Lecture / Ecriture
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Un Château en forêt de Norman Mailer

Norman Mailer
  Rivage de Barbarie
  Un Château en forêt

Norman Kingsley Mailer est un écrivain et réalisateur de cinéma américain, né en 1923 et mort en 2007 à New York.

Un Château en forêt - Norman Mailer

L’aube du tyran
Note :

   Avant tout, la lecture de ce roman m’a «plongé» dans des recherches et lectures, au sujet du personnage d’Adolf Hitler, peut-être pour essayer de comprendre: Pourquoi tant de haine chez lui? C’est naïf. La question restera sans réponse et les atrocités sont malheureusement déjà effectuées.
   
   Aux personnes qui comme moi aiment lire, se cultiver, se divertir avec des romans mêlant histoire et fiction je conseille "Un Château en Forêt" de Norman Mailer, prix Pulitzer en 1980 pour Le Chant du bourreau. Avec ce roman Norman Mailer s’autorise à voyager entre fantasme et réalité, c’est audacieux, cela ne déplaît pas, sauf peut-être aux historiens puristes. On se sent par moment un peu gêné par cette audace. Les 100 premières pages se lisent d’un trait, les 50 dernières aussi, malheureusement par moment le récit est un peu bâclé.
   
   "Un château en forêt" est le premier opus, au sujet d’Adolf H., d’une série devant aller jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. On peut regretter que NM ait disparu avant d’avoir pu publier la suite.
   
   Un extrait du roman page 446 où il est question du mystère qui entoure encore aujourd’hui la disparition de Geli Raubal la nièce d’Adolf H. Pour montrer, s’il est besoin, le caractère particulièrement tordu et abject d'Adolf Hitler: «…c’est le moment où Hitler connut la grande histoire d’amour de sa vie. Ce fut avec Geli Raubal, la fille d’Angela. Geli était bien en chair jolie et blonde. Hitler l’adorait. Ils avaient des relations particulièrement perverses. Comme l’a dit un jour Putzi Hanfstaengf, homme du monde et pianiste accompli: Adolf ne jouait que sur les touches noires. En 1930, Geli Raubal fut trouvée morte sur le sol de la chambre qu'elle occupait dans une aile de l’appartement de Hitler Primaregenstrasse à Munich. Elle avait été abattue d’un coup de feu. Ou alors elle s’était suicidée. La question ne fut jamais tranchée. Le principal fut évidemment d’étouffer l’affaire. Je ne peux moi-même en savoir plus sur cette question.» Le doute subsistera. Quand Adolf H. est supposé capable de tuer sa propre nièce qu’il chérissait tant, sans doute est il capable de commettre de pires atrocités.
   
   Le roman développe avec son narrateur, Dieter un mystérieux ex SS moitié homme moitié esprit démon au service "du malin" exilé au USA qui aurait été présent au moment de la conception d’Adolf, plusieurs "thèses invérifiables". Adolf H. serait le fruit d’un inceste, son père Alois Hitler épousa sa propre nièce Klara H. ex Poezl. La grand mère paternelle d’Adolf Hitler, domestique dans une famille juive, aurait été engrossée par un jeune membre de la famille qui l’hébergé, pour résultat qu'Adolf possédrait un quart de sang juif dans les veines.
   
   Ce roman crée une incongruité, imaginer Adolf enfant est inhabituel, tant les représentations, l’école, la médiatisation, du personnage se concentre sur un autre âge du dictateur. On obtient une autre image de l’homme. Enfant, Adi, comme le surnomme affectueusement sa mère Klara, joue à la guerre comme beaucoup d’enfants de son âge. Les évènements et les frustrations futures d’Adolf le pousseront à vouloir créer sans y parvenir un monde sans Juifs et sans Rouges. Depuis le début Adolf H. baigne dans un monde violent, Alois H., maltraite son premier fils Alois Junior né d’un premier lit avec Franciska Matzeksberger, qui en retour maltraite Adolf H. qui en retour maltraite le petit dernier Edmund H. Alois H. Jr fuit le foyer familial sous la menace paternelle, Edmund meurt précocément d’une encéphalite, reste Adolf qui devient le seul espoir de son père. Dieter favorise l’émergence d’un esprit tordu en s’insinuant dans les rêves d’Adolf et lui montre que le meurtre procure la puissance et que culpabiliser pour la mort de son petit frère Edmund ne sert à rien. On entrevoit alors le fondement du caractère maléfique. Ensuite Adolf se croyant doué pour le dessin souhaite épouser une carrière d’artiste peintre qui lui sera refusée par son père ne voyant par là que vie de bohême, d’oisiveté, de luxure. Plus officiellement, pesant plus lourd, sa candidature est refusée par l’académie des beaux arts ne voyant pas chez Adolf le moindre génie pour la peinture. Première frustration pour Adolf H. il choisira la politique qui a ceci en commun avec l’art: la subjectivité. Adolf se passionnera pour l’art de la propagande.
   
