Lecture / Ecriture
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L'histoire d’un mariage de Andrew Sean Greer

Andrew Sean Greer
  L'histoire d’un mariage

Auteur américain né en 1969 à Washington et vivant à San Francisco, traduit en français depuis 2005.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"


L'histoire d’un mariage - Andrew Sean Greer

Ne laissez personne vous en parler!!
Note :

   Ne laissez personne vous parler de ce livre. Chaque phrase, que dis-je, chaque mot qu’on lâcherait vous volerait une part -importante- du plaisir que ce roman est prêt à vous offrir; chaque remarque abîmerait l’admirable travail d’orfèvre d’Andrew Sean Greer. Ce serait un crime. Ne lisez pas le Net malheureux! (sauf ce commentaire, avec moi vous ne risquez rien, jamais je ne me permettrais de porter atteinte à ce livre. J’ai pesé chacun de mes mots). Par contre, une fois que vous l’aurez lu, et avec d’autres qui l’auront déjà lu… je ne vous dis pas les discussions sans fin qui vous monteront à la bouche.
   
   Andrew Sean Greer en est ici à son quatrième roman et cette "Histoire d’un mariage" est le second à être traduit en français. Dès que je peux, je lis le premier.
   
   Une aura, une réputation flatteuse s’est faite autour de ce roman. Les vrais lecteurs, le public des librairies, a réussi ce paradoxe d’assurer, par le bouche à oreille la notoriété de cet ouvrage dont son éditeur ne cesse de sortir de nouveaux tirages alors qu’on ne peut presque rien en dire, ce que les critiques professionnels font fort bien jusqu’à présent -et c’est tant mieux! Ne lisez rien! (bis) - mais cela ne saurait durer, on ne va pas tarder à parler beaucoup de ce livre-là, j’en suis sûre et il faudra aussi que ceux qui ne l’ont pas lu se bouchent les oreilles.
   
   Pour ce qui est de l’histoire, il n’est pas nécessaire de savoir quoi que ce soit de plus que ce que vous en dit le titre. Cela vous donne tous les renseignements dont vous avez besoin pour savoir dans quoi vous vous embarquez. On pourrait à la rigueur vous dire que le thème est «Nous ne connaissons pas ceux avec qui nous vivons» et aussi que vous allez découvrir ce qu’était la vraie vie quotidienne aux Etats-Unis en 1953 –oui, une vraie découverte pour moi- et c’est tout. Cela suffit largement. Lancez-vous.
   
   Si l’on ne doit rien vous dire de l’histoire, vous avez bien compris que c’est parce que suspens et surprises y règnent en maître avec un talent vraiment remarquable de la part de l’auteur. Au point que le simple fait par exemple, d’en faire une adaptation cinématographique ferait d’emblée perdre un degré dans la profondeur. D’ailleurs elle serait redondante car impossible de lire ce livre sans le voir parfaitement, impossible de lire ce récit sans en entendre la voix avec son rythme, sa musique, sa force et sa douceur.
   
   Mais les surprises ne sont pas ses seuls atouts. Ce roman est également remarquable par ses énormes qualités d’écriture et ses non moins énormes qualités humaines. La dernière fois que je vous ai fait un billet aussi enthousiaste, c’était pour la sortie de «La route»… je n’en dis pas plus, vous voyez le niveau de qualité auquel ce genre de recommandation fait référence.
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critique par Sibylline




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Elaguer les rameaux porteurs du doute
Note :

   "Femme soigneuse, bonne jardinière, j'élaguais les rameaux porteurs du doute."
   
   Cela commence de manière bien proprette, bien lisse, Pearlie, Holland, un mariage heureux un enfant, une vie bien rangée, mais comme le répète la narratrice, l'heureuse épouse: "On est seulement nés au mauvais moment.", comprendre dans les années 50, aux Etats-Unis, dans une société marquée par la guerre de Corée, la ségrégation raciale et le maccarthysme.
   
