Lecture / Ecriture
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Premier amour de Ivan Tourgueniev

Ivan Tourgueniev
  Premier amour
  Fumée
  Le Journal d’un homme de trop
  Clara Militch

Ivan Sergueïevitch Tourgueniev (Иван Сергеевич Тургенев) est un écrivain russe né en Russie en 1818 et mort en France en 1883.


Une fiche sur la biographie de Tourgueniev publiée par André Maurois ici

Premier amour - Ivan Tourgueniev

Le jour où Tourgueniev tomba amoureux
Note :

   "Tourgueniev" c'est suranné, vieillot, "has been" peut-être mais c'est doux.
   
   Ivan (Sergueïevitch) Tourgueniev (1818-1883) est très loin d'être un obscur auteur russe même si de nos jours, Dostoïevski ou Tolstoï (avec qui il se brouille, après en avoir le premier pressenti le génie, pour se réconcilier peu avant sa mort ) lui volent la vedette quand on pense aux auteurs russes.
   
   "C'est l'usage quand on fait l'éloge d'un auteur russe, de le faire aux dépens des autres. Tout se passe comme si les hommes étaient monothéistes dans leur dévotion aux dieux littéraires et ne pouvaient supporter de voir rendre un culte aux divinités rivales" (Robert Lynd).
   
   C'était un grand monsieur et pas uniquement par la taille (1m91).
   
   Avec Gustave Flaubert à qui il rend visite chaque semaine, Tourgueniev partagera durant 17 années une amitié sans nuage qui laissera à la postérité une très belle correspondance.
   
   Le 14 avril 1874, Gustave Flaubert, Ivan Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Alphonse Daudet et Emile Zola fondèrent "le dîner mensuel des auteurs sifflés" ; chacun d'entre eux avaient subi un échec au théâtre (Flaubert - Le Candidat), soit en faisant représenter des adaptations de leurs romans (Tourgueniev - Sans Argent, Le fil se rompt ou il se casse, Le pique-assiette; Daudet - l’Arlésienne; Goncourt - Henriette Maréchal; Zola - Thérèse Raquin).
   
   Après la sortie de "L'assommoir" les relations qui unissent Tourgueniev et Zola se distendent et Tourgueniev dira sans ambages de ce livre "l'ouvrage pue la littérature".
   
   Flaubert n'était pas non plus très emballé puisqu'il écrit dès le 14 décembre 1876 à Tourgueniev: "J'ai lu, comme vous, quelques fragments de L'Assommoir. Ils m'ont déplu. Zola devient une précieuse à l'inverse. Il croit qu'il y a des mots énergiques, comme Cathos et Madelon croyaient qu'il en existait des nobles."
   
   A la mort de Flaubert en 1880, Guy de Maupassant devient l'ami privilégié et même plus en se considérant non seulement comme le disciple de Tourgueniev mais aussi en lui empruntant des sujets dans ses contes et ses nouvelles.
   
   Pendant près de 40 ans, Tourgueniev vouera une intense passion à Pauline Viardot, pas toujours partagée, il faut dire que la dame est mariée. Elle inspirera Tourgueniev dans la construction du personnage féminin principal de "Premier amour". Elle lui permettra de rencontrer George Sand qui deviendra également une amie fidèle.
   
   
   Eté 1833 à Moscou. Ni vous ni moi n'étions là et c'est un peu là que réside le charme de "Premier amour".
   
   C'est l'époque où les valets de chambre dormaient à même le parquet en chien de fusil devant la chambre de leur jeune maître.
   C'est l'époque où les jeunes filles s'imaginaient que mettre des glaçons dans leur verre d'eau les exposait à un refroidissement pulmonaire et à une mort certaine. Une douce époque donc, faite de théories naïves et d'a priori redoutables.
   
   Premier amour (1860), n'est pas qu'une historiette sucrée et romantique, c'est aussi un bout de vie de l'auteur, un pan autobiographique de sa jeunesse dorée. Ivan Tourgueniev décide de livrer l'histoire de son premier amour sous les traits de Vladimir Pétrovitch, 16 ans. Il tombe éperdument amoureux de Zinaïda, belle princesse de 21 ans. Seulement voilà, la belle aime en secret un autre homme, plus âgé, marié et très proche de Vladimir. Peu à peu, ce dernier découvrira l'homme que cache soigneusement Zinaïda.
   
   Bien avant Vladimir Nabokov, bien avant Arthur Schnitzler, Ivan Tourgueniev se plait à décrire une jeune fille à la beauté du diable, capricieuse, autoritaire, fantasque, qui rend fou les hommes qui l'approchent.
   
   "Quelle fille excitante que Zinaïda !" écrivit Gustave Flaubert à Ivan Tourgueniev.
   
   On touche ici aux personnages "tourgueniévien" caractéristiques: la jeune fille (il dira à Faubert " Moi, ma vie est saturée de féminité. Il n'y a ni livre, ni quoi que ce soit au monde qui ait pu me tenir lieu et place de la femme.") ; l'homme de trop.
   L'univers romanesque de Tourgueniev est également prépondérant: les amours contrariées, développées ici sur deux axes qui se croisent et pivotent autour de Zinaïda.
   
   Au delà des premiers fols émois amoureux d'un adolescent, on aperçoit la violence des sentiments de l'âge mûr, la lente décrépitude de ce qui fût enivrant.
   Il n'y a aucune leçon de morale, aucun propos philosophique, Tourgueniev est un conteur et rien d'autre. Il déploie son art dans la poésie des mots, la justesse des sentiments, la peinture d'êtres humains.
   
   L'écriture est juste et sensible, d'une extrême délicatesse. Tourgueniev suggère beaucoup plus qu'il ne dit. C'est autour d'un détail saillant que s'enroulent les plus insignifiants, ce qui permet de donner à une histoire relativement courte une impression de durée.
   
   Je ne peux pas vous dire que lire Tourgueniev soit d'une absolue nécessité mais je pense que laisser de tels auteurs se perdre dans l'oubli collectif est d'une infinie tristesse et même en littérature, il n'y pas d'avenir sans passé.

critique par Cogito Rebello




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