Lecture / Ecriture
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Notre héros défiguré de Yi Munyol

Yi Munyol
  Notre héros défiguré

Notre héros défiguré - Yi Munyol

Force et dictature
Note :

   Aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais lu d’ouvrage coréen. C’est chose faite.
   
   Un homme se souvient de son arrivée dans une école de la campagne coréenne trente années plutôt à l’âge de douze ans. Il vivait à Séoul, il allait dans un établissement de standing, son père était un fonctionnaire de haut rang. Sa nomination dans une petite ville est une humiliation pour lui.
   
   Han Pyongt’ae est surpris par la passivité de l’instituteur vis à vis de Om Sokdae qui règne en despote sur la classe. Celui-ci est chef de classe. Il prend sa part sur les repas qu’amènent les élèves à l’école, se fait servir, emprunte, mais ne rend jamais, frappe les autres élèves. Han refuse le second jour d’aller lui chercher un verre d’eau, dès lors, la guerre est déclarée. La lutte qui va les opposer sera parfois sournoise, Han est un très bon élève, il pense que ses notes seront les meilleures de la classe, mais mauvaise surprise, celles d’Om seront supérieures. Han sera isolé de la classe, puis deviendra un proche d’Om, tout cela en six mois de temps. Un changement de maître marquera la fin de règne d’Om, qui chutera lourdement de son piédestal.
   La violence du second enseignant est tout bonnement inimaginable et vraiment inconcevable en France et même je pense en Europe.
   Om quittera l’école, il aura maille à partir avec d’autres bandes de petits casseurs et disparaîtra de la vie de Han.
   Jusqu’au jour où!
   
   Han est le gentil de l’histoire, il n’admet pas la situation de cette classe, mais petit à petit, après des périodes de solitude, il acceptera du moins tacitement de devenir un des seconds de son ennemi.
   
   On sent chez Om une blessure secrète, il est plus âgé que ses camarades, plus fort mais aussi beaucoup plus malin et diplomate, personne ne se risque à l’affronter. Même hors de l’école, il dicte encore pour quelque temps sa loi.
   
   Les deux instituteurs sont à l’opposé l’un de l’autre, le premier veut sa propre paix, donc celle de sa classe, par n’importe quels moyens, le second se doute que quelque chose ne va pas, mais ses méthodes sont violentes et les punitions corporelles sont un antidote à la couardise générale.
   
   Livre court, moins de 120 pages, mais ouvrage très intéressant.
   
   Une écriture simple, donc une lecture aisée. La lâcheté générale suffit-elle pour engendrer une dictature, semble vouloir dire l’auteur? La situation de la Corée du Nord sert-elle de parabole à cette histoire? Probablement.
   
   Extraits :
   - Ils provoquèrent en moi la déception mélodramatique que doit ressentir un jeune prince détrôné.
   
   - Dès le début, j’avais perçu intuitivement le lien invisible qui guidait la persécution.
   
   - Néanmoins, quand j’y repense, mes échecs étaient dus autant à mes erreurs qu’à ses qualités de chef.
   
   - Je me tournais donc vers les faiblesses de Sokdae, car j’étais sûr qu’il s’était servi des autres.
   
   - «Prête-le-moi» Ce qui signifiait:«Donne-moi ça!»
   
   - Je n’ose même pas imaginer quel genre de monde vous allez créer quand vous serez adultes. A genoux sur l’estrade, et bras levés!
   Méditez un peu sur ce que vous êtes!
   
   - Une fois Sokdae allongé, le maître prit l’épaisse baguette qu’il avait apportée en classe avec le livre d’appel et l’abattit sur ses fesses. La baguette, plus épaisse que le poignet d’un nouveau-né, commença à se fendiller, et des échardes jaillirent en tous sens.
   
   - Après en avoir terminé, le maître se dirigea vers le placard et en sortit un balai avec un manche de chêne. Il vint se placer devant l’estrade et ordonna à voix basse:
   «Venez ici, un par un en commençant par le numéro un.
   Ce jour là nous reçûmes cinq coups. Des coups violents, comme les élèves qui avaient déjà été battus.

   
   Titre original : Uritûlûi ilkûrôjin yongung.

critique par Eireann Yvon




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