Lecture / Ecriture
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Pierre et Jean de Guy De Maupassant

Guy De Maupassant
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* On peut voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts"

* J.S Bordas a fait une adaptation en bande dessinée de la nouvelle de Maupassant "Le Docteur Héraclius"

Pierre et Jean - Guy De Maupassant

Promenades et souvenirs
Note :

   "Un couple de commerçants parisiens, les Roland, retirés au Havre. Deux fils : Pierre et son cadet Jean, «aussi blond que son frère était noir, aussi calme que son frère était emporté, aussi doux que son frère était rancunier.» Pierre et Jean ne s'aiment pas, mais la famille vit en paix jusqu'au jour où l'on apprend qu'un vieil ami des Roland a laissé en mourant toute sa fortune à Jean."
   
   Voici longtemps que je n'avais pas relu du Maupassant. Cet écrivain que j'ai tendance à oublier régulièrement, m'évoque pourtant de nombreux souvenirs.
   
   1. J'ai eu de la chance que ma prof de collège ne m'écoeure pas totalement de lui; inconditionnelle de l'écrivain (selon ma mémoire qui déraille comme vous le savez tous à présent), elle nous cassa les oreilles avec lui et je n'en pouvais plus. Je me rends compte aujourd'hui que son programme était intéressant: Le K de Buzatti, Le Horla de Maupassant, des Contes normands de Maupassant, des Fabliaux, ... Comme souvent on constate que c'est toujours à contre coeur que nous lisons les ouvrages imposés.
   2. Etant née et ayant vécue en Haute-Normandie, je navigue en terre connue lorsque je lis cet auteur.
   
    J'ai aimé ce roman à plus d'un titre. Comme vous pouvez vous l'imaginer, j'essayais de voir les personnages qui remontaient certaines rues, passaient devant des lieux que j'ai connu. Je sais bien que tout a changé depuis cette deuxième partie du XIXème siècle et cela a plus d'un titre. Le port du Havre était une plaque tournante de la vie maritime et des voyages, mais tout cela a bien disparu. Si vous cherchez à retrouver des quartiers, des endroits évoqués dans les romans allant jusqu'en 1945 vous êtes certains de ne plus rien retrouver car la ville du Havre a subi les bombardements allemands en 1940 avant d'être détruite par les bombardiers alliés puis britanniques entre juin et septembre 1944. Néanmoins certains noms de rues sont restés (la rue de Paris même en ayant perdue de sa superbe restait une rue chic), l'entrée du port peut faire illusion et je voyais ce livre avec ce que je connaissais.
   La plume de Maupassant est superbe et à travers ses écrits on sent la ville vivre, grâce à sa connaissance de la région :
   "(...) Il fit remarquer comment Le Havre séparait la basse de la haute Normandie. En basse Normandie, la côte plate descendait en pâturages, en prairies et en champs jusqu'à la mer. Le rivage de la haute Normandie, au contraire, était droit, une grande falaise, découpée, dentelée, superbe, faisant jusqu'à Dunkerque une immense muraille blanche dont toutes les échancrures cachaient un village ou un port : Etretat, Fécamp, Saint-Valéry, Le Tréport, Dieppe, etc. (...)"
   Des noms qui, pour certains vous parlent, mais furent pour moi des lieux de promenades, des souvenirs …
   
   L'histoire est simple, mais nous entraîne dans les travers de la jalousie entre frères; antagonisme lié à la différence de caractère tout d'abord, puis à la spirale de l'argent lié à l'héritage qui va faire éclater une famille. Pierre semble prêt à aller jusqu'aux limites de la folie tant sa souffrance est grande. Paradoxalement à ce mouvement qui va grandissant de l'agitation de Pierre, de sa quête de la vérité, Maupassant nous entraîne dans le quotidien, dans la description de parties de campagne, de pêche... Tout est là.
   
   Partagé entre la pitié pour l'enfer de Pierre et parallèlement, un désamour tant sa folie le pousse à faire souffrir sa mère, c'est avec un certain soulagement mais également horreur que l'on assiste à la scène de la dispute entre Pierre et Jean. Dispute durant laquelle tout est dévoilé et qui va permettre la chute de l'histoire, ainsi qu'à Pierre et nous-même de refermer ce livre non pas sereinement mais avec un certain sentiment d'adoucissement de l'histoire.
   Si vous n'éprouvez rien en refermant ce livre, sans doute êtes-vous comme Monsieur Roland trop accaparé par vos propres plaisirs et train train quotidien ;-D
   
   "(...) L'immense paquebot, traîné par un puissant remorqueur qui avait l'air, devant lui, d'une chenille, sortait lentement et royalement du port. Et le peuple havrais massé sur les môles, sur la plage, aux fenêtres, emporté soudain par un élan patriotique se mit à crier: «Vive la Lorraine!» acclamant et applaudissant ce départ magnifique, cet enfantement d'une grande ville maritime qui donnait à la mer sa plus belle fille. (...)"

critique par Delphine




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