Lecture / Ecriture
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Ados: L'héritier du chaos de Laurent Queyssi

Laurent Queyssi
  Ados: L'héritier du chaos

Ados: L'héritier du chaos - Laurent Queyssi

Le retour du cri qui tue
Note :

   La collection dirigée par Xavier Mauméjean pour les éditions Mango sort sa deuxième salve de titres avec deux romans dont ce premier roman pour la jeunesse de Laurent Queyssi. On se souvient que cette collection est «dédiée à la fantasy, aux mythes et légendes qui nourrissent l’imaginaire mondial» ; mais ici, pas de civilisation ancienne clairement identifiée, mais une ambiance qui rappelle l’Asie des grandes plaines au temps des Huns et autres tribus belliqueuses.
   
   Mikac vit avec son frère Goran et sa mère loin de tout. Très jeunes, leur mère a décidé de les éloigner de leur père, Marden. Mais à quatorze ans, celui-ci va s’imposer en faisant tuer Goran et amener Mikac à sa cour. Celui-ci est un Karobni comme son père: il peut tuer avec sa seule voix. Au château de Marden, seigneur d’Umag, il va donc apprendre à maîtriser son don pour servir son père et être digne de le remplacer le moment venu. Mais le jeune homme pense toujours à son frère assassiné et rêve de le venger.
   
   Une des dernières phrases du roman exprime les sentiments de Mikac: «le chagrin et la haine sont des vecteurs parfaits pour le mal. Aveuglé par mon but ultime, je les ai laissés me diriger… » Je n’ai pour ma part pas ressenti que Mikac était habité par le chagrin et la haine. Il pense à son frère certes, mais la haine envers son père n’est pas sensible alors que c’est un sentiment intense. Le jeune homme s’entraîne aux côtés de son père et il tue des hommes grâce à son pouvoir sans paraître s’en émouvoir plus que ça. Pourtant Mikac est le narrateur et l’auteur aurait pu nous faire pénétrer au cœur de ses pensées… Ce n’est pas que Laurent Queyssi écrive mal, au contraire même, il écrit presque trop correctement. Comment imaginer par exemple que quand deux adolescents dialoguent l’un peut s’exprimer en disant: «Qu’as-tu fait ce matin au village?». Entre cette interrogation figée et un «kess t’as foutu?», il devrait être possible de trouver la bonne tonalité.
   
   Je suis donc restée en marge de cette histoire, peu émue par le sort de Mikac qui pourtant n’est pas gâté par le destin. Laurent Queyssi peine à nous faire partager les émotions de son héros, alors que l’enjeu est important. Je n’ai qu’à penser à l’éducation de Fitz, héros de Robin Hobb qui doit lui aussi apprendre à maîtriser son don ambivalent, pour trouver cet opus plutôt faible.

critique par SBM




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