Lecture / Ecriture
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Dieu vit à Saint-Pétersbourg de Tom Bissel

Tom Bissel
  Dieu vit à Saint-Pétersbourg

Dieu vit à Saint-Pétersbourg - Tom Bissel

Là ou ailleurs!
Note :

   Auteur américain né en 1974 à Escanaba dans le Michigan. Ce recueil de 6 nouvelles qui ont été écrites entre 1997 et 2002 est son premier livre traduit en français. Un autre, «Chasing the sea», publié précédemment est encore inédit. A 22 ans il s'engage comme professeur d'anglais dans les «Peace Corps» et part huit mois en Ouzbékistan.
   
   «Défi à la mort», écrit en 2002, se déroule en Afghanistan. Un journaliste anglais, Grave, un photographe américain Donk, et deux Afghans, Hassan, le guide-traducteur et leur chauffeur quittent Kundunz, (fuient serait peut-être plus approprié) pour Maza . Victimes d'un accident de voiture, avec Grave victime de la malaria, ils partent à pied vers un hypothétique village. Ils se parlent de choses et d'autres. Ils découvrent un village archaïque, des hommes armés, amis ou ennemis, troupes régulières ou seigneurs de la guerre? Rien n'est réellement sûr!
   
   «Voyage de luxe pour nulle part»(2000) est un récit étrange à trois personnages, Jayne, la femme américaine moyenne, son mari Douglas, homme relativement riche et Victor, leur guide, ancien soldat russe, qui est resté en Afghanistan. Il gagne sa vie en promenant des touristes dans des endroits pas très sûrs, des voyageurs qu'il déteste et méprise ouvertement. Douglas est l'américain type, sûr de lui jusqu'au ridicule, Jayne a dépensé une fortune pour s'habiller à la mode pour ce voyage. Le couple va se rendre compte, après avoir été attaqué par des bandits, que leurs valeurs ne sont pas partagées de tous!
   
   Alec est «Le fils de l'ambassadeur», nouvelle écrite en 1997. La vie du corps diplomatique est plus agréable dans le corps de charmantes jeunes filles, dans un pays perdu d'Asie. Cette ancienne province soviétique qui ne sait plus trop ce qu'elle est maintenant! Mais, en pleine orgie, maman, madame l'ambassadrice, débarque en pleine extase sexuelle! La vie est belle, mais pas pour tout le monde. Entre corruption, prostitution et organisations caritatives, mais fortement ancrées religieusement, certains, les comparses évidemment, y laisseront leur vie!
   
   «Dieu vit à Saint-Péterbourg»(1998), c'est ce que pense Timothy Silverston, vrai missionnaire officiellement professeur d'anglais. Mais Dieu est bien caché et le Diable a pignon sur rue!
   
   Amanda Reese, biologiste américaine, fait un voyage d'études pour comprendre la situation de la mer d'«Aral» (1997). L'état de cette mer intérieure est un désastre, personne ne s'en préoccupe vraiment. L'ONU envoie une mission de trois personnes, les deux hommes tombent malades, Amanda poursuit seule son enquête. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, certain aimeraient «punir» l'Occident!
   
   Un couple perdu dans la montagne et dans leur vie, un fils d'ambassadeur qui, lui, ne sait pas ce qu'est la vie hors de son cocon d'enfant gâté. Un professeur ayant sombré moralement laisse ses élèves livrés à eux- mêmes dans une classe à majorité ouzbeck où Susanna, blonde de descendance russe, est «une anomalie troublante», car les deux ethnies se haïssent.
   
   Dans «Les animaux dans notre vie»(1999), l'auteur nous raconte la visite d'un zoo par un homme et une femme. Lui est parti comme professeur d'anglais au Kirghistan. Ella a rompu avec lui, puis lui a demandé pardon quand l'autre homme est parti. Une promenade est-elle vraiment romantique dans un lieu où les animaux sont en cage?
   
   Des Occidentaux loin de leur culture, ne comprenant pas qu'il est possible de vivre autrement. Entre ambiguïté et incompréhension, deux civilisations se côtoient mais sans plus.
   
   Il est rare qu'un auteur américain parle d'autre chose que de l'Amérique. Qu'il perçoive et décrive si bien la haine que son pays suscite dans certaines parties du monde. Qu'il analyse les raisons qui, en plus de la haine, provoquent ce mépris d'un peuple que l'on maintient dans la misère pour accroître la richesse des autres. La nouvelle «Voyage de luxe pour nulle part» est significative de cet état d'esprit. Des organisations humanitaires, fermant les yeux sur les détournements de fonds, mais punissant l'adultère! Un voyage en Asie Centrale qui dépayse beaucoup, une découverte. Dans des notes très intéressantes en fin d'ouvrage, l'auteur nous avoue avoir pris de grandes liberté avec la vérité, et la géographie aussi. Il donne également les dates d'écriture de chaque nouvelle.
   
   Extraits:
   - Air Force, tu parles ! Air Farce oui!
   
   - C'étaient les femmes. De leurs visages on ne distinguait que les yeux derrière une grille aux mailles serrées.
   
   - Ils ressemblaient ainsi à de petits sapins de Noël humains prêts à exploser.
   
   - Les Français étaient les pires: un Peuple de L'Ordre qui se prenait pour un Peuple du Chaos.
   
   - Les hommes âgés doivent mourir. Sinon, le monde moisirait.
   
   - Sans doute, peut-être. La devise de L'Afghanistan.
   
   - Qui n'est pas «célèbre au sein de certains cercles» ?
   
   - Elle avait tiré des bouffées de pipe à hasch moins agressives que l'atmosphère matinale de Taschkent.
   
   - Les Américains sont un peuple qui a laissé son âme s'engraisser.
   
   - Tout comme aujourd'hui parler lui aurait alors paru absurde.
   
   - Il respecte rarement ses clients, encore qu'il parvienne souvent à les supporter.
   Pas ce Douglas néanmoins. Un gros et balourd d'Américain.
   
   - La même galerie de portraits -Les bons Américains- figurait dans chaque salle de classe entre ici et Tbilissi.

   
   Titre original: "God lives in St Petersburg". (2005)

critique par Eireann Yvon




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