Lecture / Ecriture
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Blanche et Marie de Per Olov Enquist

Per Olov Enquist
  Blanche et Marie

Blanche et Marie - Per Olov Enquist

Tout pour plaire!
Note :

    «Blanche Wittman, l'une des légendes sensuelles du XIXe siècle, objet de tant d'adoration secrète de la part de tous les hommes qui l'avaient regardée, sans avoir le droit de la toucher.»Une femme-objet pourtant, s'il en est, internée dès son adolescence et qui passa seize ans à la Salpêtrière où elle devint le cas d'étude favori du célèbre docteur Charcot. C'est avec elle qu'il mena un grand nombre de ses séances publiques sur le traitement des hystériques, assisté de celui qui allait devenir le père de la psychanalyse. Elle devint ensuite l'assistante de Marie Curie, la Polonaise double prix Nobel, la scientifique scandaleuse obligée de fuir pour échapper au scandale amoureux. Toutes deux manient des brasées de pechblende, toutes deux sous le charme envoûtant des «rayonnements du radium énigmatiques, splendides et séduisant.» Blanche y laissera ses deux jambes et un bras, condamnée à finir sa vie dans une caisse à roulettes. Elle n'en veut pourtant à personne, elle cherche la signification de l'amour. L'amour que Charcot lui porte, l'amour qu'elle lui voue sans jamais l'autoriser à la toucher. L'amour de Marie pour Pierre mais surtout pour Paul Langevin, marié et père de famille, et faible, si faible à côté d'elle...
   
   Ce livre avait tout pour me plaire: destins féminins tourmentés, début du XXe siècle et surtout cette branche de la médecine qui s'intéresse à la maladie mentale, les débuts de la psychanalyse. Et pourtant, j'ai arrêté ma lecture page 183, parce que je n'arrivais décidément plus à m'intéresser à l'histoire de ces deux femmes. Non, en fait pas à leur histoire, proprement passionnante, mais à la façon dont elle nous est racontée. Une extrême froideur, des répétitions inutiles, un texte décousu, même pas un récit, dans lequel des extraits des carnets de Blanche voisinent avec des interventions du narrateur (l'auteur?) et des descriptions parfois très froides, parfois grandiloquentes, à la limite de l'emphase ridicule.
   
   Dès le début du roman, le style de Enquist ne me plaît pas. J'essaie d'avancer dans ma lecture, de débrouiller cet écheveau insensé, mais rien ne retient mon attention ni mon intérêt. J'aurais préféré quelque chose de plus traditionnel et linéaire, alors que Enquist nous livre un tableau quasi impressionniste de ces deux femmes, passant leur sensibilité au filtre de la sienne. Alors qu'il n'est question que d'elles, elles restent absentes et lointaines, chosifiées comme sujets de roman.
   
   Ces femmes passionnées perdent leur charisme sous la plume suédoise, leurs exaltations, leurs aspirations ne me sont pas sensibles et je demeure donc étrangère à leur destin. Étrangère et déçue.
   
   Titre original : Boken om Blanche och Marie
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critique par Yspaddaden




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Biographie entre imaginaire et réalisme
Note :

   Grand romancier suédois, Per Olov Enquist est un habitué des récits mêlant fiction et biographie. Ici plusieurs personnages se croisent dans une histoire conduite par une fiction remarquable. Destins mêlés ou pas, il décline pour eux les couleurs de la passion, quelle soit amoureuse ou professionnelle.
   
   Pour cela il donne la parole, à une femme, Blanche Wittman. Elle a longtemps été internée à la Salpêtrière et fut la patiente du célèbre Professeur Charcot. Ce sombre "château des femmes" qui les accueillaient parce qu'elles étaient folles, prostituées, hystériques, épileptiques, pauvres, femmes meurtries par la vie, malades.
   
   Amputée des deux jambes, Blanche finira sa vie portée dans une brouette. Elle racontera dans ses carnets (fictifs ou non), sa passion pour cet éminent Professeur et surtout sa rencontre avec Marie, pour laquelle elle travaillera.
   
    Marie Curie, deux fois Prix Nobel (physique avec son mari et chimie seule), chercheuse, savante et femme amoureuse. A la mort de Pierre Curie, elle continue la recherche et tombe folle amoureuse de Paul Langevin, autre physicien. Marié, père de familles, il sera lâche jusqu'au bout et c'est seule que Marie mourra consumée par ses années de recherche sur le radium et la radioactivité.
   
   Entre biographie imaginaire ou réaliste, entre roman fiction et histoire, Per Olov Enquist nous fait découvrir une époque, où les plus grandes recherches ont vu le jour et où les femmes avaient du mal à se sortir d'un carcan social.
   
   Il raconte avec une certaine froideur, le sort de ces femmes considérées hystériques et traitées d'une façon effroyable dans un hôpital aux allures de prison.
   
   La construction littéraire est assez déroutante. L'auteur, s'il donne la parole à Blanche à travers ses carnets, devient aussi narrateur et intervient dans les réflexions. Beaucoup de citations de ses fameux carnets, de passages de journal intime, de retours en arrière peuvent empêcher le lecteur de se laisser porter par l'écriture. Par moment la caricature est trop forte, comme le dilemme entre la femme savante et la femme trop amoureuse ou le brillant scientifique, mari infidèle mais pourtant responsable.
   
   C'est déstabilisant mais intéressant et tous les personnages réels qui gravitent dans ce roman nous donnent envie d'en savoir plus.

critique par Marie de La page déchirée




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