale, au fait tout comme vous de l'Histoire, si j'en crois la préface de Michel Le Bris).
   
   Ce fait d'actualité aurait pu donner lieu à un roman d'aventures des plus grands, mais sa forme dédiée initialement au théâtre fait que ce roman - classé en tant que nouvelle par les éditions Phébus ou est-ce de la main de l'auteur que nous vient cette appellation - est "tout rabougrie". N'y voyez pas une note péjorative de ma part, mais il est certain que Collins aurait pu reprendre ce texte est l'étirer (dans le bon sens du terme). Nous aurions suivi nos navigateurs sur les vaisseaux, leur vie face aux intempéries puis combattant les éléments, les animaux sauvages, leur cohabitation difficile après l'errance, les privations etc.
   Ici tout cela est traité avec le sens du raccourci propre à la nouvelle, et la place de l'histoire d'amour domine tout l'ouvrage. Il l'ouvre par une scène de bal et l'exploration des sentiments des protagonistes avant le départ des deux rivaux pour cette expédition. Collins a ajouté les visions de Clara afin de créer un peu de suspens...
   
   Malgré le peu de place accordée aux faits historiques et à leur gravité, je ne suis pas sortie déçue par cette histoire, car j'avais eu la sagesse (pour une fois) de lire la préface qui résumait bien mieux l'histoire que la quatrième ne le faisait. J'ai découvert ainsi les conditions d'écriture de la première pièce et les amitiés - rivalités entre Dickens et Collins.
   Je ne pense pas avoir déjà lu du Collins mais au vu de sa bibliographie, de son style et de cette nouvelle, je pense lire d'autres ouvrages plus fournis de cet auteur.
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critique par Delphine




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Première étape de wilkinisation
Note :

    Tentons de profiter du week-end pour rédiger quelques billets sur les nombreuses lectures en retard... et puisque je meurs d'envie de vous parler de "L'Hôtel hanté" de Wilkie Collins, je devrais en théorie vous parler également de deux de ses livres que j'ai découverts fin 2009. Commençons par le premier, "Profondeurs glacées", dont je me suis régalée peu avant mon voyage à Londres.
   
   A priori, ce titre ne m'attirait pas du tout. Je préfère la chaleur au froid (c'est d'ailleurs sans doute pour ça que j'aime tant l'Angleterre...), je n'aime pas trop les récits d'aventures, encore moins ceux qui se déroulent à fond de cale et je dois dire que toute cette glace empilée sur la couverture avait tendance à me faire fuir, moi qui cherchais un bon Wilkie plein de fiacres, de maisons londoniennes et de gentlemen and ladies peu fréquentables.
   
   Puis j'ai lu "Du bon usage des étoiles" de Dominique Fortier, histoire vraie de l'expédition tragique du capitaine Franklin, qui cherchait alors un passage à travers le Pôle Nord pour atteindre plus rapidement l'Orient. Immense coup de coeur que cette lecture, qui m'a en partie réconciliée avec les bateaux et la glace, en tout cas suffisamment pour me donner envie de lire "Profondeurs glacées", dont le sujet est très proche... et pour cause, puisque Wilkie Collins s'est inspiré de l'histoire du capitaine John Franklin, au coeur du roman de Dominique Fortier.
   
   Neuf ans près le départ des deux bateaux composant l'équipage, des traces de l'expédition sont retrouvées au Groënland. Dont quelques tombes et des restes humains laissant penser que pour tenter de survivre, les marins ont dû se nourrir des restes de leurs camarades.
   
   Si le cadre est plus ou moins le même, "Profondeurs glacées" traite d'un sujet tout autre. Hébergée chez Crayford, l'un des officiers s'apprêtant à partir au Pôle Nord, Clara est amoureuse d'un certain Francis, après avoir involontairement laissé quelques espoirs à Richard Wardour, parti en Afrique pour revenir promu à un plus haut grade et en mesure de demander sa belle en mariage. Lorsque Wardour arrive, il découvre que Clara s'est donnée à un autre et profère des menaces à l'encontre de ce dernier. Et Wardour de s'embarquer à bord d'un des deux vaisseaux de l'expédition à l'instar de Francis, sans savoir qu'il suit son rival.
   Mortifiée, Clara dépérit à Londres en pensant à la menace qu'il représente pour Francis. Et je ne vous en dirai pas plus, à vous de découvrir la suite...
   
   Sans être un chef-d'oeuvre, "Profondeurs glacées" est un curieux ouvrage, qui mélange l'art du roman et du théâtre (il s'agit en effet à l'origine d'une pièce). Chaque partie est introduite par quelques indications: "L'action se déroule il y a vingt ou trente ans. La scène se passe dans un port de mer en Angleterre. Il fait nuit, et l'occupation du moment est la danse" (p21). Autant vous dire qu'il se dévore en rien de temps et se déguste avec grand plaisir, même s'il est un peu léger et qu'une fois de plus Wilkie Collins a placé devant moi une héroïne comme je les déteste, falote, maladive, nombriliste, égoïste, molle et bêtasse - une héroïne que j'ai eu envie de secouer pendant la moitié du livre avant de regretter que son état dépressif ne l'amène pas rapidement sur les quais de la Tamise.
   
   Les conditions de vie et les méthodes de survie des marins occupent une place centrale dans la seconde partie du roman, avec au passage une petite dose de morale incarnée par Wardour, le héros malheureux.
   
   Ce n'est sans doute pas le meilleur livre pour découvrir Wilkie Collins. Tant par la forme que par le fond, il diffère radicalement de ses autres écrits. C'est cependant une lecture très agréable, peut-être à recommander en priorité aux amateurs de Collins et de littérature victorienne.

critique par Lou




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