Lecture / Ecriture
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Garden Of Love de Marcus Malte

Marcus Malte
  Carnage, constellation
  Garden Of Love
  Intérieur Nord
  Toute la nuit devant nous
  Cannisses
  Les harmoniques
  Fannie et Freddie
  Il va venir
  Le garçon
  La part des chiens

Marcus Malte est né en 1967 et vit depuis ce temps à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variétés. Puis il s’est lancé dans l’écriture, plus particulièrement des romans noirs pour les adultes et pour la jeunesse…
(Source éditeur)

Garden Of Love - Marcus Malte

Petites rencontres entre ennemis
Note :

   Une prostituée reçoit quatre hommes et croit les soumettre en se soumettant elle-même; le texte s’adresse ironiquement à «toi», aussi dénommé «monsieur Astrid» et prétend savoir ce que pense le destinataire ainsi que la fille.
   
    Monsieur Astrid, Alexandre, prend la parole à son tour en tant que commissaire ex-alcoolo, lisant ce manuscrit qui lui est adressé, non sans revivre son passé maintenant caduc avec Hélène et les enfants.
   
   Sur une plage, un certain Matthieu revoit Ariel son ennemi, et s’effraye de cette rencontre clairement menaçante pour sa famille.
   
    Alexandre poursuit un assassin depuis des lustres, un assassin pour lequel il nourrit des sentiments ambigus.
   
   Quelles sont les relations entre ces différentes narrations? Qui parle et à qui? Le récit du Marcus de Malte se présente astucieusement déstructuré, pour nous entraîner dans plusieurs romans familiaux tragiques, sur le thème du double.
   
    Avec une écriture élégante, classique, agréable, on se laisse tenter et on ne lâche pas prise malgré quelques scènes d’un voyeurisme affligeant comme celle du professeur et de la bouteille de Perrier qu’il est préférable de passer.
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Palais des glaces
Note :

    Résumé
   
   "Troublant, diabolique, même, ce manuscrit qu'Alexandre Astrid reçoit par la poste. Le titre: Garden of love. L'auteur: anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu'il s'agit de sa propre vie. Dévoilée. Dévoyée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l'auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s'ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs."

   
   
   Commentaire
   

   So I turn'd to the Garden of Love,
   That so many sweet flowers bore,
   And I saw it was filled with graves,
   And tomb-stones where flowers should be.
   
   Ce poème de Shelley - du moins ses deux premiers vers - est le titre d'un manuscrit. Un manuscrit qu'Alexandre Astrid reçoit chez lui et qui va l'amener à revivre des heures qu'il aurait préféré oublier. Alexandre, qui ne vit presque plus suite à des événements dramatiques qui l'ont laissé sans force. Alexandre qui n'a pas le courage de mourir. 
   
   Ce roman a été pour moi un gros coup de cœur. D'abord parce que dès les premières lignes, j'ai été happée par l'écriture et par l'histoire. Une fois ouvert, on aurait dit que ce livre ne voulait pas se laisser refermer. Les mots sont précis et m'ont entourée d'une ambiance glaçante à souhait, entre une maison sur la falaise et un café des Temps perdus. Le style est haché mais s'adapte très bien au récit. Il fait son effet. Dans ce roman, il y a tout de même peu de déferlement d'hémoglobine. Et le rythme est lent... lent... oppressant. Mais je m'y suis laissée prendre et j'ai carrément dévoré le bouquin. 
   
   On dit sur le quatrième de couverture que nous nous trouvons dans un palais des glaces... et c'est tout à fait ça. Le jeu des miroirs m'a carrément happée et je voyais des reflets tronqués et déformés partout. Qui est "je"? Qui est "il"? Qui est "tu"? Et on met un long moment à comprendre d'où proviennent les fragments que nous apercevons. Quelle est la réalité, quel est le reflet? J'ai été un moment complètement mystifiée mais je me disais que bon, on allait finir par savoir. Et on sait. Mais bon... non plus, on sait pas. Du moins, je ne sais pas... 
   
