Lecture / Ecriture
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La discordance du temps de Matthias Vincenot

Matthias Vincenot
  La discordance du temps

La discordance du temps - Matthias Vincenot

Le Printemps des Poètes
Note :

   Il n'est guère facile d'écrire de la poésie: la vie, le monde, les autres, les choses, les êtres, l'intime ne semblent pas pouvoir être déclinés en vers, en prosodie, en langage insolite... celui des rimes ou des rythmes qui scandent l'éphémère, l'écume des instants magiques ou tragiques, ou la permanence des sentiments, des idées, des amours, des chants pour l'aimé.
   
   Et pourtant, lire un poème, classique ou contemporain, est un moment de douce solitude peuplée de nos désirs secrets, des sensations vécues et tues mises au jour par un autre qui sait sans le savoir. Magie des mots, magie d'une image, magie d'une musique intime qui lentement se dévoile, au fil des vers, au fil des rimes, au fil des rêves issus de l'impalpable devenu mots.
   
   Matthias Vincenot entraîne son lecteur dans le dédale des émotions, souvenirs que tout un chacun peut avoir: un peu de lui, un peu de soi, un peu de nous se déroule au coeur de la prosodie poétique. Des émois adolescents au coeur de l'adulte épris d'une chimère ou d'un corps à peine dévoilé, de la révolte devant l'inanité du monde qui nous entoure aux douces rêveries de l'introspection, le poète fait voyager dans un périple où la modernité est présente, parfois habillée d'humour, parfois vêtue de tragiques accents. Une modernité du texte, de la langue qui n'oublie pas, cependant, d'adresser des clins d'oeil aux illustres prédécesseurs, dans "une discordance des temps" aux accents d'éternité.
   
   "Le sang de la vie s'écoule dans tes poèmes, en illuminant tes mots d'une intensité immédiate et charnelle, contre la boue qui nous entoure. (...) Ta beauté idéale est dans la contemplation du normal, qui te donne le ressort du sublime." écrit Giovanni Dotoli, professeur d'université et poète, dans sa lettre post-face... et c'est, pour l'essentiel, le ressenti de ma lecture de ce recueil. La poésie puise dans le normal pour nous extraire de la boue de notre quotidien, celle qui nous englue dans la minante répétition des jours: n'est-ce pas le rôle de la poésie?
   
   Finalement...."nous ne sommes à l'abri de rien"... surtout pas d'aimer les promenades impromptues offertes par la poésie!
   
   Je vous propose deux poèmes, le premier peut paraître doux-amer avec une pointe d'humour un tantinet féroce, le second m'a émue sans que je sois capable d'en expliquer la raison: cela m'arrive très souvent lorsque je lis de la poésie.
   
   
   Chassez le Prince Charmant
   
   
   Chassez le prince charmant, il revient au galop
   Les filles libérées ont coeur de midinette
   Elles ont seules la clé des aimables bluettes
   Où les garçons du monde s'appellent Roméo
   Dans leur coeur d'artichaut naissent quelques
   audaces
   Pour un garçon qui passe
   Une histoire de trop
   Ce ne sont bien souvent que des rêves faciles
   Dans le regard des filles
   Rien n'a vraiment changé
   Faisant négligemment dépasser leurs bretelles
   Sourient du romantisme qu'elles veulent à foison
   Parfois entre-deux, les arrières saisons
   Donnent quelques espoirs aux pauvres imbéciles
   Qui trébuchent souvent en s'avançant vers elles
   
   
   Chassez le prince charmant, et j'accours aussitôt
   
   
   Accrocher le regard
   
   
   Il faudrait pouvoir accrocher le regard
   Au moment où il faut
   Dans l'éclair incroyable
   L'interstice où la vie prend sa source parfois
   Le destin n'est souvent rien moins qu'une seconde
   Il faudrait pouvoir approcher le hasard

critique par Chatperlipopette




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