Lecture / Ecriture
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Sigmund est fou et Freud a tout faux de René Pommier

René Pommier
  Sigmund est fou et Freud a tout faux

Sigmund est fou et Freud a tout faux - René Pommier

Freud et le Pommier
Note :

   Quel titre! Mais Mr Pommier est un habitué des violents coups de pieds dans les hautes sphères de la pensée unique.
   
   Il s'est fait connaître comme l'adversaire acharné du structuralisme, en s'en prenant dans sa thèse de doctorat au "Sur Racine" de Roland Barthes.
   
   On lui doit l'édifiant "Roland Barthes, ras le bol !" réédité en 2006 (issu de sa thèse), le "Thérèse d'Avila, très sainte ou cintrée?" pour lequel l'Académie Française lui a décerné le Prix de la Critique, entre autres ouvrages critiques.
   
   N'est redoutable que le dissident qui possède le savoir.
   
   René Pommier est cet homme redoutable: ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de lettres et Docteur ès lettres, il a été durant 22 ans Maître de Conférences à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV).
   
   Il a reçu le Prix Alfred Verdaguer décerné par l'Institut de France, pour l'ensemble de son oeuvre.
   
   A 76 ans, René Pommier reste un critique vigoureux et même s'il est d'ores et déjà un monument de la critique rationnelle il n'en demeure pas moins très moderne: son site est très fourni et permet à chacun de lire de nombreux passages de ses livres.
   "On dit que le Christ n'a jamais ri une seule fois dans sa vie. C'est que personne n'a jamais pensé à lui dire que sa mère était vierge."
   
   Vous l'aurez donc compris, Mr Pommier ne pouvait que me plaire! Il me semble même avoir trouvé mon Maître ès bon sens.
   
   Il se l'était promis: prendre entre 4 yeux la théorie psychanalytique sur le rêve de Sigmund Freud. Chose promise, choses due: René Pommier n'y est pas allé avec le dos de la cuillère.
   
   Le plus remarquable dans tout cela, c'est qu'il est resté concentré sur une méthode de critique très accessible à tous: une critique du texte à proprement parler. Pas de digressions théoriques compliquées; pas de rappels à des notions trop subtiles et non accessibles aux profanes de la psychanalyse.
   Rien de plus qu'une lecture attentive des propos de Sigmund lors de ses séances de psycho-analysis. Une étude basée sur la cohérence des dialogues entre patient/thérapeute, éclairée par les concepts freudiens.
   
   Et là évidemment, René Pommier a fait mouche... Sigmund Freud passe le plus clair de ses séances à fouler au pied les principes de sa théorie (L'Interprétation du rêve, 1899-1900) ; il se "parjure" en permanence; il généralise une idée à partir de cas particuliers; il tord et retord les confessions obtenues pour obtenir une validation de sa théorie, allant même jusqu'à tout simplement les suggérer au patient. Exempt de toute probité scientifique, Freud n'hésite pas à élaguer le discours initial du patient pour n'en garder que ce qui pourra, par la suite, servir sa théorie.
   
   René Pommier remet en perspective, au sein même des rêves racontés par les patients, l'idée première de Freud lorsqu'il se met en quête d'analyser les rêves: le rêve serait l’accomplissement d’un désir, désir forcément sexuel; plus ce désir a été refoulé par le sujet, plus le rêve présentera l'accomplissement de ce désir sous une forme déguisée. Tellement déguisée qu'il arrive bien souvent que Freud donne à une chose mais également à son contraire le même sens. C'est ce qui s'appelle ne pas s'embarrasser de petites contradictions.
   
   Mais si le rêve cherche à satisfaire le dormeur, comme le prétend Freud voire même à prolonger son sommeil et ainsi sauvegarder cette fonction vitale, comment expliquer les cauchemars ?
   
   Cette question ce n'est pas moi qui la soulève, mais René Pommier homme de bon sens par excellence. Freud n'a pas pris le temps d'y répondre... interrogation trop délicate.
   
   Beaucoup d'idées passent en revue avec cette même méthode simple et efficace. On en ressort ébranlé (pour les pro-freudiens) ou convaincu (pour les anti-freudiens).
   
   Tout cela écrit avec une langue aussi aérée qu'une belle crème chantilly, une floppée de réflexions très acides mais jamais vulgaires, une ribambelle de remarques drôlissimes et jubilatoires, un florilège de mots inusités tels que: balivernes, fariboles, calembredaines, foutaises, aliboron... tous destinés à Mr Freud et ses écrits; autant dire qu'il est rhabillé pour un moment.
   
   C'est drôle et extrêmement bien écrit, solide et argumenté: tout cela rend cet essai diablement redoutable pour le sphinx de l'orthodoxie qui campe devant la Psychanalyse.
   
   Pour conclure :
   "L’homme est probablement un animal porté à croire; c'est, en tout cas, un animal porté à croire qu'il n'en est pas un."

critique par Cogito Rebello




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