   Les personnages sont tous un peu tordus, tous torturés. Le personnage d'Ariel, aussi sombre qu'il soit, m'a fascinée (j'ai un faible pour les personnages complètement désaxés mais "charismatiques") mais j'ai trouvé une certaine profondeur à chacun d'entre eux. Que se passe-t-il exactement avec Florence, Matthieu, Ariel, Léna, Nathan, Maria, Jona et Édouard? Il n'y a rien de clair ici. Tout est perception. Tout est image. À certains moments, on ne sait plus trop exactement où est la folie. Où est la réalité et où est la fiction. Où est passé ce temps, qui n'arrive pas à passer...
   
   Je ne suis pas claire? Normal, je ne veux pas l'être non plus. Je préfère laisser planer le mystère plutôt que de me livrerà une grande analyse. D'ailleurs, il y a des éléments que je n'arrive pas encore très bien à assembler... je vais retourner y réfléchir après avoir rédigé mon billet... mais bon, je ne suis pas certaine que j'y arriverai.  
   
   Je sais qu'il y a des avis très variés au sujet de ce roman mais pour ma part, j'ai définitivement adoré!! Et je vais certainement tenter de trouver autre chose de l'auteur!
    ↓

critique par Karine




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Construction (trop) complexe
Note :

   Un jardin d’amour, image idyllique d’un paradis de fleurs, de verdure et de petits oiseaux célébrant la passion et l’élévation des cœurs. Stop, arrêtez tout! Vous faites fausse route. Le jardin dans lequel nous entraine Marcus Malte n’a rien de paradisiaque. Il est au contraire semé de fleurs mortellement vénéneuses, de plantes urticantes qui laisseront des pustules honteuses, de mauvaises herbes qui sèment la vengeance, la mort et la terreur au gré de leur colère.
   
   Bref, c’est dans un roman policier noir que se situe l’intrigue assez alambiquée imaginée par son auteur. Un thriller typique de la tendance actuelle avec, comme personnage central, un flic à bout de souffle. Un mec tellement usé par l’alcool, la fréquentation dangereuse de truands qui ont su gagner sa protection au prix de son honnêteté, qu’il ne travaille plus au commissariat depuis belle lurette et est payé à ne rien faire comme ultime récompense d’une carrière où il en a serré plus d’un. Le portrait robot, ou presque, de bien des romans du genre.
   
   Désormais rangé et bon père de famille, l’enfer va se rouvrir sous ses pieds le jour où il recevra un manuscrit anonyme intitulé "Garden of love". Un récit d’une rare violence où sa propre vie, ses propres errances lui seront racontées. Un récit dérangeant et qui va le mener tout droit vers celui qu’il traqua toute sa vie, un ange noir de la terreur, un virtuose de la machination et du meurtre irrésolu qui lui laisse un embarrassant manuscrit en forme de testament.
   
   Comme nous finirons laborieusement par le comprendre, le roman alterne entre des extraits de ce manuscrit et la vie réelle de certains des personnages dont des doubles théoriques auxquels d’autres prénoms ont été donnés sont mis en scène dans le document qu’il s’agit d’interpréter. Des doubles qui revivent une combinaison complexe de séquences réelles et d’autres imaginées par l’esprit démoniaque et schizophrénique de leur auteur.
   
   Ces mélanges incessants font la force et la faiblesse du roman. Sa force en ce sens qu’ils entrainent le lecteur dans un tourbillon où la perte de repères, l’odeur nauséabonde des bas-fonds de la société, l’omniprésence d’une tension sexuelle quasi pornographique (avec un premier chapitre à couper le souffle d’ailleurs) font que l’on se laisse emmener et qu’on ne peut plus décrocher d’un livre dont on veut vraiment comprendre la logique et la fin. Sa faiblesse aussi, car souvent on ne comprend plus rien, on ne sait pas qui est qui, on ignore si l’on se trouve dans une section du manuscrit cité ou dans le roman lui-même ce qui nécessite un véritable effort de la part du lecteur pour ne pas décrocher.
   