   Pearlie aspire au repos mais l'irruption de Charles Drumer dans leur vie de couple risque de tout faire voler en éclats.
   
   "L'histoire d'un mariage" est un roman qui multiplie les surprises faites au lecteur, en se jouant de ses a priori. Le thème lui aussi va se révéler surprenant car la narratrice va se rendre compte qu'elle écrit -en creux- l'histoire d'une guerre, sans récits de combats, mais pas sans violence, une violence larvée et qui prend des formes multiples.
   
   Fiction et réalité se mêlent en une troublante mise en abîme, "percevoir sa vie comme un roman qu'on a écrit et auquel on a cru." et si Andrew Sean Greer revient sur le thème classique "Nous en connaissons pas vraiment ceux que nous aimons", il l'aborde d'une manière originale même si le récit perd un peu de sa vigueur dans la dernière partie.
   
    Le style est agréable, même si, à force d'avoir été induit en erreur, le lecteur en vient à s'inquiéter à chaque rétention d'information: Nouveau chausse-trappe ou pas?
    ↓

critique par Cathulu




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You don't own me*
Note :

    Quelle jolie couverture que celle de "L'Histoire d'un mariage" d'Andrew Sean Greer, entre fraîcheur et nostalgie! A l'image d'un livre qui m'a bien plu, malgré quelques réserves.
   
   Etats-Unis, années 50. La narratrice Pearlie Cook nous fait pénétrer dans son foyer au moment où se joue une étape décisive de son mariage avec Holland Cook, cet homme qu'elle a rencontré adolescent puis retrouvé par hasard sur une plage à la fin de la guerre. Le couple semble vivre heureux avec leur fils handicapé Sonny et leur chien muet, en dépit de l'étrange maladie de coeur de l'époux qui pousse Pearlie à découper les faits divers brutaux dans les journaux afin de le préserver. Un jour sonne à la porte un étranger, Buzz. Muni de cadeaux, cet homme sorti du passé de Holland s'apprête à briser le fragile équilibre sur lequel repose le mariage des Cook.
   
   Ce roman bien écrit décrit avec aisance la période des années cinquante: les générations revenues de la seconde guerre mondiale, celles parties depuis peu en Corée, la ségrégation et les prémices de la lutte pour les droits civiques, sans parler des petites choses insignifiantes du quotidien, tels que la visite matinale du livreur de lait, les lieux de danse ou les soirées passées à écouter la radio.
   
   Quant au récit lui-même, l'histoire d'un mariage, il part à mon avis d'une idée très intéressante et m'a séduite, même si on peut lui reprocher quelques longueurs et certaines maladresses. Plusieurs révélations sont distillées au compte-goutte. Si le procédé est intéressant a priori, sa récurrence finit par devenir un peu lassante et ne permet pas forcément à l'auteur d'exploiter d'autres aspects de son sujet, à commencer par le regard qu'Holland Cook porte sur son mariage. Comme d'autres, j'ai trouvé que l'une des informations brutalement révélées n'avait aucune raison de constituer un mystère, même si cela a sans doute pour but de déstabiliser le lecteur en lui donnant une idée fausse au départ et permet de donner au récit une nouvelle dimension. Quoi qu'il en soit, on ne fait pas un livre avec des "si" et des "peut-être" et, tel qu'il est, j'ai déjà beaucoup apprécié ce roman que j'ai trouvé empreint de sensibilité et très agréable à lire, hormis quelques petites longueurs. Pearlie Cook est attachante et j'ai beaucoup savouré cette fin où l'on réalise que le couple s'est forgé une idée erronée de cette période importante de leur mariage, se trompant sur les intentions de l'autre pendant des années. Finalement, les zones d'ombre peuvent constituent aussi un atout.
   
   Un moment doux amer que l'on déguste avec plaisir.
   
   
   * "You don't own me" : titre des Blow Monkeys

critique par Lou




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