Lecture / Ecriture
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Fantasia chez les ploucs de Charles Williams

Charles Williams
  Fantasia chez les ploucs
  Aux urnes, les ploucs !

Fantasia chez les ploucs - Charles Williams

Drôle!
Note :

   C'est assez rare, les livres drôles, si on y réfléchit. Il faut bien dire qu'ils sont assez difficiles à faire. Celui-ci l'est, drôle. Très.
   
   Il date déjà un peu. Ca devient un classique. Cela se passe à la campagne, comme le titre le laissait un peu deviner, et en Amérique (je veux dire USA), mais l'Amérique profonde, abyssale. C'est raconté par un gamin de sept ans, qui sait bien souligner de sa candeur tous les sous-entendus du récit. Le principe étant que le lecteur devine parfaitement ce que le gamin a vu ou vécu alors que le narrateur lui-même est trop innocent pour le comprendre.
   
   On s'amuse beaucoup à lire cette histoire naïve et abracadabrante de distillerie clandestine et de tannage, de strip-teaseuse égarée dans la forêt en costume de travail et de bouseux Old America pieds nus et en salopette. Le tout se déroulant, c'est tellement mieux, sous le nez d'un sherif totalement dépassé mais qui ne renonce pas.
   
   Un style simple, clair, efficace, sans aucune vulgarité. Du récit d'enfant, c'est vous dire?
   La technique de base, comme je le disais, est la distorsion entre ce qui est dit et ce que l'on comprend. Lorsque le gamin raconte, tout d'abord, mais tout autant, lorsque son oncle ou son père s'expriment; et eux, en escrocs chevronnés qu'ils sont, même dans l'intimité, ne disent jamais autre chose que ce qu'ils veulent faire croire. Ils s'en tiennent en permanence à cette position, même lorsque toute vraisemblance est bafouée et c'est bien réjouissant. Distorsion également dans les rôles puisque les « bouseux arriérés », ce sont eux et que l'on a affaire à de fins margoulins, des pros de la rentabilité.
   
   Extrait au début « ... vous dire pourquoi on s'est amenés chez mon oncle Sagamore. C'était à cause que Pop n'arrêtait pas d'être rappelé.
   Faut croire que c'était une sale année pour ce qui est d'être rappelé. La première fois que Pop l'a été, on se trouvait à Gulfstream Park*, durant l'hiver ; la seconde fois à Pimlico *, mais le pire c'était Acqueduct*. A peine on avait garé la roulotte et commencé à imprimer les feuilles qu'ils sont venus le rappeler encore un coup. Et bien entendu, les dames des bonnes oeuvres m'ont harponné tout de suite comme elles font toujours. »

   Voilà, le départ est donné, à vous de découvrir la suite si cela vous tente.
   
   * = hippodromes
    ↓

critique par Sibylline




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Drôle au début, puis…
Note :

   L'histoire nous est contée à travers le filtre insouciant du regard de Billy (sept ans). Son père Pop, bookmaker aux prises avec des affaires pas très claires, l'emmène avec lui se mettre au vert chez son oncle dans une ferme reculée d'un coin perdu du sud des États-Unis.
   « Y a rien de plus sain ni de plus fortifiant que la vie à la ferme, et plus fortifiant que la ferme de l'oncle Sagamore, y en a pas. »
   La compréhension de cette histoire passe donc par le truchement innocent du jeune garçon que le lecteur traduit aussitôt, en écho.
   C'est cette double interprétation qui fait l'originalité du roman le rendant ainsi subtilement jubilatoire. D'autant, que l'air de rien, au-delà de la compréhension juvénile du petit Billy, les événements nous font côtoyer moult gangsters, trafiquants, et escrocs. Une belle brochette de truands qui donnent bien du fil à retordre au shérif et à ses agents dans une succession de situations désopilantes, voire rocambolesques. L'écriture est pétillante de dynamisme et d'une limpidité remarquable dans un contexte pourtant empli de confusions.
   Un peu trop, à la longue. Autant je me suis prise au jeu dans le premier tiers du livre, autant je me suis lassée pour la suite. Désabusée, sans doute !
   
   De plus, pour asseoir l'originalité abracadabrante de l'histoire, je suis allée jusqu'à emprunter le film réalisé par Gérard Pirès avec Lino Ventura, Jean Yann et Mireille Darc. Pfft… je me suis arrêtée au bout de vingt minutes. Ce qui faisait toute la singularité du livre, à savoir ce regard subjectif des événements, n'est absolument pas repris dans le film. Le résultat dépasse l'absurdité, regorgeant de gags d'une lourdeur d'un autre temps et devenant vite, encore plus vite, lassant… C'est vrai que l'ensemble a vieilli et pas forcément à son avantage.
   
