Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Dès 11 ans: Coraline de Neil Gaiman

Neil Gaiman
  Anansi Boys
  American Gods
  Neverwhere
  Ados: L'étrange vie de Nobody Owens
  Dès 11 ans: Coraline
  Des choses fragiles
  Dès 11 ans: Odd et les Géants de Glace
  Ados: Entremonde
  Ados: Stardust
  L'Océan au bout du chemin
  Dès 10 ans: La Belle et le fuseau

Neil Gaiman est un auteur britannique de romans et de scénarios, vivant aux États-Unis. Il est né en 1960.

Dès 11 ans: Coraline - Neil Gaiman

De l'autre côté...
Note :

   Coraline vient d'emménager avec ses parents dans un appartement situé dans une très vieille maison. Mais ses parents n'ont guère de temps à consacrer à leur fille. Occupés la plupart du temps à travailler sur leur ordinateur, ils laissent la fillette se débrouiller toute seule. Après tout, elle a ses jouets, la télévision et des cassettes vidéo. Mais il n'y a pas grand chose d'intéressant à la télévision et pour ce qui est des cassettes, Coraline les a déjà toutes vues et revues.
   Alors, pour tromper son ennui, Coraline décide d'explorer son nouvel univers. Il y a d'abord le jardin, un grand jardin en friche au fond duquel se trouvent un vieux court de tennis, une roseraie abandonnée depuis longtemps ainsi qu' un vieux puits dont l'ouverture est condamnée par des planches.
   Il y a aussi les occupants des deux autres appartements, les demoiselles Spink et Forcible, deux vieilles dames, anciennes comédiennes qui vivent en compagnie de leurs chiens affublés de prénoms humains. À l'étage supérieur vit monsieur Bobo, un vieil excentrique qui prétend posséder un cirque de souris savantes.
   Mais Coraline a rapidement fait le tour de son nouvel environnement et l'ennui ne tarde pas à réapparaître.
   Un seul endroit reste encore hors de sa portée: le grand salon. Cette pièce lui a été interdite d'accès par ses parents car elle renferme les bibelots et les meubles ayant appartenu à sa grand'mère. Dans la crainte qu'elle n'abîme les vieilleries entreposées là, sa mère a interdit à Coraline de pénétrer dans cette pièce. Pourtant, ce ne sont pas les meubles qui dorment ici qui fascinent la fillette mais plutôt la grande porte fermée à clef dont elle se demande ce qui se cache derrière. Interrogeant sa mère à ce propos, celle-ci lui montre que cette porte a été murée lorsque la maison a été divisée en plusieurs appartements. Derrière se trouve justement le dernier appartement de l'habitation qui n'ait pas été encore loué.
   
   Pourtant, cette porte fermée ne cesse d'intriguer Coraline et, ayant réussi à dérober la clef, elle réussit à l'ouvrir pour constater que le mur de briques a soudainement disparu. À la place de celui-ci, elle découvre un long et sombre couloir et au bout, un appartement identique au sien. Enfin... presque identique...
   Dans cet appartement vivent deux personnages qui ressemblent en tous points à ses parents, si ce n'est qu'à la place des yeux ils ont de gros boutons de chemise. Et ils semblent bien amicaux, ceux qui disent être son « autre père » et son « autre mère ». Ils ont, eux, contrairement à ses vrais parents, tout leur temps pour s'occuper de la fillette. Mais malgré cette gentillesse un peu trop appuyée, Coraline se doute que quelque chose ne va pas. Derrière les sourires et les mots tendres se cache une menace qu'elle ne parvient pas à définir. Dans ce monde-miroir, les choses, les gens et les animaux semblent avoir subi un étrange décalage, comme si en cet endroit le monde n'était qu'une grotesque et maladroite copie du monde réel. Quel est donc le mystère qui entoure cet autre-monde, ce monde où rien ne semble être ce qu'il paraît au premier abord, ce monde qui tend à se refermer un piège autour de Coraline ?
   
