Lecture / Ecriture
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Servir le peuple de Lianke Yan

Lianke Yan
  Servir le peuple
  Le rêve du village des Ding
  Les jours, les mois, les années

Yan Lianke (阎连科) est un romancier chinois né en 1958. Il a été militaire et écrivain officiel de l'armée jusqu'en 2004, ce qui n'empêche pas ses romans d'être une peinture féroce de la société chinoise.
Le Prix Franz Kafka lui a été attribué en 2014 pour l'ensemble de son œuvre.

Servir le peuple - Lianke Yan

Mais se servir d’abord!
Note :

   Servir le peuple
   
   Ecrivain chinois né en 1958 dans la province du Henan, malgré de nombreux prix, il a beaucoup de problèmes avec la censure.
   
   "Servir le peuple", quelle noble devise et quelle noble cause, le soldat Wu Dawang va devoir se mettre au service de cette phrase grandiose.
   
   Wu est l’intendant et le cuisinier du colonel et de son épouse, de 20 ans sa cadette Liu Lian (Petite Liu), il est marié dans sa province natale et a un garçon, sa vie s’écoule comme celle de milliers de soldats.
   
   Le colonel doit s’absenter pour un séminaire de 2 mois, voilà Wu et Liu seuls dans cette grande maison. Dans la cuisine de Wu, le colonel a posé une pancarte avec un slogan peint dessus «Servir le peuple». La cohabitation semble normale, mais pas pour longtemps, Liu dit à Wu, si la pancarte est changée de place, cela veut dire que je t’attends à l’étage, et le soir même la pancarte n’est plus à sa place habituelle. A l’étage, Wu découvre la femme du colonel dans une tenue des plus légères, mais résiste à la tentation et rentre à la caserne. Suite à un coup de téléphone de Liu, Wu est convoqué par son officier instructeur, qui lui rappelle que servir le colonel, c’est aussi servir son épouse. Wu qui est un homme de devoir, s’exécute, de bon cœur finalement. Commence alors 2 mois de ce qui sera un mélange du «Dernier tango à Paris» et de «La grande bouffe». Mais la passion s’étiole, par accident, la flamme sera rallumée par la casse accidentelle d’un portrait de Mao. Dès lors la destruction systématique des icônes du régime maoïste va devenir un aphrodisiaque indispensable. Mais le colonel revient et avec lui la politique, et la probable dissolution du régiment. Wu part en permission, Liu lui annonce qu’elle est enceinte, quel sera leur avenir?
   
   Elle a 32 ans, son mari est vieux, son amant, Wu en a 28. Il voit son épouse un mois par an. Liu et Wu ont sacrifié une partie de leur jeunesse; lui, en travaillant d’arrache pieds pour donner une vie meilleure à sa famille, et obtenir pour eux le droit de venir vivre en ville; elle, en acceptant d’épouser cet homme plus âgé (que sa première femme venait de quitter), contre un statut social de femme de colonel et une vie matérielle agréable, mais qui deviendra vite ennuyeuse.
   
   Une belle récréation, mais il y aura peut être un prix à payer?
   
   Amusante, hors-norme, et amorale, cette histoire d’amants qui vivent leur passion est vraiment jubilatoire. Quand en plus la politique et le régime s’en mêlent avec le détournement dans tous les sens possibles du slogan «Servir le peuple», cela donne un très curieux conte moderne, pas à la gloire des gouvernements chinois et des passe-droits qui semblent monnaies courantes! Il est dommage que la fin me paraisse un peu précipitée.
   
   
   Extraits :
   
   - On peut dire que la vie a rejoué la fiction «Servir le peuple»
   
   - Le passé de Liu Lian était une montagne noyée dans la brume en toute saison.
   
   - Aucun doute possible: il ne pourrait plus, une fois mort, continuer sa liaison avec Liu Lan.
   
   - Servir un officier supérieur c’est servir le peuple.
   
   - Il ne comprenait pas comment il pouvait s’ennuyer lorsqu’il était couché avec sa femme.
   
   - Sa vie sexuelle commençait, mais l’amour était mort.
   
   - Toutes les femmes du monde t’envient d’avoir épousé le colonel.
   
   - La pancarte semblait maintenant avoir des jambes. Chaque fois qu’elle pensait à lui, la pancarte apparaissait derrière son dos.
   
   - Le lit ne présentait plus pour eux le moindre intérêt. Tout était bon pour remplacer le lit.
   
   
   
Titre original :Wei renmin fuwu

critique par Eireann Yvon




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