   La toute dernière édition de cet ouvrage est sortie dans la collection « junior » chez Folio, ce qui peut en dire long bien que je ne sois pas convaincue que les jeunes lecteurs peuvent appréhender rapidement cet univers sous-jacent qui commence vraiment à dater.
    ↓

critique par Véro




* * *



Quel été !
Note :

   Déjà le nom de l'auteur est ridicule, princier soit, mais ridicule quand même. Ensuite le titre! D'accord Marcel Duhamel était un grand monsieur, traducteur et éditeur de génie, mais quand même transformer «The Diamond Bikini» en «Fantasia chez les ploucs» il fallait oser. Sans rancune Marcel, c'est sûrement un peu grâce à toi que j'ai commencé à lire. Et puis une petite récréation littéraire ne fait jamais de mal!
   
   Billy a une vie pour le moins chaotique, son papa n'est pas très à cheval, ni sur les principes, ni sur l'application des lois. Il faut reconnaître que son métier de conseiller en placement hippique lui vaut d'être parfois «rappelé» pour des périodes plus ou moins longues. Alors Billy est hébergé provisoirement par des dames des bonnes œuvres. Mais le jour où son père lui parle de vacances à la campagne, chez son oncle Sagamore, c'est le bonheur! Surtout que l'aventure est au bout du chemin!
   L'aventure a les traits agréables de Miss Harrigton, riche héritière qui souffrant d’anémie a besoin de repos à la campagne, elle est accompagnée de son médecin le docteur Severance, donc tout concourt à ce que le calme et l'harmonie règnent dans ce coin de la campagne américaine...
   De la rivière à la rivière de diamant (en plus ce n'est pas dans une rivière, mais dans un lac que notre belle jeune femme apprend à Billy à nager) le tout baignant dans du jus de tanin, une histoire qui fleure bon le roman noir de jadis... Quelques cadavres, bien sûr... on apprend par exemple que l'anémie est une maladie contagieuse.
   
   Des personnages dignes de «Délivrance», une belle jeune fille peu vêtue (ou fortement dévêtue, c'est au choix), tous les ingrédients sont là.
   
   Billy le narrateur, brave gamin plein de candeur, un peu dépassé, mais on le serait à moins; son chien Sig Frid, heureusement, est là, car le reste de la famille, c'est un peu limite du point de vue moral!
   Son père, Sam dit Pop, dont le charmant métier, l'amène, dirons-nous, à fréquenter les champs de courses qui ne sont pas spécialement des endroits pour un petit garçon!
   Ses oncles Sagamore, le débrouillard, pas très regardant sur les lois en vigueur, bref un charmant personnage tout en finesse. Finley, le pieux, pour ne pas dire le mystique, qui comme Noé, croit que le jour où la pluie viendra, elle viendra pour de bon!
   Miss Harrington est telle Vénus sortant de l'onde, mais dans le cas présent uniquement vêtue d'un bikini, et qui plus est en diamant, cela attire forcément les convoitises! Certains le paieront rubis sur l'ongle.
   Son protecteur, le docteur Severance son médecin traitant, est là pour veiller sur elle.
   On trouve dans ce livre des chasseurs de lapins, de vrais braconniers entre nous soit dit! Car enfin chasser le lapin hors-saison et avec des mitraillettes en plus à l'époque où on ne parlait pas encore d'écologie, certains auront leurs peaux! En parlant de peaux, certains en manqueront de pot, croire que la noble famille Noonan ne manque pas de potes, enfin parait-il que l'argent n'a pas d'odeur, mais le tanin, oui!
   
   C'est d'un ton moins grave que «1275 âmes», mais plus sérieux que la série américaine «Shérif fais moi peur» auquel on pense immanquablement.
   
   Des petits blancs du sud, débrouillards, un peu hors la loi (un peu seulement) dans une histoire amusante un peu amorale (un peu seulement), des représentants de l’autorité ridiculisés (un peu seulement), bref j'en reprendrais bien un verre (et pas qu'un peu seulement!).
   
   
   Extraits :
   
   - Ça se voit tout de suite, laquelle c'est qui commande; il y a qu'à jouer gagnante celle qui a les plus gros lolos.
   
   - Elle a grosse poitrine, aussi grosse que celle d'une dame des bonnes œuvres, mais elle est beaucoup plus jeune naturellement.
   
   - Elle s'est changée, mais la petite barboteuse qu'elle a maintenant est toute pareille à l'autre, à part qu'elle est rayée comme un bâton de sucre d'orge.
   
   - Miss Harrington repart en dansant, et, tout en tournant, elle enlève le petit machin de dessus sa poitrine et l'agite comme si elle dirigeait un orchestre.
   
   - Impudique créature! il dit, l'air furieux. Ça ose se pavaner ici, les jambes toutes nues, ça vient apporter la tentation et le péché.
   
   - Bien sûr, il n'y en a pas gras, de costume. Rien qu'un fil à la hauteur de la ceinture, avec un tout petit carré à trois coins sur le devant, mais tout est en vrais diamants.
   
   - Et bien! Je disais qu'avec tout ce terrain inoccupé, par ici, on pourrait leur faire un petit enterrement privé et oublier cette pénible histoire!
   
   - J'aimerais autant que tu cesses de tourner autour de Miss Harrington. L'anémie ça peut être contagieux.
   
   - C'est ça qui lui donne cet aspect Kentucky trois étoiles, dix ans de barrique.
   

   
   Titre original : The diamond bikini (1956)

critique par Eireann Yvon




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