   Avec «Coraline» Neil Gaiman revisite le thème de la traversée du miroir cher à Lewis Carroll. Mais ici, "le Pays des Merveilles" tend à devenir le Pays des Horreurs et Coraline-Alice aura fort à faire pour retrouver la sécurité du monde réel. Neil Gaiman, qui est un des meilleurs auteurs de Science-Fiction et de littérature fantastique contemporaine, signe ici un conte qui oscille entre le merveilleux et la terreur, entre le conte pour enfants et le roman d'épouvante dans un récit qui n'est pas sans évoquer les abominations chères à Howard Phillips Lovecraft ou à la monstrueuse créature de «It» signée Stephen King.
   
   Neil Gaiman nous offre avec «Coraline» un petit chef d’œuvre de littérature angoissante, un conte fantastique où alternent humour et frissons, un récit étrange à l'univers inquiétant qui ravira jeunes et moins jeunes et les fera frémir jusqu'aux toutes dernières pages.
   
   
   PS : Ce roman a été adapté en bande dessinée et au cinéma.
    ↓

critique par Le Bibliomane




* * *



Les yeux de boutons
Note :

    En voyant le trailer du prochain film de Henry Selick (L'étrange Noël de Mr Jack), j'ai eu très envie de relire ce livre, malgré le souvenir toujours très vif de ma première lecture, en 2003.
   
   Coraline est une petite fille comme les autres, qui vient d'emménager dans un nouvel appartement. Ses parents sont occupés, elle s'ennuie, malgré les voisines du dessous, excentriques vieilles actrices et celui du dessus avec ses souris savantes. Désoeuvrée, elle erre dans l'appartement, puis ouvre la porte du mur. Alors qu'il n'y avait qu'un mur derrière cette porte quand elle l'a ouverte avec sa mère, Coraline découvre un couloir qu'elle emprunte aussitôt pour se retrouver dans une copie quasi conforme de son logement. Mêmes meubles, mêmes pièces, mêmes parents... sauf que ces deux-là ont des boutons de chemise à la place des yeux et qu'ils sont très attentifs envers elle.
   
   Elle rentre chez elle et ses parents ne sont plus là. Une journée passe, une nuit et une journée encore: elle est toute seule, ses parents ont disparu. Elle comprend bientôt qu'ils sont retenus prisonniers par ses autres parents, ceux d'au-delà du mur, tout comme ces enfants sans âme enfermés dans un placard. C'est que cet autre monde a été créé de toute pièce par l'autre mère qui n'est pas précisément amour et tendresse.
   
   "C'était vrai: cette femme l'aimait. Mais elle l'aimait comme l'avare aime l'argent, comme le dragon couve son or. Aux yeux-boutons de l'autre mère, elle n'était qu'un bien matériel. Elle le savait très bien. Un petit animal domestique qu'on tolère mais qui, en raison de son comportement, a cessé d'être amusant."
   
   Inquiétant, angoissant, sombre mais aussi onirique et fabuleux, ce premier roman jeunesse de Neil Gaiman fut un coup de maître (le prochain arrive bientôt!). Cette petite Coraline pleine de bon sens, qui a enfin trouvé des parents attentifs, va comprendre que le monde tel qu'elle le voudrait n'est pas un monde idéal. Que sous les apparences d'un univers fait pour elle, les cafards remplacent bientôt le chocolat chaud en guise de goûter. Caves obscures, ombres menaçantes, créatures de cauchemar, tout y est! "Be careful what you wish!" clament les affiches du film: de l'autre côté du monde, l'autre réalité peut être terrifiante.
   
   En relisant ce livre, je voyais les images formidables du film "Mirror Mask", du comparse de Neil Gaiman (ici scénariste), Dave McKean, jamais distribué en France mais disponible en DVD: un conte de fée très sombre mais absolument magnifique où grouillent les créatures étranges. J'imaginais bien les chiens chauves-souris de "Coraline" dans la même veine, mais Henry Selick a opté pour un style très proche de "The Nightmare Before Christmas", d'aussi bon souvenir.

critique par SBM




* * *