Lecture / Ecriture
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Kipling: Une brève biographie de Alberto Manguel

Alberto Manguel
  Dictionnaire des lieux imaginaires.
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  Une Histoire de la lecture
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  Tous les hommes sont menteurs
  Le Livre d’images
  Stevenson sous les palmiers
  L'Apocalypse selon Dürer

Né en Argentine en 1948, Alberto Manguel a passé ses premières années à Tel-Aviv où son père était ambassadeur. En 1968, il quitte l’Argentine, avant les terribles répressions de la dictature militaire. Il parcourt le monde et vit, tour à tour, en France, en Angleterre, en Italie, à Tahiti et au Canada, dont il prend la nationalité. Ses activités de traducteur, d’éditeur et de critique littéraire le conduisent naturellement à se tourner vers l’écriture. Composée d’essais et de romans, son oeuvre est internationalement reconnue. Depuis 2001, Alberto Manguel vit en France, près de Poitiers.
Source: Editeur

Kipling: Une brève biographie - Alberto Manguel

If...
Note :

   Publié dans la petite collection (par la taille, pas par son intérêt) Actes Sud Léméac, cette biographie m’a tout de suite attirée.
   
   L’envie de la lire m’est venue après la lecture du «Journal d’un lecteur» du même Manguel, il évoque le roman de Kipling «Kim» celui dont Juliette Binoche lit un extrait à son patient anglais...
   
   Pour moi Kipling c’était un affreux colonialiste, le livre de la jungle et le poème «If» et ... rien d’autre. J’ai donc cherché à en savoir un peu plus.
   
   Il s’agit plus d’un portrait que d’une biographie, mais un portrait très attachant, très court, donc Alberto Manguel va à l’essentiel et fait revivre Kipling en quelques pages.
   
   Né à Bombay au moment où le terme «Empire britannique» est à son apogée, il est expédié à 6 ans avec sa soeur qui en a trois vers l’Angleterre car il n’est pas concevable d’éduquer un enfant hors de la patrie; confié à de parfaits inconnus, Kipling souffre et se souviendra toute sa vie de ce traitement qu’on qualifierait aujourd’hui de maltraitance à enfant, Dickens n’est pas loin.
   Réfugié dans l’imaginaire Kipling n’eut aucune peine a évoquer l’enfant abandonné, Kim et Mowgli sont là pour témoigner.
   
   Devenu écrivain, marié, c’est en Afrique du Sud qu’il va se rendre, celle de la guerre des Boers où déjà apparaît le nom de Winston Churchill.
   Il écrit dans ces années-là, «Histoires comme ça» et comme il aime bien mettre en exergue de ses écrits un poème, cela nous a donné «If» traduit pour nous français par André Maurois.
   À ma grande honte, je dois dire que j’ignorais que Kipling avait reçu le Nobel (en 1907) Il devient un écrivain et un poète reconnu et admiré.
   
   En 1914 Kipling persuada son fils de s’engager dans l’armée, refusé pour sa vue déficiente, il est finalement incorporé dans le corps des Irish Guard après l’intervention de son père. Quand Kipling apprendra la disparition de son fils, il ne s’en remettra pas et écrira pour calmer sa culpabilité un poème «My boy Jack».
   
   Mort en 1936 vous pouvez le retrouver à Westminster mais surtout dans ses livres et c’est ce que Alberto Manguel nous fait sentir à travers un portrait chargé d’humanité.
   
   Un film a été fait sur la disparition de ce fils tellement aimé et de la recherche de sa famille sur les lieux de sa disparition.
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critique par Dominique




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Format idéal
Note :

   Si je trouve que ce petit (120 pages) livre est parfait, c'est que j'éprouve généralement le besoin d'en savoir plus sur les auteurs auxquels je m'intéresse, plus sur leur vie, sur les circonstances dans lesquelles ils ont écrit leurs différents ouvrages, et que je me trouve généralement confrontée à des biographies de 200-300 pages, voire plus, qui sont beaucoup plus détaillées (ou diluées) que je ne le souhaiterais et que je renonce généralement à lire pour me rabattre sur Wikipedia. Mais cette collection d'Actes Sud ("Un endroit où aller") nous offre bien des perles (pas toujours biographiques) qui souvent, ne sont pas trop touffues (si tant est qu'une perle puisse être touffue, mais "Un endroit où aller" fait aussi de la poésie, voyez comme ça tombe bien). Bref, ces 120 pages, surtout maniées par l'inégalable Alberto Manguel, étaient exactement ce qu'il me fallait pour apprendre tout ce que je souhaitais savoir de Kipling.
   
   Concernant Kipling, je voudrais vous prier de ne pas juger notre vieux Prix Nobel du 19ème siècle avec vos yeux du 21ème. Je trouve cette façon de faire parfaitement injuste (et sotte) et j'en veux toujours à ceux qui la pratiquent. Rudyard naquit en 1865 à Bombay, dans une famille britannique, de ces colonisateurs culturels (son père était directeur de musée) pas si antipathiques, mais totalement victoriens. Il eut une enfance fort rude (les pensionnats anglais avaient de quoi terrifier les plus aguerris) mais se garda d'en vouloir à ses parents, considérant sans doute qu'il ne pouvait leur reprocher d'avoir fait ce qui se faisait à l'époque. Nous allons adopter la même attitude à son égard.
   
   Si vous vous intéressez à Kipling, je pense que la lecture de cet ouvrage est absolument indispensable, de préférence avant même de lire ses romans. Cela vous donnera par la suite la délicate satisfaction de comprendre au fil des pages de fiction tout ce que l'auteur y aura mis d'autobiographique. Vous reconnaitrez Rudyard enfant placé chez une horrible nourrice dans "La lumière qui s'éteint" ou pensionnaire de ce collège violent de "Stalky & Co", vous le verrez ensuite partout, en Indes, aux Etats Unis, en Angleterre... Vous saurez que vous comprenez mieux que les autres, ces romans que vous dévorez. Ne me dites pas que ce n'est pas un sentiment agréable. Et tout cela en une centaine de pages ! Avouez qu'on aurait tort de s'en priver, et puis, même si vous ne comptez pas relire ses romans, ce fut une vie bien intéressante, vous ne vous ennuierez pas à la découvrir, et un enrichissement de sa culture générale n'est jamais à négliger.

critique par Sibylline




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