   Marcus Malte tient malgré tout cela avec une assez grande maîtrise grâce à une langue acérée comme le fil du couteau qui servira à égorger les victimes, une capacité à dire l’essentiel en peu de mots qui claquent comme le drapeau sur la hampe au vent déchainé. Il est cependant dommage que la fin soit un peu trop convenue et que le rythme, du coup, s’effondre dans le dernier quart du roman.
   
   Bref beaucoup de bonnes choses mais trop d’imperfections pour en faire un roman véritablement exceptionnel. C’est simplement un bon roman policier qui vous tiendra en haleine pendant quatre heures ce qui n’est déjà pas mal.

critique par Cetalir




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En plein cœur !
Note :

   J'ai failli lâcher "Garden of love". J'ai eu besoin, au tout début de ma lecture, de l'arrêter : j'avais peur de suffoquer, d'être envahie par la tension palpable dégagée par l'intrigue (et franchement, je n'avais pas besoin de ça à ce moment-là), d'imaginer le pire concernant les héros etc. J'ai eu besoin de lire autre chose (des BD telles que Quai d'Orsay ou L'arabe du futur) pour revenir fin prête et préparée à l'univers de Marcus Malte : je sentais que sans ce répit, l'histoire allait m'échapper, que je ne l’apprécierais pas comme il se devait.
   
   Une bonne pause pour une belle et magistrale claque : le reste de ce roman m'a totalement subjuguée/tétanisée! Je reste encore bouche bée devant le jeu d'ombre(s) et de lumière, la philosophie finale, la beauté intérieure des personnages, la délicatesse de Marcus Malte dans leur traitement. Tout est magnifique dans ce roman noir et pourtant que le début m'a semblé embourbé!
   
   Alexandre Astrid est un flic sur le déclin. Suite à un drame familial et à une bavure, il fut doucement mais sûrement mis au placard par sa direction. Prié de rester loin des affaires criminelles et surtout de ne plus faire parler de lui, Alexandre survit, plus qu'il ne vit. Un manuscrit anonyme titré "Garden of love", retrouvé dans sa boîte aux lettres, va le sortir de ses gonds.
   
    Comme je le précisais en en-tête de cette chronique, le début de ce roman m'a paru assez confus et chaotique. Sans vouloir tout dévoiler (je ne ferai pas la même bêtise que l'éditeur qui en annonçant dans la seconde de couverture une grosse bêtise - histoire d'attirer le chaland- en profite pour gâcher le plaisir de la découverte), le récit oppose le quotidien d'Alexandre et la lecture du manuscrit "Garden of love" par le héros (dont deux personnages, un homme et une femme ont la part belle : le récit décrit une ambiance malsaine, relativement perverse, assez oppressante). Alexandre va très vite chercher à déterminer l'origine de cet écrit, et en particulier son auteur puisque des détails de lecture l'interpellent (des prénoms utilisés, la description de boucles d'oreilles bleues, des scènes de meurtre détaillées, des comportements étranges etc,) et parlent de son passé.
   
   Décrire davantage le contenu de ce roman à multiples facettes implique le dévoilement de surprises, du dénouement. Il y est question d'amour, de reconstruction, de relations complexes, d'attachement, d'attirance et de manipulations.
   
   Marcus Malte impose un timing haletant, maîtrise les rôles et la folie, joue avec les nerfs de son lecteur sans jamais chercher à le crisper. "Garden of love" est avant tout un hymne à la vie, une réconciliation, un espoir et une transmission : rien ne se résout, rien n'est réversible mais tout devient possible. C'est aussi un message de paix qu'on se doit à soi-même pour continuer à avancer malgré le deuil, malgré la peine, sans occulter la souffrance, sans oublier les disparus. "Garden of love" est un livre rare, qui mérite mes louanges : il m'a atteinte là où il fallait... en plein cœur! (normal, me direz-vous, pour du love).
   
   Éditions Zulma (que je ne félicite pas - sauf d'avoir publié un tel chef d’œuvre - : caractères typographiques trop petits en format broché, seconde de couverture trop bavarde)

critique par Philisine Cave




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