Lecture / Ecriture
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Fleurs de tempête de Philippe Le Guillou

Philippe Le Guillou
  Fleurs de tempête
  Le Pont des Anges
  L’intimité de la rivière

Philippe le Guillou est un écrivain français né en 1959 dans le Finistère.

Fleurs de tempête - Philippe Le Guillou

Et puis Brest, bien sûr...
Note :

   Philippe Le Guillou est un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Découvert avec «Le dieu noir» puis avec «La rumeur du soleil» et «Livres des guerriers d'or», cet auteur si discret dans le Landernau littéraire français m'a toujours impressionné par la qualité de son écriture, la puissance des images qu'il évoque, la poésie et le pouvoir d'évocation qui se dégagent de ses écrits.
   
   Je connais (en partie seulement) l'oeuvre romanesque de Philippe Le Guillou avec les trois romans cités plus haut; je n'ai pas eu le plaisir de découvrir son travail d'essayiste (notamment sur Julien Gracq et Chateaubriand) et j'ignorais, jusqu'à la lecture de «Fleurs de tempête», qu'il était également auteur de récits.
   
   C'est donc au genre du récit qu'appartient cet ouvrage où l'auteur se met lui-même en scène pour nous raconter l'histoire poignante d'une amitié partagée sur une période de plus de vingt ans avec Hélène, une jeune femme rencontrée par l'entremise d'un ami à la terrasse d'un café rennais. Une passion commune pour l'œuvre de Proust va très vite les attacher l'un à l'autre et à partir de ce moment leurs destins seront liés par une indéfectible amitié.
   
   Les rapprochent aussi tous les deux leurs origines finistériennes et c'est souvent, dans les années qui suivront, qu'ils se rendront à Brest et arpenteront les rivages de la région. Ils voyageront aussi, à l'étranger, dans des villes où ils pourront satisfaire leur passion de l'art et de la littérature: Venise et les tableaux de Carpaccio, Gand avec le retable de l'Agneau mystique de Van Eyck, mais aussi Prague, Moscou, l'Irlande et bien d'autres endroits riches des empreintes laissées par les artistes et les auteurs qui les ont toujours fascinés.
   Cette communion des sens, ils la partageront au fil des années, quand leurs occupations professionnelles leur laisseront un temps de répit pour s'échapper vers ces lieux chargés d'histoires qui alimenteront leurs conversations passionnées et leur insatiable désir de retrouver dans un musée, dans une église, sur une lande battue par les tempêtes, les traces d'un auteur aimé, d'un peintre de la Renaissance,ou l'atmosphère particulière d'un paysage ayant donné naissance aux mythes et légendes celtes chers au narrateur.
   
   Mais c'est surtout Paris et les grèves du Finistère qu’ils verront le plus souvent, partagés entre leurs vies professionnelles et leurs racines bretonnes. De Paris, ce seront ces promenades dans le quartier du Palais-Royal ou au bord du canal Saint-Martin, le dédale des rues du Marais et l'église Saint-Eustache.
   
   Et puis Brest, bien sûr, et Le Conquet, Porsisquin, Le Faou aussi, où l'auteur vient de racheter la maison de ses grands-parents.
   
   Mais cette belle histoire d'amitié va bientôt prendre un sens dramatique quand la maladie va se déclarer.
   
   C'est avec une grande sensibilité, avec beaucoup de pudeur, de retenue et de tendresse, que Philippe Le Guillou, de son écriture lumineuse, nous décrit, comme un antidote à l'oubli et à l'indifférence, l'histoire de cette relation passionnée, afin que revive en lui et en chacun de nous l'image de cette jeune femme trop tôt disparue. Il signe ici un texte qui est comme un appel désespéré face à la cruauté du destin, un chant dédié à celle qu'il ne rencontrera plus jamais que dans ses souvenirs émus et qui n'existera plus que dans les phrases et les mots qu'il lui a offerts au fil des pages de ce très beau récit.
   
   «Ce passé lumineux, l'épaisseur de ce temps traversé me reviennent avec une netteté douloureuse comme si l'écran des dernières années, des derniers mois avait explosé. C'est une activité curieuse que celle à laquelle je me livre, je reviens au nimbe des commencements, comme un archiviste halluciné et maniaque, un adorateur nocturne qui voudrait capter dans la ténèbre de son chagrin l'éclat de la lumière des débuts et des seuils. L'histoire est passée, éblouissante, implacable, tragique et elle me laisse seul sur la rive. À moi à qui la littérature a tant donné il ne reste que le secours des mots. Me revient-il de donner à Hélène le tombeau qu'elle n'a pas souhaité avoir? Elle ne repose pas auprès de son grand-père, qu'elle admirait tant, dans le petit cimetière de Logonna-Daoulas. Elle a voulu cette incinération, ce néant des flammes qui m'effraie plus que tout.
   Tombeau: c'est une forme, c'est un chant dont j'aimerais qu'il n'eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d'un lit de lumière, d'une nef enchantée qui l'emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques. Je note ces lignes dans la pluviosité lugubre d'un été qui me paralyse.»

critique par Le Bibliomane




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