   "Accompagner" la famille d'Adolf H. depuis sa prime jeunesse à son adolescence n’est à priori pas très réjouissant, Norman Mailer parvient tant bien que mal à nous faire apprécier son histoire en forme de conte métaphysique. Il est bien question de l'histoire vue par NM car ces hypothèses et ces "inventions" frisent la fabulation audacieusement à mon goût. Tout l’enjeu est là: prendre plaisir à se plonger dans cette atmosphère particulière de l’enfance du plus abject des bourreaux de tous les temps.
   
   On ne peut s'empêcher d’éprouver un peu de compassion pour Klara H. au vu des circonstances. Son mari est coureur, ivrogne, imbu de lui même et surtout trop brutal. Klara est sans doute une femme de son temps, elle disparaît d’un cancer du sein après une vie dévouée à sa famille. Alois le père est fonctionnaire des douanes. Alois est décrit comme un personnage antipathique, presque violeur, qui finira rongé par la mélancolie.
   
   En bref un récit original conseillé aux esprits érudits. Il reste le mystère du titre de ce roman qu'il ne tient qu’à vous de découvrir.
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critique par Solera




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Extrapolations sur l'enfance d'un chef
Note :

   Norman Mailer n’eut pas le temps de mener au bout sa trilogie sur Hitler dont "Un château en forêt" (le titre fait explicitement référence au surnom donné au camp "Das Waldschloss" surnommé ainsi par dérision par ses détenus) était le premier tome. Il mourut quelques mois plus tard des suites d’une opération des poumons.
   
   Norman Mailer est un des monstres de la littérature américaine du vingtième siècle, un de ces auteurs qui ont délibérément cassé les codes, joué de la provocation en donnant la parole à des personnages mythiques (Jésus, Marylin Monroe) ou en donnant une vision pour le moins différente des icônes (Pablo Picasso par exemple).
   
   Dans son ultime roman publié de son vivant, Mailer décida de prendre un parti pris presque mystique pour tenter de donner un sens à l’innommable. C’est parce que la famille dans laquelle naquit le jeune Adolf Hitler présentait a priori toutes les qualités à l’éclosion du Mal que le Maestro, Satan, décida très tôt de s’y intéresser. Pour cela, il délégua un de se meilleurs agents chargé d’assister à la procréation du fœtus puis de susciter dans le jeune Adi, chaque fois que de nécessaire, le mélange explosif de pulsions morbides, de terreur, de frustrations, de jouissance malsaine pour sublimer le potentiel démoniaque qu’il détenait a priori et déclencher la pire horreur que l’humanité eût jamais connu jusque là.
   
   Pour cela, Mailer s’appuie à la fois sur une impressionnante bibliographie et une théorie jamais démontrée mais souvent suspectée qui veut que Hitler fût le produit d’un double inceste. Inceste parental entre un oncle (Alois) et une nièce (Klara) qui était peut-être même sa propre fille. Inceste entre les parents d’Alois dont la naissance est entachée de doutes. Le signe régressif distinctif en étant qu’Hitler n’avait qu’un testicule, signe fréquent chez les enfants issus d’un tel inceste. Pourquoi pas.
   
   Mailer met tout son talent à nous faire entrer dans l’intimité de la famille Hitler. Adi était le deuxième enfant survivant d’une fratrie de huit engendrée par deux des trois épouses successives d’Alois. Un père qui s’était hissé à la force du poignet et sans éducation aux plus hautes responsabilités dans les Douanes austro-hongroises. Un homme à femmes, colérique et alcoolique, cyclothymique et capable d’infliger les pires corrections à ses chiens comme à ses enfants, faisant vivre son foyer dans une terreur constante jusqu’à sa retraite.
   
   Une mère noyée dans le chagrin, à la fois amoureuse de son oncle de mari et toujours réfugiée dans la bigoterie, unique consolation d’une vie faite principalement de deuils, de pertes et de douleur.
   
   Un demi-frère aîné tiraillé lui-même entre l’inceste, l’homosexualité et la zoophilie avant que d’être exclu à tout jamais de la famille et de tourner en mauvais garçon.
   
   Sans cesse titillé et guidé par son démon gardien, Adi fit l’apprentissage très tôt du gazage des abeilles de son père, des combats militaires de plus en plus sophistiqués avec des camarades d’école qu’il menait à la baguette, de la jouissance à souffrir ou à faire souffrir, de la puissance du mensonge.
   
   Il ne faut pas prendre à la lettre le propos de Mailer mais y voir là un brillant exercice littéraire qui, en dépit de ses longueurs et diversions comme ce très long et guère utile intermède sur l’avènement du tsar Nicolas II, apporte un point de vue alternatif à l’explication de ce que l’entendement aura souvent du mal à concevoir. Quoi que l’on puisse en penser in fine, il faut lire ce roman pour son caractère particulier et comme ultime témoignage d’un géant littéraire.

critique par Cetalir




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